Aller au contenu
vie-politique.fr

Discours du 20 janvier 2026

Jean-Noël Barrot · Session ordinaire 2025 -2026 · séance n°119

La France ne se soumet ni se soumettra jamais à aucun chantage. Elle conçoit la souveraineté comme indivisible, pour elle-même et pour les autres nations du monde. Elle se souvient avec gratitude du sang versé par les soldats américains sur les plages de Normandie pour sa libération et entend cultiver sa relation historique avec les États-Unis, deux cent cinquante ans après leur indépendance, à laquelle elle avait apporté une contribution décisive. Elle souhaite également œuvrer avec les États-Unis au service de la paix et de la sécurité du monde, comme elle le fait aujourd’hui au Liban ou en Syrie. Mais lorsque les États-Unis formulent une proposition inacceptable, elle assume pleinement de leur dire non.Non à la remise en question de l’intégrité d’un territoire européen placé sous la protection de l’Otan. Non à la contestation de règles que les peuples européens se sont données librement et démocratiquement pour protéger leur débat public. Non aux sanctions qui ont récemment visé des personnalités européennes, notamment un ancien ministre et vice-président de la Commission européenne français. Oui à la mise en œuvre du plan de paix présenté par le président des États-Unis, que nous soutenons sans réserve, mais non à la création d’une organisation qui, telle qu’elle se présente, viendrait se substituer aux Nations unies. Non à la menace de droits de douane, brandie comme un chantage pour obtenir des concessions injustifiables.Dans ce contexte, la France soutient la suspension de l’accord commercial avec les États-Unis voulu par le Parlement européen. Si la coercition devait se matérialiser, alors l’Europe en tirerait toutes les conséquences. La Commission s’y prépare et dispose pour cela d’instruments puissants. La France ne cédera devant aucun chantage, aucune coercition, d’où qu’elle vienne et quelle qu’elle soit. Ceux qui en doutent peuvent se plonger dans notre histoire pour s’en convaincre. (Applaudissements sur les bancs du groupe Dem.)

Vous avez parfaitement raison. Nous sommes témoins d’un monde en train de se structurer autour de la confrontation entre deux hyperpuissances, les États-Unis et la Chine. Les deux sont lancés dans une course à la domination, dans laquelle aucun autre pays ne pourrait avoir sa place. La seule manière pour la France de défendre ses intérêts et de faire entendre sa voix, c’est au sein d’une Europe forte, unie et souveraine, laquelle pourrait ouvrir une troisième voie.Nous serions suivis car, de l’Asie du Sud-Est à l’Amérique latine en passant par l’Afrique, l’immense majorité des pays qui refusent de choisir l’un de ces deux camps et qui entendent rester libres attend que l’Europe se lève et montre la voie. Pour ce faire, l’Europe, qui s’est enfin dotée d’une boussole – celle de l’autonomie stratégique et de la souveraineté, proposée par la France depuis 2017 –, devra accélérer.De premières décisions qui vont dans le bon sens ont été prises ces derniers mois : protection de l’industrie de l’acier et des ferroalliages, préférence européenne imposée dans le financement des instruments de défense, nouvel emprunt européen pour permettre à l’Ukraine de se défendre. Tout cela est positif et transcrit les priorités françaises dans les politiques européennes, mais nous devons aller beaucoup plus vite.Comment la France peut-elle convaincre ses partenaires d’aller plus vite ? En étant elle-même forte ! Cela commence par l’adoption d’un budget, raison pour laquelle le choix qui vous sera proposé dans quelques heures est si important. Il permettra de doter le pays d’un budget, notamment pour ses armées et sa diplomatie – condition pour que la voix de la France puisse peser en Europe et que celle-ci puisse à son tour se lever et desserrer l’étau que ces deux hyperpuissances voudraient refermer sur notre pays, ainsi que sur d’autres. (Applaudissements sur quelques bancs du groupe EPR. – M. Philippe Bolo applaudit également.)

Source : compte rendu intégral officiel de l'Assemblée nationale, capturé le 2026-09-01. Texte reproduit tel que publié par l'Assemblée, hors interventions de présidence de séance (ouverture, clôture, mise aux voix).