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Discours du 24 février 2026

Jean-Noël Barrot · Session ordinaire 2025 -2026 · séance n°166

Merci, madame la présidente, d’avoir rendu tout à l’heure hommage au courage et à la résistance héroïques dont le peuple ukrainien fait montre depuis maintenant quatre ans (Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe EPR ainsi que sur quelques bancs des groupes SOC et DR), qui s’ajoutent à huit années pour en faire douze, écoulées depuis le début en 2014, sur le Maïdan, de la révolution pacifique, démocratique et européenne, cette révolution que Vladimir Poutine tente en vain d’étouffer par sa guerre d’agression.Je salue aussi la présence sur le sol ukrainien de Gabriel Attal et des députés qui l’accompagnent (M. Paul Midy applaudit), comme celle de chefs de parti – Olivier Faure s’y trouve également –, qui manifestent par là le soutien indéfectible de la France et des Français à la cause de l’Ukraine.Cette cause juste touche aussi à nos intérêts immédiats puisque le combat des Ukrainiens est aussi une lutte pour la sécurité et la paix sur le continent européen. C’est pourquoi la France, vous l’avez parfaitement rappelé, s’est tenue aux côtés de l’Ukraine dès le premier jour. C’est aussi pour cette raison que le président de la République a réuni aujourd’hui la coalition des volontaires qui, sans attendre le cessez-le-feu, préparent les conditions d’une paix juste et durable, grâce à des garanties de sécurité qui dissuadent de toute nouvelle agression.Au mois de décembre – nouvelle décision historique prise par les Européens ! –, nous avons choisi de dédier 90 milliards d’euros à l’Ukraine afin de la mettre à l’abri de toute difficulté financière dans les deux ans à venir. Je n’ai aucun doute quant au fait que ce prêt sera définitivement adopté dans les jours qui viennent : la question n’est pas de savoir s’il le sera, mais quand. Je salue le Parlement européen qui, dans sa quasi-intégralité, s’est mobilisé pour le soutenir. Toutefois, vous l’avez dit, il manquait des voix pour faire l’unanimité. Ces voix, c’étaient celles du Rassemblement national et de La France insoumise. (Applaudissements sur plusieurs bancs des groupes EPR et LIOT.)

Je veux une nouvelle fois saluer la présence à Kyïv d’Olivier Faure, accompagné de la députée européenne Nora Mebarek. Vous avez dit deux choses très importantes. La première, c’est que cette guerre est bel et bien une guerre coloniale, partie d’un fantasme impérialiste, celui de Vladimir Poutine, qui se solde aujourd’hui par un échec cuisant – j’y reviendrai. Les forces politiques qui passent leur temps à accuser la France de la relation qu’elle entretient avec son passé colonial…

…feraient mieux de diriger leurs critiques et leurs attaques sur la Russie de Vladimir Poutine, qui est lancée dans cette guerre injustifiée et injustifiable depuis quatre ans. (Exclamations sur plusieurs bancs du groupe LFI-NFP.)La seconde, c’est que cette guerre contre l’Ukraine est aussi une guerre contre l’Europe et contre la démocratie. Tout a commencé par des manifestations pacifiques menées par des Ukrainiens qui aspiraient à la liberté en chantant l’hymne européen et en brandissant le drapeau européen : c’est cela qui a conduit Vladimir Poutine à envahir l’Ukraine une première fois, puis une deuxième fois, avant de passer à une plus grande échelle avec son « opération spéciale », le 24 février. Elle se solde par un échec cuisant puisqu’aujourd’hui, Poutine contrôle seulement la moitié des territoires qu’il occupait illégalement au printemps 2022, au prix de pertes humaines sans équivalent dans l’histoire de la Russie depuis 1945 : plus de 1 million de pertes depuis le début de la guerre, soit un nombre supérieur à toutes les pertes soviétiques, puis russes, depuis la fin de la seconde guerre mondiale. Chaque jour, 1 000 soldats russes perdent la vie pour une progression microscopique, tandis que l’économie russe entre en récession, l’essence est rationnée, les caisses de l’État sont vides et les communications sont désormais coupées.Oui, la France continuera d’exercer la pression sur la Russie grâce au vingtième paquet de sanctions et à soutenir l’Ukraine avec les 90 milliards d’euros de prêts.

Le gouvernement vous a écouté et c’est la raison pour laquelle il a proposé que nous puissions geler les actifs russes qui sont localisés en Europe en précisant de manière très claire, au mois de décembre dernier, qu’ils ne seraient dégelés qu’à la condition que Vladimir Poutine mette fin à sa guerre d’agression et qu’il verse des réparations à l’Ukraine. En même temps, nous élaborions ce prêt de 90 milliards d’euros qui placera l’Ukraine à l’écart de toute difficulté financière pendant deux ans, lui permettant de financer son effort militaire aussi longtemps que nécessaire et d’engager des négociations de paix en position de force. Même si ce n’est pas exactement ce que votre texte proposait, c’est bien dans son esprit, fidèles à l’intuition que vous avez manifestée ici et sur cette base que nous avons entraîné l’Europe dans un consensus qui nous a permis de faire aboutir ce prêt historique de 90 milliards d’euros.Quand Prisca Thevenot a rappelé tout à l’heure qu’il n’était pas encore définitivement adopté, la Hongrie ayant posé des conditions à son accord, je lui ai répondu que c’était une question de jours et que le dialogue était engagé avec la Commission européenne pour que tout blocage résiduel puisse être levé.Le soutien à l’Ukraine ne se limite pas à l’aide budgétaire apportée par le gouvernement. Les Ukrainiens et leur ambassadeur savent que, tout au long des quatre années de guerre, ils ont aussi pu compter sur l’appui des parlementaires français, qui se sont rendus en Ukraine en grand nombre. De même, les collectivités territoriales ont accueilli plus de 100 000 réfugiés ukrainiens qui, au début de la guerre, ont fui les violences. Ce soutien passe enfin par plusieurs dispositifs adoptés au fil de l’eau, comme celui destiné aux entreprises françaises installées en Ukraine ; avec le ministre de l’économie et des finances, nous l’avons rechargé la semaine dernière de 71 millions d’euros.

Source : compte rendu intégral officiel de l'Assemblée nationale, capturé le 2026-09-01. Texte reproduit tel que publié par l'Assemblée, hors interventions de présidence de séance (ouverture, clôture, mise aux voix).