Discours du 14 janvier 2026
Jean-Noël Barrot · Session ordinaire 2025 -2026 · séance n°113
Vous avez raison de souligner que la priorité de la France est la sécurité de ses ressortissants, partout où ils se trouvent – y compris en mer, notamment en Méditerranée. L’événement que vous avez rappelé, lors duquel ce navire a essuyé des tirs en provenance d’une embarcation libyenne, constitue une très grave violation du droit international. Avec nos partenaires européens, nous avons vivement protesté auprès des autorités libyennes afin qu’elles comprennent que de tels agissements sont inacceptables et condamnables.Le 1er décembre, nous avons reçu au Quai d’Orsay les équipes de l’Ocean Viking afin d’échanger avec elles. Depuis ces échanges, nous avons entrepris deux démarches supplémentaires. D’abord, exiger des autorités libyennes les résultats de l’enquête, ouverte à la suite de nos premières protestations. Ensuite, engager avec ces autorités un dialogue afin de les avertir de la reprise imminente des activités de l’Ocean Viking – jusqu’alors en réparation – et de leur rappeler la nécessité absolue d’assurer la sécurité des travailleurs humanitaires et des migrants. Des travailleurs humanitaires et des migrants, parce que nous sommes pleinement mobilisés pour que la Méditerranée qui, au gré des tensions géopolitiques qui ont émaillé la région, est devenue un cimetière, un lieu de transit et d’assistance, devienne complètement sécurisée.Nous l’avions déjà fait en avril, lorsqu’à la suite des mesures répressives prises par les autorités libyennes à l’encontre d’ONG sur le territoire libyen, nous avions mobilisé nos partenaires européens pour faire entendre la voix des ONG. Je salue, avec vous, le courage et le caractère indispensable de leur action, alors même qu’elles subissent une double menace : contraintes budgétaires, qui entravent leur action, et contraintes politiques, parce qu’elles sont souvent pointées du doigt par des responsables politiques, en réalité irresponsables. (Applaudissements sur quelques bancs des groupes EPR et SOC. – Mmes Elsa Faucillon et Stella Dupont applaudissent également.)
Je vous remercie d’avoir rappelé, comme l’ont déjà fait un certain nombre de vos collègues hier, la gravité de la situation – il s’agit de la répression la plus violente dans l’histoire contemporaine de l’Iran – ainsi que le courage admirable de nos sœurs et frères iraniens, qui prennent tous les risques pour défendre leurs droits fondamentaux, notamment leur droit à la liberté.Face à cette situation, nous agissons selon quatre axes d’effort. Le premier, que le premier ministre a rappelé hier, c’est la sécurité de nos ressortissants : au nombre d’un millier à peu près en Iran, nous les contactons un à un pour leur donner des consignes de sécurité. Parallèlement, nous appelons les Français à ne pas se rendre sur place. Je pense aussi à la sécurité de Cécile Kohler et Jacques Paris, les deux compatriotes que nous voulons faire rentrer en France le plus rapidement possible.Le deuxième axe d’effort, vous en avez dit un mot comme moi hier, repose sur le travail que nous avons engagé dans la lutte contre l’impunité des crimes commis. La présidente de la Commission européenne a lancé le chantier de désignation des auteurs de la répression ; ils pourront ainsi être ciblés par des sanctions européennes – gel d’avoirs, interdiction d’accès au territoire européen. Dans ce même objectif, des réunions auront lieu aux Nations unies, au sein du Conseil de sécurité et du Conseil des droits de l’homme.Troisième axe : le soutien à la société civile – vous en avez également parlé. Nous explorons toutes les pistes, dont celles que vous avez évoquées. Je remercie d’ailleurs les parlementaires qui, par leurs propositions, nous ont amenés à explorer telle ou telle possibilité.Enfin, notre quatrième axe d’effort est celui de la préparation et de l’anticipation de toute éventualité, y compris celle d’interventions étrangères qui provoqueraient un embrasement régional. La sécurité de nos emprises et de nos partenaires locaux s’en trouverait engagée et nous ferions face à cette situation avec beaucoup de résolution et de détermination.
Vous auriez dû me passer un coup de fil avant cette séance, madame la députée, vous auriez pu ainsi économiser une question, et nous aurions pu aborder d’autres sujets. En effet, le projet de création d’un tel haut-commissariat n’existe pas, ni dans l’esprit du président de la République, ni dans celui du premier ministre, ni dans le mien.
Il ne correspond pas à notre conception de l’action publique, qui doit être universaliste et républicaine. Nous récusons les politiques publiques qui séparent et assignent.De plus, nous ne pourrions que réserver un accueil très tiède, sinon très froid, à un tel projet, tel que vous le présentez. D’abord parce qu’il serait superflu, pour ce qui concerne les diasporas présentes en France, puisque mon ministère, en lien avec le ministère de l’intérieur, entretient déjà des relations très étroites avec elles et les pays dont elles sont issues. Un tel projet serait ensuite contraire à l’ambition du premier ministre de simplifier notre organisation administrative – simplification à laquelle votre collègue Blandine Brocard faisait référence et à laquelle l’ensemble des ministères sont pleinement attachés. (Mme Blandine Brocard et M. Xavier Breton applaudissent.)
Merci d’avoir soulevé cette question qui touche à un point central pour la stabilité de la région et pour nos intérêts en matière de sécurité. Nous avons accueilli favorablement le retour au calme relatif à Alep après les affrontements entre les Forces démocratiques syriennes – c’est-à-dire les forces kurdes – et les forces syriennes, qui ont fait une centaine de morts et de très nombreux déplacés. Nous avons activement contribué à ce retour au calme par la médiation que nous avons conduite au plus haut niveau, en parallèle des États-Unis : le président de la République s’est lui-même impliqué pour faire passer des messages aux deux parties.Ce point est essentiel et a dicté l’engagement de la France depuis la chute du régime sanguinaire de Bachar al-Assad, il y a un peu plus d’un an. Pourquoi ? D’abord parce que de la capacité de la Syrie nouvelle à intégrer les Kurdes, ainsi que les autres communautés, dépendent la stabilité et la souveraineté futures de la Syrie. Ensuite parce que, vous l’avez rappelé, les Kurdes ont été nos fidèles alliés dans la lutte contre Daech – organisation qui a ensanglanté la France à plusieurs reprises. Je rappelle que dans les prisons du nord-est de la Syrie, gardé par les Kurdes, se trouvent toujours des milliers de combattants terroristes de Daech.C’est la raison pour laquelle la négociation lancée en mars 2025 est si cruciale. Avant le début des affrontements du 6 janvier, nous avons reçu à Paris le ministre des affaires étrangères syrien pour le presser de faire des concessions. Le premier bloc de cette négociation concerne l’intégration des forces armées kurdes dans l’armée syrienne, ce qui inclut la reconnaissance de certains droits aux Kurdes. Nous allons continuer dans ce sens, en soutenant nos alliés kurdes et en poussant les deux parties à trouver une solution car chacune d’elles a, au fond, le même objectif : celui d’une Syrie forte, souveraine, à l’abri de toute ingérence étrangère. (Applaudissements sur quelques bancs du groupe EPR.)
Source : compte rendu intégral officiel de l'Assemblée nationale, capturé le 2026-09-01. Texte reproduit tel que publié par l'Assemblée, hors interventions de présidence de séance (ouverture, clôture, mise aux voix).