Discours du 24 mars 2026
Jean-Noël Barrot · Session ordinaire 2025 -2026 · séance n°177
Je tiens également à adresser mes remerciements aux équipes du Centre de crise et de soutien du ministère de l’Europe et des affaires étrangères, aux agents de nos postes diplomatiques et consulaires dans la région – qui ont fait face avec beaucoup de courage et de dévouement –, mais aussi à vous-mêmes, aux élus des Français de l’étranger et aux chefs d’îlot qui, dans la quinzaine de pays entraînés malgré eux dans cette guerre, se sont levés pour apporter des réponses à nos compatriotes – que ce soit pour leur rapatriement ou pour tout autre question dans cette situation si difficile. C’est notre priorité depuis quatre semaines et le déclenchement de cette escalade dangereuse et incontrôlée dans la région.Nos pensées vont aussi aux populations civiles, qui vivent dans la terreur des bombardements, que ce soit en Israël, en Iran ou au Liban. Dans ce dernier pays, une nouvelle fois, plus de 1 million de personnes sont déplacées. J’ai pu le constater moi-même dans la banlieue sud de Beyrouth il y a quelques jours : des familles retrouvent, deux ans après, les mêmes abris qu’elles avaient dû gagner pendant l’escalade militaire de la fin septembre 2024.Dans ce contexte, le Hezbollah – qui a entraîné le Liban dans une nouvelle guerre – doit cesser ses frappes et Israël doit s’abstenir de toute incursion terrestre au Liban, de toute frappe visant les infrastructures civiles ou Beyrouth. Nous le reconnaissons, Israël a le droit de se défendre, mais en respectant le droit international et le droit international humanitaire. (Exclamations sur plusieurs bancs du groupe LFI-NFP.)
Entre les gouvernements libanais et israélien doit s’engager une négociation, la première depuis bien longtemps, qui doit permettre – nous l’espérons – de trouver une solution politique à cette crise. (Mme Sophie Mette applaudit.)
J’ai un peu de mal à comprendre où vous voulez en venir. (Exclamations sur plusieurs bancs des groupes LFI-NFP, EcoS et GDR.) Il me semble que, depuis le début de cette crise, la France a fait honneur à ce qu’elle doit être (Mêmes mouvements), à savoir une puissance d’équilibre, qui ne se laisse pas entraîner dans des guerres qu’elle n’a pas choisies, qui apporte la sécurité à ses ressortissants et à ses partenaires. Voilà ce que sont la France et l’Europe : nous refusons les guerres des autres mais nous protégeons les nôtres et nos amis ! (Applaudissements sur quelques bancs des groupes EPR et Dem.) Pour le reste, j’ai l’impression que nous ne vivons pas tout à fait dans le même monde.
S’agissant des Kurdes syriens, je vous engage à dialoguer avec eux pour leur demander comment ils perçoivent la contribution de la France dans l’accord qu’ils ont fini par trouver avec le gouvernement syrien. (M. René Pilato s’exclame.)
Cet accord respecte leur identité et la place qui doit être la leur dans la nouvelle Syrie. (Mme Elsa Faucillon s’exclame.)En ce qui concerne le peuple iranien, qui a subi la répression d’un régime sanguinaire, n’avons-nous pas décidé d’inscrire les gardiens de la révolution sur la liste des organisations terroristes ?Vous mentionnez Gaza et la Cisjordanie : quel autre pays du monde a fait autant que la France pour la cause du peuple palestinien l’année dernière ? (Vives exclamations sur plusieurs bancs des groupes LFI-NFP, EcoS et GDR. – M. Manuel Bompard fait signe à l’orateur de partir.)
Quant au plan présenté par les États-Unis pour Gaza, il a été endossé par le Conseil de sécurité des Nations unies ! Est-ce que cela ne compte plus pour les écologistes et la gauche ?Bien sûr que les empires se lèvent et que les prédateurs sont aux aguets. Mais la France et l’Europe, dans cette crise, ont joué le rôle qui doit être le leur :…
…celui de puissances d’équilibre,…
…qui n’alimentent pas les conflits mais préservent leurs intérêts et protègent leurs alliés. (Applaudissements sur quelques bancs des groupes EPR et Dem. – Exclamations sur plusieurs bancs des groupes LFI-NFP, EcoS et GDR.)
Je suis d’accord avec beaucoup de choses que vous avez mentionnées dans votre question, mais vous faites un raccourci qui me semble très problématique. Le Liban n’avait aucune intention de se laisser entraîner dans cette guerre,…
…déclenchée par Israël et les États-Unis sans but précisément défini et en dehors du droit international. L’Iran a répliqué à leur attaque de manière indiscriminée, ciblant d’autres pays, qui n’avaient rien demandé. Et voilà que le Hezbollah, une nouvelle fois, comme il l’avait fait le 8 octobre, vient rejoindre les attaques de l’Iran contre Israël, entraînant le Liban dans une guerre que celui-ci n’a pas voulue.Si vous êtes attentifs à la voix des Libanaises et des Libanais, vous avez entendu, comme moi, leur grand cri de colère – y compris au sein de la communauté chiite. Ils en veulent au Hezbollah qui, depuis quatre ou cinq décennies, a placé leur pays en état de grande vulnérabilité.Les textes des Nations unies, que vous évoquez souvent, disent qu’il faut respecter deux principes, atteindre deux objectifs. Il faut, bien sûr, assurer l’intégrité territoriale et la souveraineté du Liban : il ne peut y avoir de force extérieure sur son territoire, à moins qu’elle soit invitée par les autorités libanaises. (Mme Nathalie Oziol s’exclame.) Mais il faut également que toutes les milices, à commencer par le Hezbollah, cessent leurs frappes et rendent leurs armes à l’État libanais. Ce dernier doit disposer du monopole des armes afin de protéger toutes les communautés vivant sur son sol et de vivre en sécurité et en paix avec ses voisins.
Source : compte rendu intégral officiel de l'Assemblée nationale, capturé le 2026-09-01. Texte reproduit tel que publié par l'Assemblée, hors interventions de présidence de séance (ouverture, clôture, mise aux voix).