Discours du 19 janvier 2026
Jean-Noël Barrot · Session ordinaire 2025 -2026 · séance n°118
Ouverte avec fracas, l’année 2026 nous a fait entrer de plain-pied dans un monde marqué par la brutalisation des relations internationales, un monde où l’usage de la force redevient un instrument assumé de politique étrangère, un monde où les règles patiemment construites sur les ruines de la seconde guerre mondiale sont de plus en plus souvent contournées, relativisées et parfois même ouvertement bafouées.À l’aube du 3 janvier, une opération militaire menée par les États-Unis à Caracas a conduit à la capture et à l’exfiltration du président vénézuélien Nicolás Maduro. Cet événement, spectaculaire par sa forme, est lourd de conséquences ; il appelle de notre part une parole claire, cohérente et responsable.La position de la France est d’abord une position de lucidité. Nicolás Maduro était un dictateur sans scrupules, qui a confisqué les libertés fondamentales de son peuple, étouffé toute opposition politique, accaparé la rente pétrolière pour asseoir son pouvoir personnel et piétiné le processus électoral pour se maintenir en place.Cette réalité s’est imposée lors du scrutin présidentiel du 28 juillet 2024, dont les résultats n’ont jamais été rendus publics et pour lequel nous ne disposons de procès-verbal d’aucun bureau de vote. Avec constance, la France avait appelé à la transparence totale du processus électoral, seule à même de garantir la sincérité du scrutin et le respect de la volonté des électeurs. À l’issue de ce scrutin manipulé, la répression fut immédiate et violente. En quelques jours, près de 2 500 personnes furent arrêtées et 27 perdirent la vie.Décidée au plus haut niveau de l’État, cette répression systématique a conduit le bureau du procureur de la Cour pénale internationale à enquêter sur les crimes commis au Venezuela depuis 2014. Cette enquête vise aussi les allégations graves de crimes contre l’humanité concernant les faits survenus après l’élection de juillet 2024.Et que dire des conditions de détention indignes qui prévalaient dans les prisons vénézuéliennes ? Symbole de ce système carcéral inhumain, la prison de Rodeo I, à Zamora, dans l’État de Miranda, restera tristement célèbre pour avoir accueilli des dizaines de citoyens européens détenus arbitrairement, y compris l’un de nos compatriotes, que j’ai accueilli en novembre dernier sur le sol français après sa libération.Ces réalités disent beaucoup de la nature du régime. C’est la raison pour laquelle le président de la République a exprimé clairement la solidarité de la France avec le peuple vénézuélien enfin débarrassé de la dictature de Nicolás Maduro.Notre voix est constante et cohérente. Depuis des années, nous avons dénoncé la répression des voix dissidentes, les détentions arbitraires, les atteintes répétées à l’État de droit. Nous en avons d’ailleurs subi les conséquences : en janvier 2025, la majorité du personnel diplomatique français de Caracas a été expulsée. En dix ans, près de 8 millions de Vénézuéliennes et de Vénézuéliens ont quitté leur pays. Cet exode est le symptôme le plus implacable d’un échec patent sur le plan politique, économique et moral. Aucun démocrate sincère ne peut pleurer le départ de Nicolás Maduro.Dire la vérité sur la nature du régime déchu ne nous dispense pas de dire la vérité sur la méthode employée pour le faire tomber. La France a rappelé avec force que l’opération militaire menée à Caracas contrevenait aux principes fondamentaux du droit international et dérogeait à ceux de la Charte des Nations unies, en particulier le respect de l’indépendance et de l’intégrité territoriale des États.Si l’usage de la force existe en droit international – la France a récemment frappé militairement en Syrie des groupes terroristes, notamment Daech –, cet usage est strictement encadré ; mais dans un monde sans règles, la seule loi qui prévaut est celle de la jungle.Mesdames et messieurs les députés, un monde soumis à la loi du plus fort, la France s’y prépare.Nous nous y préparons, en nous réarmant militairement pour garantir notre sécurité et celle de l’Europe. C’est le sens de l’effort budgétaire en faveur de nos armées que nous avons engagé sous l’impulsion du premier ministre et de la ministre des armées et des anciens combattants. C’est le sens de la consolidation de notre base industrielle et technologique de défense (BITD). C’est le sens de l’autonomie stratégique que nous défendons avec ardeur auprès de nos partenaires européens.Nous nous y préparons, en nous réarmant sur le plan économique, afin de réduire nos dépendances stratégiques et échapper à la dépendance que nous avons laissé s’installer envers d’autres régions du monde.Nous nous y préparons, en nous réarmant moralement, afin d’être prêts à résister à la brutalité qui s’installe ainsi qu’à la tentation du renoncement et à l’esprit de défaite.Parce qu’elle ne peut se résoudre à la brutalisation du monde, la France continuera de défendre les principes fondateurs de la paix et de la stabilité internationales. Ces principes, les peuples du monde les ont inscrits le 26 juin 1945 dans la Charte des Nations unies. Ils sont les seuls à nous prémunir du fléau de la guerre. Nous avons rappelé cette position le 5 janvier dernier devant le Conseil de sécurité, car ce sont la paix et la sécurité internationales qui sont fragilisées par cette brutalisation du monde.
Nous vivons un paradoxe dangereux : les puissances ayant imaginé l’ordre international que nous connaissons considèrent aujourd’hui qu’elles ont plus à gagner à le violer qu’à le protéger. Ce n’est pas notre conception, et cela ne le sera jamais.Alors, que faire ? Sur place, au Venezuela, notre priorité immédiate a été, et demeure, la protection de nos 2 000 compatriotes présents.
Malgré un retour relatif au calme, nous continuons de déconseiller formellement tout déplacement dans le pays. À travers ses six collectivités dans les Amériques, la France est un pays américain et caribéen, ce qui renforce évidemment notre engagement en faveur de la stabilité de la région.
L’Europe et l’Amérique latine ont tout à gagner à conjuguer leurs forces face aux défis du siècle : défense de l’ordre international fondé sur le droit, transitions écologique et numérique, lutte contre les inégalités et contre la criminalité organisée.
C’est dans cet esprit qu’en novembre 2025, je me suis rendu dans la région aux côtés du président de la République pour renforcer nos partenariats stratégiques…
…et la lutte contre le narcotrafic, priorité majeure pour notre sécurité intérieure comme pour la stabilité régionale.Au Venezuela, les autorités intérimaires ont fait part de leur souhait de renouer des relations apaisées avec les pays européens. La France a plaidé avec l’Allemagne en faveur de mesures de réconciliation concrètes au bénéfice direct de la population. La libération de plusieurs prisonniers politiques, survenue au cours des derniers jours, constitue un signal positif, que nous saluons avec prudence.La France a renouvelé sa disposition à faciliter la reprise du dialogue entre tous les acteurs vénézuéliens, y compris l’opposante María Corina Machado. Les mots de son discours, lu à Stockholm par sa fille, résonnent bien au-delà des frontières : « Ce que nous, Vénézuéliens, pouvons offrir au monde, c’est cette leçon apprise au terme d’un long chemin éprouvant : la démocratie n’existe que si nous sommes prêts à lutter pour la liberté. Car la liberté est un choix, un choix qui doit être renouvelé chaque jour et qui se mesure à l’aune de notre détermination et de notre courage. »
Notre souhait pour le Venezuela est clair : une transition pacifique et démocratique. La première étape est la libération des prisonniers politiques ; la seconde est une transition respectueuse de la volonté exprimée par le peuple vénézuélien il y a un an,…
…lorsqu’il a élu un président – Edmundo González Urrutia –, qui devra jouer un rôle central dans cette phase de reconstruction nationale. Aucune solution politique durable ne saurait être imposée de l’extérieur.
Il appartient au peuple vénézuélien de trouver sa propre voie vers un avenir stable et prospère. La France, dont l’ambassade à Caracas n’a jamais fermé ses portes, restera présente et engagée. À cet égard, je veux saluer devant vous le travail de nos agents, qui a permis d’assurer la sécurité de la communauté française et de maintenir un lien essentiel avec la société vénézuélienne.La France s’est tenue aux côtés du peuple vénézuélien, dont les besoins sont immenses ; elle continuera de le faire. Sur le plan humanitaire, nous avons soutenu des distributions de repas dans les cantines scolaires, des programmes de santé, de prévention des cancers, de formation médicale. Sur le plan culturel, les liens sont demeurés vivants grâce aux Alliances françaises, au lycée français de Caracas, aux festivals de cinéma français dans tout le pays et grâce à la musique. Elle résonne sous la baguette du chef d’orchestre Gustavo Dudamel, qui a dirigé l’orchestre de l’Opéra de Paris et, lors de la réouverture de Notre-Dame de Paris, celui de Radio France. Ces liens culturels sont précieux.Dans un pays qui comptait encore plus d’une centaine d’entreprises françaises au début des années 2010, les perspectives économiques existent également. Le renforcement de nos liens dépendra toutefois du retour de notre personnel diplomatique expulsé et de la poursuite résolue vers une transition démocratique.Mesdames et messieurs les députés, ce qui s’est passé au Venezuela doit aider à dessiller nos yeux.
Face à la multiplication des crises, la France fait le choix constant de la coopération plutôt que de la confrontation, du droit plutôt que de la force. C’est ainsi qu’après un an de travail, la résolution que nous avons présentée condamnant le Hamas et ses crimes, appelant à son désarmement, dessinant les contours d’une intégration régionale et garantissant le droit du peuple palestinien à l’autodétermination, a été adoptée à l’Assemblée générale des Nations unies par 142 voix contre 10, c’est-à-dire à l’écrasante majorité des nations du monde.Nous avons fait ce choix lorsque, sur ce socle patiemment bâti, nous avons reconnu l’État de Palestine et entraîné dans notre sillage dix autres pays, dont le Royaume-Uni, le Canada et l’Australie.Nous l’avons fait lorsque nous avons formé, à l’initiative du président de la République, une coalition de volontaires de plus de trente pays – États d’Europe, d’Amérique du Nord, d’Océanie et d’Asie –, qui se sont réunis la semaine dernière à Paris ; pour la première fois depuis des décennies, ils ont défini ensemble une planification militaire crédible et robuste pour que la paix, une fois conclue, puisse être garantie en Ukraine.Nous le faisons aussi en prenant très au sérieux les déclarations récentes du président américain concernant le Groenland. Nous le répétons ici avec force : le Groenland est un territoire européen qui n’est ni à vendre ni à prendre. (Applaudissements sur les bancs du groupe EPR. – Mme Maud Petit applaudit également.) Le président de la République l’a dit il y a quelques jours devant les ambassadrices et ambassadeurs réunis à Paris : « Nous refusons le nouveau colonialisme et le nouvel impérialisme.
Nous refusons la vassalisation et le défaitisme. »C’est cette ligne de fermeté, de cohérence et de fidélité à nos principes que la France continuera de défendre, pour le Venezuela, pour l’Europe et pour l’ordre international fondé sur le droit, sans lequel il n’y a ni paix ni liberté véritable. (Applaudissements sur les bancs des groupes EPR et Dem. – Mme Marie Récalde applaudit également)
Je souhaite dire quelques mots en réponse aux orateurs qui se sont exprimés.Laurent Mazaury a rappelé que, dans les relations entre nations, on n’impose pas la liberté par la force. En tout cas, il est bien difficile de le faire ainsi avec efficacité.Stéphane Peu a évoqué une perte de crédibilité de notre diplomatie. Ce n’est pas très aimable pour nos diplomates, qui travaillent ardemment, tout au long de l’année. (M. Stéphane Peu fait un signe de dénégation.)
Demandez donc aux diplomates français s’ils ont le sentiment d’avoir perdu en crédibilité en 2025, quand ils ont permis à la France, dans le cadre d’une initiative multilatérale, de reconnaître l’État de Palestine et d’entraîner avec elle dix pays, entre autres le Royaume-Uni et le Canada ! J’ai d’ailleurs été étonné de n’entendre, dans vos interventions, aucun mot sur la reconnaissance de la Palestine, ni sur les prisonniers politiques au Venezuela ou sur le peuple vénézuélien.Matthieu Bloch a parlé de l’illisibilité de la position française sur le Venezuela. Nous pourrons y revenir dans la séquence de questions-réponses. En tout cas, la position de notre pays a été très simple : condamnation des crimes de Nicolás Maduro ; dénonciation de l’opération américaine comme contrevenant au droit international ; puis, rappel que la souveraineté du peuple vénézuélien doit être prioritaire. De ce point de vue, le peuple vénézuélien s’étant exprimé en 2024, ceux qui ont été désignés alors par ses suffrages ont un rôle central à jouer dans la transition démocratique, que nous appelons de nos vœux.Quant à la disparition de la France et de son influence en Afrique, cela correspond évidemment à une vision complètement déformée de la réalité. Oui, nous avons restitué, à la demande de nos partenaires, quatre de nos cinq bases militaires permanentes en Afrique, mais c’est parce que nous avons changé notre relation avec les pays africains. La Françafrique, c’est fini ! Nous travaillons dans le cadre de partenariats d’égal à égal, dans l’intérêt mutuel de la France et des pays concernés.Sylvie Josserand a affirmé que le président de la République avait hypothéqué la sécurité juridique du peuple vénézuélien. Bien au contraire : ce fameux dimanche soir, à un moment où il y avait un risque élevé qu’une pétrodictature succède à une autre, c’est la France qui a rappelé le plus clairement que les aspirations démocratiques du peuple vénézuélien, telles qu’elles s’étaient exprimées en 2024, devaient être respectées.Vous avez, madame Josserand, fait référence à la déclaration des droits des peuples et des nations mise en avant par Marine Le Pen en 2023. La Charte des Nations unies consacre des principes très simples : le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes ; l’intangibilité des frontières ; le non-recours à la force, à deux exceptions près, à savoir la légitime défense et lorsque la force est prescrite par le Conseil de sécurité des Nations unies. Je vous mets en garde : toute autre formulation de ces grands principes me paraît hasardeuse, voire dangereuse. C’est la raison pour laquelle nous accueillons avec beaucoup de tiédeur les initiatives prises par la Chine ou, plus récemment, par les États-Unis en vue de réécrire, en quelque sorte, les principes de la Charte, à laquelle nous restons très profondément attachés.Christopher Weissberg a rappelé la position de la France sur le Groenland et a évoqué les récentes annonces américaines concernant le relèvement des droits de douane à l’égard de certains pays européens. Au-delà de la dénonciation et de la condamnation, monsieur Weissberg, je salue votre attitude et celle du président de la commission des affaires étrangères : vous avez décidé de prendre vos responsabilités et d’écrire aux parlementaires américains pour leur témoigner que ces décisions ou ces annonces fragilisent la relation entre le peuple américain et le peuple français, faisant ainsi entendre la voix de ses représentants.Arnaud Le Gall a évoqué la question d’Alstom. Je rappelle simplement que le fabricant de turbines Arabelle a été racheté par EDF, ce qui nous permet de disposer d’une technologie souveraine.
Plusieurs groupes politiques de cette assemblée ont sollicité, sur le fondement de l’article 50-1 de la Constitution, la tenue d’un débat portant en particulier sur le Venezuela. Je salue cette décision, mais il est difficile d’entendre des interventions qui laissent de côté ou éclipsent complètement le sort du peuple vénézuélien, qui a été tout de même victime d’une oppression. Il suffit de regarder les choses pour s’en apercevoir.
Je viens de parler des États-Unis ! Ce qui nous différencie, monsieur Le Gall, c’est que je peux très bien dénoncer les violations du droit international par les États-Unis tout en condamnant Nicolás Maduro pour ses crimes et en exprimant ma solidarité à l’égard du peuple vénézuélien. J’ai l’impression que ce sont vos indignations qui sont sélectives !Dieynaba Diop a utilement rappelé que nous ne devions pas oublier les grandes crises humanitaires qui traversent l’Afrique, en particulier celle qui déchire le Soudan. Effectivement, il importe non seulement de dénoncer les violations du droit international, mais de réformer les institutions qui sont les garantes de ce droit. Vous avez rappelé l’initiative prise par la France et le Mexique pour limiter l’usage du droit de veto en cas d’atrocités de masse. Il me semble que cette réforme s’impose, à un moment où le droit international humanitaire est piétiné aux quatre coins de la planète. La situation de ce début d’année 2026 invite la France et le Mexique à redoubler d’efforts pour obtenir le maximum de signatures en faveur de cette initiative, qui en a déjà réuni une centaine.Nicolas Tryzna a demandé si la voix de la France était audible. Je répondrai que notre capacité à nous faire entendre dépend pour beaucoup de notre force intérieure. À cet égard, le premier ministre venant d’annoncer qu’il engagerait la responsabilité du gouvernement, les choix que va devoir faire cette assemblée sont essentiels : il est illusoire pour la France de peser au Venezuela ou ailleurs si elle n’a pas de budget, en particulier si ses armées – la ministre ici présente y reviendra sans doute – en sont dépourvues.
Sur ce chapitre, je remercie Sabrina Sebaihi et le président de la commission des affaires étrangères d’avoir souligné l’importance de préserver les moyens de la diplomatie, qui peut utilement épauler notre effort de réarmement dans un monde durci.Maud Petit a rappelé que nos compatriotes sont eux aussi victimes de la brutalisation du monde lorsqu’ils se retrouvent otages ou sont détenus de manière arbitraire à l’étranger. L’année dernière, nous avons obtenu la libération d’une dizaine de nos compatriotes. Nous continuerons à nous mobiliser, et il y a déjà quelques bonnes nouvelles en ce début d’année. C’est l’honneur de la diplomatie française que d’œuvrer à de telles libérations.De ce point de vue, je tiens à témoigner devant vous que, lorsque notre compatriote Camilo Castro est revenu du Venezuela, il portait dans son être les stigmates des conditions indignes dans lesquelles il y avait été détenu, pendant environ six mois, ces conditions ayant été prescrites par le régime de Nicolás Maduro.Sylvain Berrios a rappelé que notre interlocuteur devait être Edmundo Gonzalez Urrutia. C’est précisément ce qu’avait indiqué le président de la République dans le message qu’il avait diffusé dès le dimanche soir en question, alors que l’on voyait déjà certains pays, notamment les États-Unis, choisir plutôt une autre option, celle de la vice-présidente Delcy Rodríguez. Depuis, celle-ci a donné des gages et montré des signes de sa volonté de faire cheminer la transition jusqu’à des élections.Bruno Fuchs a rappelé que la paix se maintient non pas par la soumission, mais par l’équilibre et Pieyre-Alexandre Anglade, pour sa part, que la première menace, aujourd’hui, c’est la Russie.
C’est ce que nous avons écrit dans la revue nationale stratégique, tout en gardant une grande lucidité quant aux perspectives américaines et au rôle des États-Unis au sein de l’Alliance atlantique. La première des menaces, c’est la Russie : elle vise délibérément la France et les autres pays européens par une agressivité qui se situe certes en deçà du seuil, mais qui, dans certains de ces pays européens, confine à la violation du droit international et de l’intégrité territoriale.M. Anglade a conclu en affirmant que l’Europe était plus forte qu’on ne le croit. Dans ce moment, l’Europe doit prendre pleinement conscience de sa force pour obtenir une inflexion de la part des États-Unis d’Amérique s’agissant des annonces récentes à propos du Groenland et des droits de douane. (Applaudissements sur les bancs des groupes EPR et Dem. – M. le président de la commission des affaires étrangères applaudit également.)
Merci pour cette suggestion, monsieur Mazaury ! Il semble en effet que cette navette soit un peu lente (Sourires) et elle mérite d’être accélérée afin d’arriver à bon port. Nous allons nous pencher sur ce sujet.
Je récuse le reproche classique de double standard : jusqu’à présent, la France a refusé tout « deux poids, deux mesures » dans ses positions internationales. Je vous rejoins cependant sur un point : la perception du droit international comme des événements qui arrivent ici ou là sur la planète est rarement neutre et je dois de nouveau pointer du doigt certaines indignations sélectives. Pourquoi, depuis le début du débat, vos collègues ne disent-ils pas un mot du peuple vénézuélien ? (M. Arnaud Le Gall s’exclame.) Pourquoi ne parlent-ils pas du peuple iranien, qui a vécu, ces derniers jours, la pire répression de son histoire ? Vous appartenez pourtant, je crois, à des formations politiques qui ont toujours défendu le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes.
Que le droit international soit dévoyé par certaines puissances, dont la France ne fait d’ailleurs pas partie, est peut-être vrai ; mais je vous invite à considérer vos propres indignations sélectives.Nous dénonçons la violation, par les États-Unis, du droit international dans le cadre de l’opération de capture de Nicolás Maduro.
Mais, une fois qu’on l’a dit, que fait-on ? Bien sûr qu’il faut réformer le droit international – il n’est plus appliqué, il est foulé aux pieds ; mais la première responsabilité d’un pays comme la France, dans un monde où s’installe la loi du plus fort, est de se défendre. C’est pourquoi les décisions budgétaires que prendra le pays sont si cruciales. Quand règne la loi du plus fort, il faut pouvoir s’opposer à la prédation. C’est en nous donnant les capacités d’être plus forts que nous pourrons rétablir une norme que nous considérons juste et équilibrée, qui repose sur les principes de la Charte des Nations unies ; mais il est illusoire d’imaginer le faire sans nous être auparavant renforcés. C’est tout l’objet de la politique que nous essayons de mener.
Monsieur le député, vous avez raison, la France est aussi une nation de l’Amérique latine et des Caraïbes. C’est l’une des raisons pour lesquelles nous avons suivi ce qui s’est passé au Venezuela avec la plus grande attention. Plus de 1 million de nos compatriotes vivent en Guyane, dans les Antilles, et méritent toute l’attention des services de l’État dans les territoires concernés, mais aussi de nos ambassades dans les pays de la région.Conscients du risque que pourrait entraîner une nouvelle vague d’émigration – qu’il faut tout faire pour éviter –, mais aussi, à la suite des décisions prises par les États-Unis concernant la lutte contre le narcotrafic, du risque de déport qui pourrait fragiliser encore les territoires de la République, nous envisageons d’organiser, à brève échéance, avec le ministre de l’intérieur et la ministre des outre-mer, une réunion qui associe les services de l’État et les services dans nos postes, afin d’aborder tous les risques associés à cet environnement mouvant, dans l’intérêt de nos compatriotes ultramarins.
Monsieur le député, ce n’est pas nous qui avons offert une tribune médiatique à cet ambassadeur, mais RTL, si mes informations sont bonnes.
Notre priorité, dans ce contexte, c’est d’abord la sécurité de notre millier de ressortissants en Iran, que nous avons contactés un à un pour leur donner les consignes de sécurité, tout en veillant également à la sécurité des agents de notre ambassade à Téhéran, face aux violences d’État commises par le régime iranien contre les manifestants ces derniers jours.Notre deuxième axe d’effort, c’est la lutte contre l’impunité. Il ne saurait y en avoir aucune pour les auteurs de cette répression, qui est la plus violente de l’histoire contemporaine de l’Iran, pas plus qu’il n’y en a eu pour les auteurs de la répression contre le mouvement Femme, vie, liberté en 2022. Un travail, engagé au niveau européen, devrait aboutir dans les prochains jours. Le 28 janvier prochain se tiendra également une réunion du Conseil des droits de l’homme de l’Union européenne, qui est l’instance primordiale de la lutte contre l’impunité dans le cadre international, car elle a le pouvoir de diligenter des enquêtes qui permettront, s’il en est ainsi décidé, de faire toute la lumière sur l’ampleur de l’horreur, l’ampleur de la répression.J’ajoute que nous suivons, avec la ministre des armées, l’évolution de la situation concernant la sécurité de nos emprises diplomatiques et militaires dans la région, ainsi que celle de nos partenaires, avec lesquels nous sommes liés par des accords de défense, afin d’être capables de faire face à toute éventualité.
Comme je vous l’ai dit, nous l’avons convoqué pour lui signifier la condamnation par la France des violences d’État qui se sont abattues aveuglément sur les manifestants. Un travail de désignation est lancé au niveau européen afin de sanctionner les responsables de la répression. Le renvoi d’un ambassadeur s’inscrit dans l’échelle des sanctions diplomatiques. Nous l’activerons si les circonstances l’exigent.
D’abord, croyez-vous vraiment que c’est par le rapport de force que l’intervention de l’Allemagne a porté ses fruits ? Ensuite, pensez-vous que l’intervention de l’Allemagne a été spontanée, qu’elle est tombée du ciel ? Enfin, il faudrait peut-être réfléchir à deux fois avant de donner des leçons au gouvernement de la France qui, l’année dernière, est parvenu à libérer dix de nos compatriotes détenus arbitrairement ou otages à l’étranger. (M. le président de la commission des affaires étrangères, Mme Maud Petit et M. Frédéric Petit applaudissent.) N’insultons pas les diplomates, pour qui c’est un honneur de parvenir à ces résultats particulièrement spectaculaires ; cela suppose qu’une certaine discrétion entoure les manœuvres diplomatiques que nous déployons.
Madame la députée, il y a un peu moins d’un an, Jordan Bardella a dit que l’élection de Donald Trump faisait souffler un vent de liberté sur les sociétés occidentales. Est-ce que vous vous félicitez que ce vent souffle si fort ?
Nous pourrons peut-être en reparler après la séance, car je n’ai pas tout à fait compris quel est le concept que vous attribuez à l’administration américaine. L’ordre international fondé sur les règles est le terme généralement utilisé pour décrire l’ordre international tel qu’il est prescrit par la Charte des Nations unies. Il suffit de la lire pour se rendre compte que ce qu’elle stipule est très simple : pas d’usage de la force, sauf légitime défense ou utilisation prescrite par le Conseil de sécurité. L’intervention au Venezuela est contraire à ces principes et contrevient donc au droit international.
Les travaux associant les médiateurs américains, les négociateurs ukrainiens et les Européens ont beaucoup avancé depuis la fuite de ce plan en vingt-huit points, qui portait la signature de la Russie. Nous sommes arrivés à un stade où, comme le rappelait la ministre des armées, la coalition des volontaires dispose d’une planification militaire sans équivalent dans notre histoire récente, ce qui permettra de garantir durablement la paix conclue. Les États-Unis ont affirmé leur volonté de participer aux garanties de sécurité, par la prise en charge de la vérification du cessez-le-feu et le soutien aux capacités militaires installées, bien loin de la ligne de front et après le cessez-le-feu, ainsi qu’à l’armée ukrainienne et à sa régénération.Pour les médiateurs américains, la prochaine étape est bien sûr de négocier avec les émissaires russes, tout du moins ceux qui représentent la Russie. Cela devrait se produire dans les prochains jours ou les prochaines semaines. Dans l’attente, nous poursuivons notre double agenda : soutenir l’Ukraine, par ce prêt de 90 milliards d’euros qui la mettrait à l’abri de toute difficulté financière et la placerait en position de force à l’ouverture des négociations, et exercer une pression sur la Russie, par la préparation d’un vingtième paquet de sanctions, lequel visera les revenus énergétiques, la flotte fantôme que la Russie utilise pour contourner les sanctions et les infrastructures financières qui lui permettent de maintenir son effort de guerre.En parallèle, nous continuons de défendre plusieurs projets, sur lesquels nous reviendrons à l’occasion des questions de M. Frédéric Petit, tels que la mobilisation de l’industrie française du drone, en lien avec l’industrie ukrainienne. Nous travaillons à quatre mains avec la ministre des armées, si vous me permettez l’expression, pour que ces coopérations profitent à la fois à l’Ukraine et à la France.
J’apporterai une toute petite nuance à votre propos. Si on commence à dire qu’il ne faut pas exclure l’usage de la force, indépendamment du droit, on risque de subir une démonstration de force contre ses propres intérêts, car on n’est jamais durablement le plus fort. Il y aura toujours quelqu’un pour rappeler que la raison du plus fort est la meilleure. Autrement dit, il y aura toujours quelqu’un pour porter atteinte à vos intérêts.Cela étant, je partage votre souhait de rendre l’Europe plus forte. Pour ce faire, la France doit devenir plus puissante, d’abord pour se défendre. Personne ne cherchera à titiller ou à remettre en question l’intégrité territoriale de l’Europe si elle est une grande puissance militaire, diplomatique, économique, etc. Pour y parvenir, la France doit convaincre ses partenaires européens. Plus elle sera forte elle-même, sur le plan militaire comme sur le plan budgétaire, plus elle y réussira. Raison pour laquelle les choix budgétaires qu’il revient à l’Assemblée de faire, comme au Sénat, sont importants. Si nous voulons que l’Europe se lève dans ce moment de bascule, ce moment de pivot, lors duquel les États-Unis, notre allié par l’Otan, exprime des revendications pour un territoire européen placé sous la protection de l’Otan, il faut que la France se montre au rendez-vous, forte, indépendante et capable d’entraîner avec elle ses partenaires européens. C’est pourquoi, je le répète, les décisions budgétaires sont primordiales. Il ne s’agit pas simplement de faire des déclarations, mais de se donner les moyens d’atteindre ses objectifs.
Tout le monde se souvient de l’émotion avec laquelle vous avez exprimé votre indignation au sujet du sort des Soudanaises et des Soudanais, déplacés et plongés par millions dans l’insécurité alimentaire et la détresse.Lors de la visite du président de la République aux Émirats arabes unis à la fin du mois de décembre, nous avons invité notre partenaire à cesser de soutenir les FSR. Nous invitons aussi les soutiens aux forces armées soudanaises à mettre fin à leur aide, pour qu’un cessez-le-feu intervienne et qu’une transition soit menée par des civils, au bénéfice des Soudanaises et des Soudanais.Nous avons récemment pris des sanctions à l’encontre des dirigeants des FSR, après les exactions commises lors de la chute d’El Fasher. Les contributions humanitaires de la France décidées le 15 avril 2024 lors de la première conférence humanitaire ont été décaissées. Une autre conférence s’est tenue à Londres le 15 avril 2025 et, malheureusement, nous préparons déjà celle qui marquera le triste 3e anniversaire de cette guerre terrible. Nous espérons que d’ici là, les efforts de médiation menés par les États-Unis auprès des Émirats arabes unis, de l’Égypte et de l’Arabie Saoudite auront abouti à un cessez-le-feu.
Que peut faire l’Europe ? D’abord s’assurer – c’était l’objet du communiqué du président de la République, auquel il n’a pas été accordé une attention suffisante – d’une transition démocratique et du retour à la pleine souveraineté du peuple vénézuélien. Quand le président de la République appelle à respecter le résultat de l’élection de 2024, c’est une manière d’inviter, après le renversement de Nicolás Maduro, à entendre la voix du peuple vénézuélien.Deux jours après l’opération américaine, j’ai réuni les membres du G7, dont la France a pris la présidence le 1er janvier. À cette occasion, le secrétaire d’État nous a indiqué que l’objectif des États-Unis était d’abord de stabiliser, pour éviter le chaos, puis de travailler au redressement du Venezuela et enfin d’aller vers une transition démocratique. Les Européens présents sur place ont échangé avec Delcy Rodríguez et ont eu l’occasion de rappeler à quel point cette transition vers la démocratie et vers les urnes était importante. Ils ont eu l’occasion d’insister sur le fait que les premières libérations de prisonniers politiques étaient un bon signe mais qu’il faudrait aller beaucoup plus loin – alors qu’ils se comptent par centaines, quelques dizaines d’entre eux seulement ont été libérés.Nous veillerons à ce que les décisions des autorités intérimaires soient conformes à ces déclarations et contribuent au retour de la souveraineté du peuple vénézuélien.
On ne peut qu’être d’accord avec vous, quand vous appelez à sortir du pétrole et des dépendances qu’il induit. C’est d’ailleurs ce que la France – et même l’Europe – s’acharne à faire depuis neuf ans maintenant, c’est-à-dire depuis que le président de la République a, le premier, évoqué l’impératif d’autonomie stratégique.Vous parlez de diversifier les partenariats commerciaux de la France, mais avec quelles zones du monde voudriez-vous que nous signions de tels accords ?
Une fois de plus – et je l’ai déjà dit à vos collègues –, j’ai du mal à saisir les indignations à géométrie variable.
Vous parlez du peuple palestinien, mais vous ne faites jamais allusion au fait que la France l’a reconnu dans son droit imprescriptible à disposer de lui-même. Elle a entraîné dix autres pays à sa suite et sa déclaration a eu une portée sans équivalent depuis trente ans et les accords d’Oslo.
En revanche, que Nicolás Maduro enferme 2 500 opposants démocrates après leur avoir volé les élections, pas un mot ! Pas un mot de la répression du dictateur contre le peuple !
Vous êtes arrivée en retard, madame Panot, vous ne m’avez pas entendu à la tribune ! Si vous étiez arrivée à l’heure, vous m’auriez entendu parler des États-Unis d’Amérique !
Sur la souveraineté numérique, je suis totalement d’accord avec vous. À l’échelle européenne, on est beaucoup trop dépendants des États-Unis, dans le domaine du cloud et dans d’autres.Si un pays en Europe a pris ne serait-ce qu’un peu d’avance, du moins la mesure d’un tel enjeu, c’est bien la France. C’est en France qu’est né Mistral ! Or Mistral…
…n’est pas tombé du ciel. N’insultons pas les entrepreneurs français qui tentent quotidiennement de nous sortir de ces dépendances.Quant à l’instrument anticoercition, c’est un outil de défense commerciale dont nous sommes fiers – la France l’a défendu lorsqu’elle présidait le Conseil de l’Union européenne. Il appartient désormais à la Commission européenne de l’actionner, puisqu’il lui revient dans un premier temps de qualifier la coercition en question.
La procédure d’activation de l’instrument anticoercition est la suivante : c’est d’abord la Commission qui, de sa propre initiative ou lorsqu’elle est saisie, commence un travail d’enquête visant à établir si la coercition est avérée ; une fois l’enquête terminée, son rapport est présenté au Conseil, qui statue sur cette coercition à la majorité qualifiée ; puis, si la majorité est acquise, la Commission identifie avec la partie concernée les mesures destinées à faire cesser la coercition ; ces mesures sont alors – si aucune inflexion n’a été obtenue ce stade – présentées et adoptées par le Conseil, sauf si une majorité qualifiée se forme contre elles. Nous pourrons peut-être former une majorité qualifiée avec l’Allemagne, mais la question ne se pose pas encore, puisque c’est à la Commission de faire le premier pas. Dans les prochaines semaines, le Parlement jouera un rôle important à cet égard.Je ne partage pas totalement votre avis sur les technologies numériques. Nous avons certes perdu le combat face aux grandes plateformes de réseaux sociaux ou de places de marché. Néanmoins, nos règles visant à défendre nos intérêts, notamment en matière de santé des utilisateurs et des enfants, doivent être appliquées avec une très grande fermeté par la Commission. Sur les technologies émergentes comme l’IA générative, je crois que certains lobbyistes américains sont tentés de nous amener à surréguler, en sorte que nous passions à côté, comme par le passé, de notre chance de développer nos propres technologies. Je suis convaincu que celui qui développe la technologie a plus d’influence sur la manière dont elle sera utilisée que celui qui la régule. C’est pourquoi nous devons avoir pour priorité de développer en Europe les technologies d’intelligence artificielle.
S’agissant de l’Iran, j’ai pu apporter des premières réponses lors des questions au gouvernement de mardi 13 et de mercredi 14 janvier. Depuis, le Conseil de sécurité des Nations unies a décidé de se réunir et une réunion du Conseil des droits de l’homme des Nations unies est également prévue. Au niveau européen, le travail se poursuit concernant la désignation des auteurs de la répression, qui pourront faire l’objet de sanctions européennes. Par ailleurs, nous explorons les pistes par lesquelles nous pourrions soutenir la société civile iranienne. En Européens, nous demandons au régime iranien de mettre fin à la répression qui, comme vous l’avez dit, menace de se poursuivre par des exécutions massives. Ce n’est pas parce que les manifestations ne sont plus aussi imposantes que la répression ne se poursuit pas.Concernant Gaza, nous avons fait partir hier, du Havre, 400 tonnes d’aide alimentaire à destination de ce territoire. Cela permettra de soutenir 42 000 enfants pendant au moins six mois. La situation humanitaire sur place demeure préoccupante alors que l’hiver s’installe. Bien que l’intensité des frappes et des combats ait diminué, le quotidien de nombreux Gazaouis reste très difficile. C’est pourquoi nous nous concentrons sur le déploiement du plan de paix prescrit par la résolution du Conseil de sécurité prise à l’automne 2025. Nous saluons les efforts des États-Unis pour intégrer l’Autorité palestinienne dans ces discussions. Cependant, à ce stade, nous ne pouvons signer la charte du conseil de la paix qu’ils ont créé pour mettre en œuvre ce plan.
Monsieur Petit, je veux à nouveau saluer la mobilisation que vous avez su créer, en France et au-delà, autour de cette initiative destinée à protéger le ciel ukrainien occidental afin, d’une part, de permettre à la région de Lviv de retrouver un peu d’air et, d’autre part, de soulager les forces armées ukrainiennes, qui pourraient ainsi se redéployer plus à l’est.La première étape d’une telle initiative consiste à intensifier les coopérations entre les industries de drones ukrainiennes et françaises. C’est dans cet esprit qu’avec la ministre des armées, et en lien avec vous, nous avons organisé, lors de la visite du président Zelensky à Paris, le 17 novembre 2025, le forum franco-ukrainien consacré à la production conjointe de drones. Il a permis de valoriser les coopérations existantes entre industriels et de multiplier les contacts entre les industriels des deux pays, afin de créer la base industrielle nécessaire à l’initiative que vous défendez.
Pardon ! C’est à moi ?
Notre stratégie au Proche-Orient consiste à y ramener la paix et la stabilité et à y faire reculer l’influence négative qui a été celle de l’Iran ces dernières années. Cette stratégie se décline dans l’action de nos postes diplomatiques et trouve des relais dans notre réseau culturel – Instituts français et Alliances françaises, sans oublier l’Institut français du Proche-Orient (Ifpo), que vous connaissez bien.Quant au conseil de la paix ou Board of peace, la France, comme de nombreux autres pays, a été invitée à le rejoindre. Nous examinons actuellement, en lien avec nos partenaires, le cadre juridique proposé. À ce stade, la France ne peut donner suite : elle se doit de refuser l’invitation car la charte de ce conseil de la paix dépasse le cadre du plan de paix pour Gaza soutenu par les Nations unies. Cette charte, dans sa rédaction actuelle, est incompatible avec les engagements internationaux de la France – en particulier avec son adhésion aux Nations unies, qui ne saurait en aucun cas être remise en cause.
Monsieur le député, vous avez parfaitement bien dit les choses. Quels sont en effet les arguments que nous déployons auprès de nos partenaires et amis européens pour que, dans ce moment de bascule, les bonnes décisions soient prises ?Nous disons d’abord que ce qui arrive aujourd’hui à un territoire sous souveraineté danoise pourrait très bien arriver à un autre territoire de l’Union européenne. Si nous soutenons le Danemark sans réserve, c’est avec la pensée que nous pourrions, dans la même situation, compter sur le soutien des autres pays européens.Nous faisons également valoir quelles seraient les conséquences d’un manque de courage de notre part – d’une incapacité à nous montrer à la hauteur et à parvenir, faute de prendre les mesures appropriées, à infléchir le cours des choses et à faire évoluer la position américaine. D’une part, nos adversaires de l’extérieur considéreront que nous sommes prêts à transiger sur ce qui touche pourtant à ce que nous avons de plus intime : l’intégrité territoriale de notre Europe. D’autre part, avec un peuple européen – ou des peuples européens – ne supportant pas l’humiliation que représenterait une atteinte à l’intégrité territoriale, si l’Europe ne se lève pas pour la défendre, les forces politiques qui depuis leurs origines combattent l’Union européenne comme organisation politique tireront les pleins profits de la situation. Nous avons pourtant construit l’Union européenne précisément pour que – l’union faisant la force – nous soyons plus forts, en unissant nos destins, dans un monde qui se brutalise sous nos yeux.
Source : compte rendu intégral officiel de l'Assemblée nationale, capturé le 2026-09-01. Texte reproduit tel que publié par l'Assemblée, hors interventions de présidence de séance (ouverture, clôture, mise aux voix).