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Discours du 25 mars 2026

Jean-Noël Barrot · Session ordinaire 2025 -2026 · séance n°179

Sur le sujet du traité avec le Mercosur, je ne reviendrai pas (« Si ! Répondez à la question ! » sur plusieurs bancs du groupe LFI-NFP), la position du gouvernement, d’une clarté absolue, étant connue de tous : autant qu’il le faudra, nous protégerons nos agriculteurs (« Comment ? » sur plusieurs bancs du groupe LFI-NFP) en cas de déstabilisation des filières. Vous le savez aussi, la France n’est pas opposée par principe à la diversification des échanges commerciaux mais se prononce au cas par cas, en fonction des mérites propres à chaque projet ; elle refusera toujours les accords déséquilibrés…

…qui ne sont pas suffisamment protecteurs pour nos filières sensibles, ou pas suffisamment ambitieux eu égard à nos intérêts stratégiques. Lorsqu’un accord est bon, elle le dit, comme cela a été le cas avec l’Inde il y a quelques semaines.Par ailleurs, comme vous l’avez évoqué, la présidente de la Commission européenne et le premier ministre australien ont annoncé dans la nuit de lundi à mardi avoir conclu un accord, le contexte géopolitique actuel étant tel que l’Australie a retrouvé intérêt à ces négociations, bloquées depuis 2023. D’après ce que nous comprenons à ce stade, la suppression des tarifs douaniers existants avec l’Australie représenterait un gain important pour de nombreux secteurs économiques français. Les représentants de certains d’entre eux, notamment agroalimentaires, se sont déjà exprimés favorablement : je pense aux vins et spiritueux ainsi qu’aux produits laitiers.Étant donné la tension que connaissent les chaînes de valeur des industries de la transition écologique, cet accord constitue une occasion de sécuriser un accès privilégié aux minerais critiques australiens, dont les terres rares. Quant à nos sensibilités agricoles, que nous avons fait valoir, elles se concentrent sur la viande de bœuf, la viande de mouton et le sucre. La Commission a manifestement tenu ses engagements au sujet des volumes concernés : compte tenu des demandes australiennes, nos agriculteurs craignaient des chiffres beaucoup plus élevés. Des conditions de production ont été associées à des volumes qui monteront en puissance de manière très progressive ; une clause de sauvegarde spéciale et opérationnelle est prévue.Voilà ce qu’il est possible de dire à cette heure ; concernant la protection de nos filières agricoles, nous continuerons d’exercer une vigilance maximale.

C’est en ce sens que le premier ministre s’est exprimé auprès du président du Conseil européen, António Costa, il y a quelques jours.

Je ne suis pas de ceux qui critiquent systématiquement l’Europe pour ses faiblesses, bien que celles-ci soient réelles : je tente de mettre en valeur ce qui la distingue des autres régions du monde. Très clairement, ce qu’elle a fait dans le contexte de la crise, de l’escalade militaire à laquelle nous n’avons pas pris part, de cette guerre qui n’est pas la nôtre, est tout à fait cohérent avec ce qu’elle doit être et faire. Nous avons protégé nos ressortissants, nombreux à vivre dans cette zone ou à s’y trouver de passage ; nous avons collectivement, la France en tête, apporté secours et renfort à nos partenaires dans la région.C’est exactement là l’image que nous voulons renvoyer de l’Europe : une coalition, une union de nations démocratiques qui ne se laisse pas entraîner dans les guerres des autres, qui protège les siens et ses alliés.S’il existe parfois encore, vis-à-vis d’opérations militaires comme celle-ci, quelques différences d’appréciation ou écarts de perspectives, ces dernières ne tiennent pas à notre attachement au droit international, aux grands principes du multilatéralisme ; quand on est européen, on ne sait faire autrement que de les défendre, puisque c’est grâce aux principes du droit international que l’Union est née et a pu se débarrasser de la guerre ou du moins l’écarter durablement du continent.Ce à quoi tiennent ces différences entre nous, c’est au fait que nous ne sommes pas exposés de la même manière aux convulsions du monde. Afin de réduire ces différences, il faut appliquer l’agenda promu depuis une dizaine d’années par le président de la République, par la France, celui de l’autonomie stratégique, et nous libérer de ces servitudes. L’Europe pourra ainsi défendre le cœur de son message : l’équilibre, la paix, le dialogue, la démocratie.

Nous lui devons bien plus que des mots : c’est pourquoi, depuis le début de cette nouvelle escalade militaire, la France se tient aux côtés des Libanaises, des Libanais. Vous avez parfaitement décrit la situation et posé deux questions précises.La première concerne le soutien opérationnel aux forces libanaises, qui doivent pouvoir disposer du monopole des armes, être en mesure de protéger l’ensemble des communautés au sein du pays et d’assurer la coexistence pacifique de celui-ci avec ses voisins, en particulier Israël et la Syrie.Le 5 mars, nous nous apprêtions, vous vous en souvenez, à accueillir à Paris une conférence internationale destinée à mobiliser des financements au profit des forces armées libanaises. En guise de contribution, nous envisagions de fournir des VAB ; nous n’avons pas attendu pour le faire que la conférence soit reprogrammée. (M. Arnaud Le Gall s’exclame.) Nous travaillons avec les autorités libanaises à tous les moyens d’apporter à cette armée un soutien accru, à la fois de manière générale et dans la perspective de la fin, dans les mois qui viennent, du mandat de la Finul.Votre seconde question avait trait à la manière dont nous pouvons faciliter le dialogue au plus haut niveau proposé par le président libanais à Israël. Cette discussion permettrait de traiter d’une fin de l’escalade, d’un cessez-le-feu, d’un désarmement coordonné du Hezbollah – objectif, au fond, des autorités libanaises comme israéliennes –, d’une coexistence pacifique des deux pays, en état de guerre théorique depuis 1949, et qui pourraient tenter de surmonter leur différend. C’est l’une des raisons pour lesquelles je me suis rendu à la fois à Beyrouth et à Jérusalem, afin d’encourager les deux parties à saisir cette occasion historique.

Je m’exprime sous le regard et le contrôle de la ministre des armées, avec qui nous préparions activement cette conférence. Quelques semaines avant le début de l’embrasement régional, nous avions échangé avec le président Aoun, commandant en chef des forces armées libanaises. Ces forces armées, à l’occasion de la conférence, devaient présenter leur plan de charge, lequel intégrait plusieurs composantes.Premièrement, il intégrait le plan de désarmement du Hezbollah, compte tenu de la décision historique prise le 5 août dernier par le gouvernement libanais.Deuxièmement, était prévue la bascule d’un certain nombre de missions des forces armées libanaises vers d’autres services ou ministères responsables des forces de sécurité intérieure ou de l’action sociale. Vous le savez, les forces armées libanaises portent sur leurs épaules non seulement la protection des frontières, par exemple, mais bien d’autres tâches qui ne devraient pas être confiées à une armée, vouée à s’occuper de la défense.Il s’agissait également de préparer l’après-Finul, mission dont le mandat est régi par la résolution 1701 du Conseil de sécurité des Nations unies. Il a été décidé, lors de son dernier renouvellement, qu’il prendrait fin en décembre 2026. Tous ces éléments devaient être intégrés à ce plan. Il s’agissait de faire correspondre à ce plan les besoins capacitaires de l’armée auxquels la communauté internationale aurait pu répondre, soit par voie financière, soit en nature avec la fourniture d’équipements comme nous nous apprêtions à le faire avec les véhicules de l’avant blindés.Le sujet et les contraintes restent les mêmes. Il s’agit simplement de constater que nous sommes au milieu d’une escalade militaire qui doit cesser pour que ce travail puisse reprendre. C’est l’intérêt du Liban, mais c’est aussi celui d’Israël.

Ce ne sont pas les flottilles qui ont permis l’arrêt de la guerre à Gaza, c’est la pression internationale que nous avons exercée, notamment l’Union européenne. Un certain nombre de forces politiques s’étaient ralliées à l’idée de remettre en cause l’accord d’association entre Israël et l’Union européenne ;…

…la Commission européenne l’a fait sous la pression de certains États membres, en particulier lorsque l’Allemagne a rejoint la position de la France.Deuxièmement, nous dénonçons, comme vous, toutes les violations du droit international, qu’elles se produisent à Gaza, en Cisjordanie, en Israël, au Liban ou en Iran. Nous n’avons aucune difficulté, lorsque c’est le cas, à dénoncer les violations du droit international par le gouvernement israélien.

Mais nous n’avons aucune difficulté à dénoncer en même temps…

…le Hezbollah lorsqu’il viole ce même droit, ou le régime iranien lorsqu’il bafoue, à d’innombrables reprises, ses obligations internationales.

J’aimerais que nous n’ayons pas ce débat, mais je suis obligé de constater que vous ne le faites jamais : si certains responsables politiques pratiquent ici le double standard, c’est plutôt vous et non ce gouvernement, lequel dénonce les violations du droit international d’où qu’elles viennent.

Enfin, le plan de paix pour Gaza a été endossé par le Conseil de sécurité des Nations unies dans sa résolution 2803. La France l’a soutenu, considérant qu’il respectait l’essentiel des principes que nous défendons. (Exclamations sur les bancs du groupe LFI-NFP.) Je vous invite donc à clarifier votre position : le groupe La France insoumise rejette-t-il la résolution 2803 du Conseil de sécurité des Nations unies ? Si c’est le cas, dites-le clairement et nous pourrons en discuter. (Applaudissements sur quelques bancs des groupes EPR et Dem. – Protestations sur les bancs du groupe LFI-NFP.)

Mais si vous êtes en phase avec cette résolution, alors souffrez qu’elle nous serve de référence pour sortir de ce conflit et pour avancer vers l’horizon politique d’une solution à deux États.

Vous avez dit, après avoir dénoncé les violations par Israël de l’accord de cessez-le-feu obtenu par la France et les États-Unis en novembre 2024, que la partie libanaise avait, quant à elle, respecté cet accord. Est-ce ainsi que vous appelez le Hezbollah, monsieur Le Gall ? La « partie libanaise » ?

Mais le gouvernement libanais n’était pas visé par cet accord. Il y a une différence entre le Hezbollah et le gouvernement libanais. (Vives protestations sur les bancs du groupe LFI-NFP.)

Monsieur le député, il y a quelques jours encore, j’étais dans des abris avec des personnes déplacées, avec des familles qui se retrouvent dans les mêmes abris qu’au moment de l’escalade de l’automne 2024. Et à ma grande surprise, si je puis dire, c’est avant tout au Hezbollah qu’elles reprochent la situation dans laquelle elles se trouvent ! (Vives protestations sur les bancs du groupe LFI-NFP.)

Vous avez affirmé qu’il était demandé aux autorités libanaises de désarmer le Hezbollah.

Mais ce n’est pas la communauté internationale qui le demande : c’est le gouvernement libanais qui a pris la décision de désarmer le Hezbollah et qui a ordonné à l’armée libanaise de le faire ! (Applaudissements sur les bancs du groupe Dem. – Mme Constance Le Grip applaudit également.)Il faut être à l’écoute des aspirations profondes du peuple libanais. Bien sûr, ce peuple a le droit de voir son intégrité territoriale et sa souveraineté respectées. Aucun pays, qu’il soit à sa frontière sud ou à sa frontière orientale, n’a le droit – et ne l’aura jamais – d’envahir ou d’occuper le Liban. Mais il faut aussi comprendre que l’aspiration profonde des Libanais, c’est de se libérer de l’emprise du Hezbollah qui a entraîné le pays dans des guerres qu’il n’avait pas choisies, qui l’a appauvri et l’a fragilisé. Aujourd’hui, c’est un autre avenir que les Libanais veulent pour eux-mêmes et pour leurs enfants. (Applaudissements sur les bancs des groupes EPR et Dem. – Mme Constance Le Grip applaudit également. )

Je vous remercie de rappeler que les premières victimes de cet embrasement régional sont les femmes et les hommes qui vivent en Iran, au Liban et en Israël, dans la crainte permanente des bombardements, parfois éloignés de leurs familles, parfois détenus dans des prisons où ils purgent des peines pour avoir simplement manifesté, lors d’une révolte pacifique, leur aspiration à la liberté.Vous avez été nombreux à solliciter de la part du gouvernement de la fermeté à l’encontre des responsables de la répression sanglante qui s’est abattue aveuglément sur les manifestants au mois de janvier dernier.Au niveau européen, nous avons adopté une première salve de sanctions visant vingt et un individus et entités responsables de ces massacres. Nous avons également soutenu l’inscription du corps des gardiens de la révolution sur la liste européenne des organisations terroristes. Plus récemment, il y a moins de dix jours, nous avons pris une nouvelle série de sanctions européennes à l’encontre de seize individus et trois entités également responsables de la répression, des exécutions et des coupures des communications et d’internet qui visaient à dissimuler l’ampleur de la répression.Par ailleurs, nos efforts diplomatiques, quand bien même il s’agit d’une guerre qui n’est pas la nôtre et que nous n’avons pas choisie, même si nous en subissons les répercussions – plusieurs d’entre vous l’ont souligné à la tribune –, consistent à faire en sorte que la solution politique qui émergera devra permettre à l’Iran – au grand peuple iranien, comme vous le dites parfois, madame la députée – de construire librement son avenir dans un contexte de coexistence pacifique avec son environnement régional. Et aucune place ne devra être laissée à l’impunité des crimes commis pendant les répressions du mois de janvier.

Merci pour votre mobilisation aux côtés des Kurdes de Syrie, madame la députée.

Avez-vous vraiment le sentiment que le droit international a permis de rendre justice à l’Ukraine ? Ce n’est pas mon impression. Ne nous laissons pas entraîner dans une certaine confusion qui reviendrait à penser que le droit international serait rigoureusement appliqué en Ukraine – il ne l’est pas, la Russie, en tant que membre permanent du Conseil de sécurité, appliquerait un veto à toute décision consistant à faire respecter le droit international qui a été bafoué un nombre incalculable de fois en Ukraine –, alors qu’il ne l’est pas au Proche-Orient.Le droit international n’est plus respecté. Est-ce que ses principes sont dépassés ? Non. Les principes d’intangibilité des frontières, d’autodétermination des peuples et de non-recours à la force ne sont pas nés il y a quatre-vingts ans ; ils sont le fruit de siècles d’histoire, notamment européenne. Nous avons d’ailleurs partagé ces principes, qui ont permis d’aboutir à une forme de stabilité sur notre continent, avec la communauté internationale. Ils n’ont pas évité tous les conflits, mais ils les ont largement limités. Le problème ne réside pas dans la nature de ces principes, mais dans les institutions qui en sont les gardiennes, qui sont aujourd’hui bloquées.

Il est très difficile d’activer le Conseil de sécurité des Nations unies dans le cadre des grandes crises, en Ukraine, au Proche-Orient ou en Afrique, au Soudan ou dans la région des Grands Lacs. Notre responsabilité – je crois que nous sommes un peu les seuls à nous en occuper, j’en suis bien triste, mais c’est ainsi –, c’est de réformer ces institutions pour les rendre plus efficaces et plus légitimes : plus efficaces, en proposant, comme la France l’a fait il y a dix ans à la suite des atrocités commises en Syrie, de retirer le droit de veto aux membres permanents du Conseil de sécurité dans les cas d’atrocités de masse, pour qu’on ne puisse plus s’opposer à ce que les Nations unies interviennent lorsque de telles atrocités sont constatées ; plus légitimes, en faisant en sorte que des grands pays du Sud, comme l’Inde et le Brésil, mais aussi le Japon ou l’Allemagne, fassent leur entrée au Conseil de sécurité.

Et deux sièges de membre permanent au Conseil de sécurité pour l’Afrique – merci pour ce rappel, monsieur le député.

Non, nous ne sommes pas spectateurs, mais nous ne sommes pas non plus acteurs de ce conflit qui n’est pas le nôtre – de ces opérations militaires que nous n’avons pas approuvées et auxquelles nous n’avons pas participé. Nous ne sommes pas spectateurs car nous avons déployé des moyens considérables pour assurer la sécurité de nos ressortissants. Imaginez-vous que le centre de crise et de soutien du ministère des affaires étrangères a été armé jour et nuit de cinquante répondants pour que nos compatriotes, dans la quinzaine de pays qui ont été entraînés dans cette guerre qu’eux non plus n’avaient pas choisie, puissent avoir quelqu’un au téléphone ! Je précise que ces cinquante personnes ont exercé ces missions à titre bénévole – je les en remercie une nouvelle fois.Nous avons déployé des moyens dans les postes diplomatiques et consulaires, et aux frontières, pour faciliter les passages et pour permettre les rapatriements. Nous avons également déployé nos capacités militaires dans la zone, pour assurer la sécurité de nos ressortissants si nécessaire, mais aussi pour apporter renfort et soutien à nos partenaires européens – Chypre – et golfiques – pour les pays frappés par l’Iran en représailles aux frappes israéliennes et américaines. Nous n’avons jamais vu un tel déploiement de forces militaires françaises en Méditerranée orientale dans notre histoire récente. On ne peut pas dire que nous ayons été spectateurs : les services de l’État ont été très mobilisés, y compris au niveau national, avec le renforcement de l’opération Sentinelle – le ministre de l’intérieur pourra en parler.Ensuite, je vous rejoins sur le fait que dans le monde dans lequel nous vivons, le défi principal, c’est la rivalité croissante entre deux superpuissances, la Chine et les États-Unis, qui créera de plus en plus d’instabilité. La seule chose qui devrait nous occuper, c’est de renforcer l’Europe et de nous défaire de toutes les dépendances qui créent des réverbérations de ce type de conflit en Europe et en France, pour que nous ne nous retrouvions jamais dans la situation d’avoir à choisir un camp ou d’être entraînés dans des guerres lorsque nous ne les avons pas choisies et qu’elles sont contraires à nos intérêts comme à nos valeurs.

Vous avez tellement raison ! On ne peut pas imaginer construire la paix sur la base de traités agréés par les seuls gouvernements ; sans la participation active des sociétés civiles, il est illusoire d’espérer créer les conditions de la sécurité dans des régions traversées par tant de conflits. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle, le 13 juin dernier, nous avons accueilli à Paris le camp de la paix : les représentants des sociétés civiles israéliennes et palestiniennes – ils sont minoritaires aujourd’hui – qui entendent défendre une solution pacifique ou en tout cas une solution à deux États, avec deux États reconnus et respectés dans leurs droits, vivants côte à côte, en paix et en sécurité.Dans le dialogue entre ces deux sociétés civiles, nous avons fait émerger des propositions sur lesquelles nous nous sommes appuyés ensuite pour faire aboutir la déclaration de New York. Ce texte, qui a été adopté à l’écrasante majorité des nations du monde le 12 septembre dernier, est sans doute, s’agissant du conflit israélo-palestinien, le plus ambitieux depuis les accords d’Oslo. Cela n’aurait pas été possible sans la société civile. Nous travaillons actuellement – je ne peux pas vous le confirmer car il s’agit de travaux préliminaires – à réunir une nouvelle fois les sociétés civiles israélienne et palestinienne pour faire vivre cet espoir que nous avons créé ensemble et avancer sur le chemin qui mène à l’horizon politique de la solution à deux États.La question se posera de la même manière – peut-être pas aujourd’hui, puisque nous sommes au pic des hostilités – pour la société civile iranienne et les diasporas, qui auront à reconstruire un pays durement éprouvé par un régime qui a réprimé son propre peuple et par une guerre qui aura provoqué des dommages considérables – d’une manière ou d’une autre, elles seront appelées à contribuer.Cette diplomatie des diasporas est aussi celle que nous allons mettre à l’honneur lors du sommet Afrique-France qui se tiendra les 11 et 12 mai à Nairobi. Nous allons préparer activement ce sommet en invitant les figures des diasporas africaines en France, qui sont des ambassadeurs des deux rives, à s’impliquer avec nous pour bâtir une nouvelle relation entre la France et le continent africain.

Je reviens d’abord sur les déclarations des ministres du gouvernement israélien sur le Liban. Nous avons condamné avec la plus grande fermeté celles du ministre des finances Smotrich, qui a appelé de ses vœux l’extension de la frontière nord d’Israël jusqu’à la rivière Litani, ce qui est une atteinte manifeste et grave à la souveraineté et à l’intégrité territoriale du Liban. En ce qui concerne les autres ministres, en particulier le ministre des armées, nous avons appelé les autorités israéliennes à s’abstenir de toute incursion terrestre au Liban. Tout en reconnaissant le droit d’Israël à se défendre, nous avons rappelé qu’il devait l’exercer dans le respect du droit international et du droit international humanitaire.Je vous remercie d’avoir rappelé que la France s’était beaucoup mobilisée pour éviter la fin trop rapide du mandat de la Finul. Dans le moment que nous vivons, où le Liban a tant besoin de renfort, le retrait de la Finul signifierait la disparition d’une grande partie de l’ossature sécuritaire du pays.Je note avec intérêt que vous soutenez l’idée qu’une force prenne la suite de la Finul pour soutenir les efforts de l’armée libanaise pour désarmer le Hezbollah et disposer ainsi du monopole des armes sur son territoire.

Je le rappelais en réponse à une question précédente : lorsque nous avons pris des sanctions, par exemple à l’encontre de colons extrémistes et violents, ou lorsque nous avons brandi la menace d’une remise en cause de l’accord d’association avec Israël, nous l’avons fait à l’échelle européenne, car ces mesures ont évidemment beaucoup plus de poids à ce niveau, comme c’est le cas, d’ailleurs, sur de nombreux autres sujets.Comme je l’ai également indiqué, si nous voulons que le droit international soit respecté dans de telles circonstances, il faut réformer de toute urgence les institutions qui en sont les gardiennes. À défaut, nous pourrons toujours multiplier les mesures à l’échelle nationale, mais vous serez déçue par les résultats obtenus.Là où je vous rejoins – et je vous remercie de l’avoir rappelé, car il s’agit de la dernière question de ce débat –, c’est que non seulement les institutions gardiennes du droit sont fragilisées, parfois même attaquées, mais que ce sont désormais les juridictions internationales elles-mêmes qui sont directement visées : je pense à la Cour pénale internationale et à la Cour internationale de justice, même si cette dernière est un peu moins exposée en raison de son inscription au cœur de la Charte des Nations unies.Si ces juridictions sont prises pour cible, c’est aussi parce que, le Conseil de sécurité des Nations unies étant paralysé, certains sujets sont désormais portés devant elles. Vous savez d’ailleurs que le juge français à la Cour pénale internationale fait l’objet de sanctions américaines, que la France a dénoncées. Le président de la République a écrit à son homologue américain pour lui demander de lever ces sanctions.Parallèlement, nous travaillons avec la Cour pénale internationale pour qu’elle puisse réduire sa dépendance à certains services américains dont elle dépend encore. Les autorités françaises ont également plaidé pour que, dans ce contexte, l’Union européenne puisse activer le règlement de blocage, qui immunise les entreprises européennes contre les sanctions secondaires dont elles pourraient être victimes si elles continuaient de servir les institutions frappées par les sanctions américaines.Il est impératif de protéger ces institutions qui, comme la Cour pénale internationale, sont établies en Europe. À défaut, le droit international serait considérablement fragilisé.

Source : compte rendu intégral officiel de l'Assemblée nationale, capturé le 2026-09-01. Texte reproduit tel que publié par l'Assemblée, hors interventions de présidence de séance (ouverture, clôture, mise aux voix).