Discours du 25 février 2026
Jean-Luc Fugit · Session ordinaire 2025 -2026 · séance n°168
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Il a raison !
Chers collègues du Rassemblement national et de La France insoumise, arrêtez de polémiquer sur tout. Avec vos motions de censure, une fois de plus, vous ne voulez pas que la France avance (M. Laurent Jacobelli rit), qu’elle avance sur le chemin de la souveraineté, pour tenir ses objectifs climatiques et vers sa transition énergétique.La question cruciale de l’énergie est désormais au cœur du débat public, dans cet hémicycle comme dans le pays.
Mais force est de reconnaître que vous aimez créer des antagonismes pour exister politiquement.L’énergie est un enjeu majeur pour notre pays – un sujet économique, industriel et social. Si le débat doit exister, sa polarisation à l’excès, alimentée de fake news et de tribunes principalement à charge contre les énergies renouvelables, ne permettent pas un débat serein sur la politique énergétique – c’est regrettable.En tentant de renverser le gouvernement sous prétexte de bloquer la programmation pluriannuelle de l’énergie, que le premier ministre a eu le courage de publier, vous faites le choix délibéré de l’immobilisme et de l’opportunisme, et celui de maintenir notre pays dans sa dépendance aux énergies fossiles, alors que notre combat commun – le seul qui vaille – devrait être de sortir de cette dépendance.Ce défi, nous devons pourtant le remporter collectivement car il nous concerne tous, et il devrait transcender les intérêts partisans et les divergences politiques. Il répond à une nécessité écologique et à un impératif économique. Il s’agit d’affronter une dette que nous ne voulons pas la laisser aux générations futures.Ce défi est aussi celui de notre souveraineté énergétique, une souveraineté qu’il faut construire dans un contexte mondial bouleversé et incertain, où l’intégrité territoriale de certains pays est menacée, où les crises mettent en lumière nos multiples dépendances et nos vulnérabilités – qui sont donc notamment énergétiques.Le chemin sera long, mais nous refusons la résignation. Oui, chers collègues du Rassemblement national et de La France insoumise, nous voulons avancer, construire, bâtir un chemin souverain de résilience énergétique pour la France.Or vos polémiques incessantes et vos motions de censure sont autant de freins pour relever ce défi collectif.
Au lieu de polémiquer sur la date de publication de cette PPE et de mettre votre énergie à vouloir faire chuter le Gouvernement, vous devriez nous aider à construire et à accélérer, dans tous nos territoires, la transition énergétique car il reste encore beaucoup à faire. C’est aussi votre responsabilité d’élus d’agir ainsi.Pour notre groupe, la souveraineté énergétique repose sur trois enjeux majeurs : notre capacité à produire de l’énergie bas-carbone dans notre pays ; celle à développer un écosystème industriel compétitif pour accélérer le développement de nos filières énergétiques ; enfin, celle à accompagner nos concitoyens dans la transformation de leurs modes de consommation, en répondant à une logique d’équité sociale et territoriale.La France a la chance de disposer d’un mix électrique décarboné à 95 %, grâce au nucléaire pour un peu plus des deux tiers et aux renouvelables pour près d’un tiers. C’est une chance, et une fierté.Si notre mix électrique est déjà décarboné, notre mix énergétique reste, lui, encore majoritairement composé d’énergies fossiles : elles représentent toujours 60 % de notre consommation totale d’énergie et génèrent des émissions de CO2 encore trop importantes.La baisse de nos émissions de gaz à effet de serre, engagée ces dernières années, doit se poursuivre et même s’accélérer. C’est la seule urgence qui doit guider nos politiques publiques, la seule.Pour y parvenir, nous n’avons ni le luxe ni le temps d’opposer les solutions entre elles – d’opposer le nucléaire aux renouvelables, voire d’opposer les énergies renouvelables entre elles. Libérez-vous de ce débat du passé et de ces débats dépassés ; arrêtez de polémiquer sur le développement du nucléaire pour les uns, et sur le développement des énergies renouvelables pour les autres.Le combat qui doit nous rassembler est celui à mener contre les fossiles, et c’est l’objectif de la nouvelle PPE. Avec la stratégie nationale bas-carbone (SNBC) et le plan national d’adaptation au changement climatique (Pnacc), cette PPE 3 constitue le socle d’une action cohérente, intégrée et ambitieuse : la stratégie française énergie-climat.
La PPE est donc une brique importante de la politique énergétique, mais ce n’en est qu’une composante. Cette PPE n’est pas un texte sorti du chapeau, comme on pourrait le croire à la lecture de vos motions de censure. C’est le résultat d’une concertation multiacteurs de près de quatre ans. Il y a par exemple eu des débats au sein du Conseil supérieur de l’énergie, que j’ai l’honneur de présider – un conseil où siègent notre collègue Alma Dufour pour le groupe LFI-NFP et notre collègue Jean-Philippe Tanguy pour le RN.
Vous aviez donc la possibilité de contribuer ; je n’en dirai pas plus.
Certes, les orientations de la PPE ne correspondent peut-être pas à la doxa défendue par vos groupes politiques, mais elles résultent d’un travail approfondi, mené depuis plusieurs années avec toutes les parties prenantes concernées par la politique énergétique de notre pays.Après ces années de débats, et les tergiversations du précédent gouvernement, nous devrions toutes et tous nous réjouir que le premier ministre ait eu le courage politique de publier cette PPE et les orientations choisies.
Les filières de production ont besoin de visibilité, et de stabilité. Nous le savons tous, le stop and go est très préjudiciable à nos industries et à nos filières énergétiques.Je n’ose imaginer que vos motions de censure aient pour objectif de créer de l’incertitude pour nos champions du nucléaire et des énergies renouvelables, ces femmes et ces hommes qui nous permettent de produire, sur notre sol, l’énergie dont nous avons besoin.Monsieur le premier ministre, nous vous remercions d’avoir pris cette décision, une décision qui permet à tous les acteurs d’avancer et de sécuriser leurs investissements.La PPE n’est qu’une étape, une étape fondamentale sur la voie de la décarbonation compétitive de notre économie et de la réduction de toutes nos dépendances, économiques comme géopolitiques.Je veux rassurer celles et ceux qui suivent nos débats : cette PPE est le fruit d’un travail de compromis et de larges concertations, auxquelles nous, parlementaires, pouvions prendre part, comme nous le faisons régulièrement sur d’autres sujets.Prenons le travail remarquable de nos collègues Marie-Noëlle Battistel et Philippe Bolo sur l’hydroélectricité : voilà l’exemple d’un Parlement qui agit. Ce consensus transpartisan a permis de débloquer l’avenir de l’hydroélectricité. En sécurisant le régime des concessions, nous permettons à la France de réinvestir massivement dans ses barrages, ressource essentielle pour la stabilité de notre système électrique.Nous avons également longuement débattu de la proposition de loi sénatoriale portant programmation nationale et simplification normative dans le secteur économique de l’énergie, défendue par Daniel Gremillet, qui avait permis de dégager un consensus sur les objectifs de production d’électricité renouvelable – 200 térawattheures à l’horizon 2030 – et sur les objectifs de production nucléaire.Malheureusement, encore une fois les caricatures et les postures ont pris le pas sur la rationalité des débats, ne nous permettant pas d’adopter définitivement le texte.Chers collègues, nous avons débattu de la politique énergétique de la France, et notre responsabilité politique est désormais de trouver des solutions et de cesser les polémiques stériles.Pour ce qui est du contenu de la PPE tant contestée par les extrêmes de cet hémicycle, rappelons ses orientations pour les dix ans qui viennent : baisse d’un quart de notre consommation énergétique totale d’ici à 2035 – car nous n’oublions pas les enjeux de sobriété énergétique ; relance du nucléaire avec la poursuite du fonctionnement des réacteurs actuels au-delà de cinquante ans et le lancement des six nouveaux EPR 2 ; augmentation de 11 % de notre capacité de production hydroélectrique ; multiplication par sept de la puissance de notre parc éolien en mer ; doublement de notre capacité installée d’énergie renouvelable terrestre, photovoltaïque et éolienne ; multiplication par cinq de la production de biogaz ; doublement de notre consommation de chaleur et de froid renouvelables.La PPE propose donc de tracer une trajectoire crédible pour accélérer notre sortie progressive des fossiles.Aujourd’hui, notre dépendance nous coûte au bas mot 70 à 80 milliards d’euros par an en importations, versés à des puissances dont les intérêts divergent souvent des nôtres. Prôner la souveraineté, comme le fait si souvent le RN, tout en organisant le maintien de notre dépendance aux fossiles étrangers est une contradiction majeure. Voter ces motions de censure, ce serait choisir de rester vulnérables plutôt que construire notre indépendance énergétique. C’est totalement irresponsable !Autre conséquence économique majeure : l’attractivité et l’emploi dans nos territoires. Imaginons un instant que le gouvernement n’ait pas publié la PPE 3. Comme nous l’ont dit de nombreux professionnels, cela serait revenu à acter un plan de licenciements massif dans notre pays, où des dizaines de milliers d’emplois se trouveraient menacés, notamment dans les énergies renouvelables, sans compter la perte irréparable de savoir-faire dans des domaines où la France excelle.Dans ma région par exemple, la région Auvergne-Rhône-Alpes, qui accueille l’Institut national de l’énergie solaire (Ines), centre de recherche et de développement faisant notre fierté, ce sont 1 700 entreprises et 23 000 emplois qui seraient menacés. La transition énergétique d’aujourd’hui et de demain peut et doit s’appuyer en France sur un écosystème de recherche et de compétences particulièrement innovant, que nous devons soutenir, autour notamment d’IFP Énergies nouvelles (Ifpen), du Commissariat à l’énergie atomique, du Centre national de la recherche scientifique (CNRS) et de ces entités qui inventent les solutions de demain.Je voudrais aussi rappeler au Rassemblement national, qui dit bien connaître nos territoires, qu’en milieu rural de nombreux élus et citoyens sont pleinement engagés dans le développement des énergies renouvelables, lesquelles bénéficient d’une belle image et dégagent chaque année 2 milliards d’euros pour nos communes, grâce à la fiscalité. Les élus locaux nous disent d’ailleurs que, dans leur grande majorité, ils se sentent prêts à relever les défis de la transition énergétique.J’ajoute qu’une enquête d’opinion conduite en 2025 sur un panel de plus de 10 000 personnes a montré que près des deux tiers des Français soutenaient un mix électrique nucléaire-énergies renouvelables.Vos motions de censure, l’une contre le développement nucléaire et l’autre contre le développement des énergies renouvelables, vont donc à contre-courant du souhait majoritaire des acteurs français de l’énergie, des élus locaux et de nos concitoyens.Je voudrais maintenant aborder non plus la question de la production d’énergie mais celle de sa distribution et de sa consommation.Chers collègues du Rassemblement national, vous affirmez dans le texte de votre motion de censure : « La PPE 3 pourrait coûter au moins 300 milliards d’euros. » Heureusement que vous le dites au conditionnel car ce chiffre n’a aucun sens, présenté tel que vous le faites !Ce chiffre correspond aux investissements nécessaires sur les réseaux de transport et de distribution d’électricité sur quinze ans, donc d’ici 2040, ce qui en réduit la portée annuelle. Ces investissements correspondent, d’une part, aux travaux de maintenance habituels du réseau électrique français et, d’autre part, aux adaptations du réseau aux nouveaux usages, aux évolutions du parc de production nucléaire et renouvelable et, enfin, à sa protection contre les cybermenaces.L’Office parlementaire d’évaluation des choix scientifiques et technologiques (Opecst) a d’ailleurs expliqué tout cela dans une note publiée au printemps 2025, dont le sénateur écologiste Daniel Salmon et moi-même sommes les auteurs – je vous invite à en prendre connaissance.Disons maintenant un mot de la consommation car le débat énergétique ne peut se résumer à la production.La stratégie française pour l’énergie et le climat (Sfec) vise à augmenter la production d’énergie décarbonée sur notre sol, pour renforcer notre souveraineté. Si nous devons favoriser sa consommation, c’est en conservant l’objectif d’une baisse globale de la consommation d’énergie finale, qui doit surtout porter sur les énergies fossiles. Dit autrement, produire de l’énergie décarbonée n’a de sens que si on la consomme. En revanche, c’est la part d’énergie fossile consommée qui doit fortement diminuer.Nous le savons, le développement de l’électrification dans les transports, le bâtiment, l’industrie est un levier essentiel pour décarboner massivement nos usages. Il faut donc nous donner les moyens d’acheter des véhicules électriques et de développer les infrastructures de recharge, d’équiper nos logements de pompes à chaleur, de raccorder les data centers et d’électrifier un maximum de process industriels. Et tout cela en accompagnant nos concitoyens car nous avons la responsabilité de leur garantir une énergie accessible et décarbonée, quel que soit le territoire où ils vivent et quel que soit leur niveau de vie. Ce sont les conditions d’une transition socialement juste.Monsieur le premier ministre, nous profitons de cette tribune pour apporter notre soutien à la démarche que vous avez engagée en publiant la PPE 3 et en lançant les travaux autour d’un grand plan d’électrification. Toutefois, notre système énergétique étant un tout, nous pensons qu’au-delà du développement de l’électrification, que nous soutenons, la transition énergétique doit aussi reposer sur le développement des énergies renouvelables thermiques telles que les gaz renouvelables ou la chaleur renouvelable, sources énergétiques indispensables pour contribuer à décarboner des usages non électrifiables et apporter de la flexibilité au système énergétique.Pour finir, voici quelques pistes de travail sur lesquelles nous sommes prêts à nous engager aux côtés du gouvernement. Il faudra accompagner l’électrification des usages avec des dispositifs plus incitatifs pour les Français. Il faudra aussi développer la flexibilité de l’offre – notamment via les stockages – mais également celle de la demande. Il nous semble nécessaire de procéder à un renforcement massif du soutien aux réseaux de chaleur, qu’ils soient urbains ou industriels. C’est un levier de décarbonation d’une efficacité redoutable, encore trop souvent sous-estimé, voire méconnu.Nous soutenons la mise en place des certificats de production de biogaz (CPB) pour massifier la production de biométhane dans nos territoires, en lien avec nos agriculteurs. Nous attendons d’ailleurs du gouvernement qu’il fixe au plus vite une trajectoire post-2028, afin de donner aux acteurs la visibilité indispensable au développement des projets. Enfin, concernant les certificats d’économie d’énergie (CEE), nous souhaitons un renforcement des contrôles de leur mise en œuvre.Vous l’aurez compris, monsieur le premier ministre, notre groupe est prêt à accompagner l’action de votre gouvernement pour bâtir le récit d’une nation souveraine, résiliente et décarbonée. Mais, en attendant, nous appelons nos collègues députés à ne pas soutenir ces deux motions de censure ! (Applaudissements sur les bancs des groupes EPR et Dem. – M. Jean-Luc Bourgeaux applaudit également.)
C’est nul !
Source : compte rendu intégral officiel de l'Assemblée nationale, capturé le 2026-09-01. Texte reproduit tel que publié par l'Assemblée, hors interventions de présidence de séance (ouverture, clôture, mise aux voix).