Discours du 12 mai 2026
Jean-Michel Brard · Session ordinaire 2025-2026 · séance n°230
Le lecteur officiel de l'Assemblée peut afficher son propre bandeau de cookies à l'ouverture — c'est le portail de l'Assemblée qui l'affiche, pas ce site ; fermez-le pour voir la vidéo.
Je veux d’abord saluer Agnès Firmin Le Bodo, du groupe Horizons & indépendants, qui, aux côtés de nombreux autres parlementaires, promeut ce texte avec détermination. Que cette proposition de loi émane de notre groupe n’a rien d’anecdotique : nous sommes en effet animés d’une conviction profonde, celle d’une écologie du concret qui mise sur l’industrie et l’innovation avant tout.Le transport maritime représente à lui seul entre 80 % et 90 % des échanges mondiaux, mais aussi près de 3 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre (GES), soit l’équivalent d’un grand pays industrialisé. Si rien n’est fait, cette part pourrait atteindre 17 % à l’horizon 2050. Face à cette urgence, les carburants alternatifs constituent une piste ; leur coût reste néanmoins très élevé – de l’ordre de quatre fois celui du fioul – et leur déploiement à grande échelle ne sera pas immédiat.La propulsion vélique, elle, est déjà utilisée : c’est là toute sa force. Auxiliaire, elle peut être installée sur des navires existants et permettre une réduction rapide de leur consommation de carburant ; principale, elle ouvre la voie à la conception de navires entièrement décarbonés dès leur construction. Dans les deux cas, elle apporte une réponse immédiate, concrète et crédible à une urgence qui, elle, n’attendra pas.Pourtant, malgré la maturité de la filière, la propulsion vélique n’a pas d’existence en droit français. Armateurs et assureurs avancent dans un cadre incertain, à défaut d’une définition légale claire. L’État a pourtant reconnu l’intérêt stratégique de la filière en signant le pacte vélique avec ses acteurs en 2024.La présente proposition de loi s’inscrit dans la continuité de cet engagement. Elle introduit la notion de navire à propulsion vélique dans le code des transports. Elle complète cette reconnaissance juridique par des outils concrets : un suramortissement adapté, des exonérations de charges, l’intégration à titre expérimental de la filière dans les certificats d’économie d’énergie (C2E) et une orientation des recettes du marché carbone vers la décarbonation du secteur.Ce texte donne enfin un cadre stable, cohérent et opérationnel à une filière dynamique. Mon département, la Loire-Atlantique, en fournit une illustration parlante. C’est aux Chantiers de l’Atlantique de Saint-Nazaire qu’a été conçue et industrialisée la voile rigide SolidSail. Il s’agit d’une technologie composite de plus de 1 000 mètres carrés, déjà déployée sur des navires en exploitation commerciale. C’est également en ce lieu qu’a été assemblé l’ Orient Express Corinthian, le plus grand voilier de croisière du monde – un trois-mâts de 220 mètres de long –, inauguré le 29 avril dernier. Ses 45 000 mètres carrés de voilure, ses mâts en carbone, l’ingénierie navale et son design sont le fruit d’un savoir-faire français.Depuis octobre dernier, la compagnie nantaise Neoline exploite une liaison commerciale régulière entre Saint-Nazaire et Baltimore à bord du plus grand cargo roulier à voile au monde. Ce n’est plus une expérimentation ; c’est une démonstration que ce modèle est viable à l’échelle industrielle sur de véritables routes commerciales.L’écosystème qui se constitue en Loire-Atlantique n’est pas une exception locale. La filière vélique française représente déjà plus de 1 100 emplois directs, avec un objectif de 4 000 emplois à l’horizon 2030, sur un marché mondial estimé à plusieurs milliards d’euros. En trois ans, trois sites industriels ont été créés et seize compagnies maritimes se sont structurées autour de cette technologie. La France peut prendre une position de premier plan ; encore faut-il lui en donner les moyens. C’est précisément ce que permet cette proposition de loi. À ce titre, nous la soutenons sans réserve.Au-delà des enjeux industriels et climatiques, c’est aussi une question de souveraineté énergétique. Dans le contexte géopolitique actuel, notre dépendance aux hydrocarbures s’est rappelée à nous avec force. Le vent, lui, s’impose comme une évidence. Il est abondant, disponible, gratuit. Il ne dépend ni d’un détroit stratégique ni d’une puissance étrangère et il ne saurait souffrir d’une crise des marchés. Faire le choix d’une filière vélique forte, c’est faire le choix d’une énergie dont personne ne peut nous priver. C’est aussi faire le choix d’une innovation française, d’une industrie d’avenir et d’une décarbonation qui ne renonce ni à la compétitivité ni à la souveraineté.Pour toutes ces raisons, le groupe Horizons & indépendants votera en faveur de ce texte et appelle à son adoption. (Applaudissements sur les bancs du groupe HOR.)
Source : compte rendu intégral officiel de l'Assemblée nationale, capturé le 2026-09-01. Texte reproduit tel que publié par l'Assemblée, hors interventions de présidence de séance (ouverture, clôture, mise aux voix).