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Discours du 10 juin 2026

Jean-Philippe Tanguy · Session ordinaire 2025-2026 · séance n°266

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Je me félicite de la tenue de ce débat et je tiens à remercier les services de l’Assemblée, notamment l’administratrice ici présente, pour la qualité et la célérité de leur travail. Nous avons dû préparer cette discussion dans des conditions particulières, la période de silence liée à la réunion des gouverneurs de la Banque de France imposant une restriction des échanges autour des décisions monétaires. Cependant – je parle sous le contrôle de mon collègue Mattei –, nous avons bénéficié d’informations pertinentes, le respect de ces restrictions n’empêchant pas d’avancer sur une série de sujets d’intérêt général.Pour des raisons historiques et politiques qu’il serait inutile de rappeler, la France n’a pas la possibilité de mener une politique monétaire active, alors même que cet outil joue un rôle important dans le pilotage économique du pays. Cette particularité a frappé le député que je suis, comme nombre de mes collègues, lorsque nous avons été élus. Les décisions économiques et budgétaires, arbitrées par le gouvernement et avalisées ou non par les parlementaires, ont beau s’adosser à la politique monétaire, la place de cette dernière dans le débat parlementaire est inversement proportionnelle à son importance.C’est d’autant plus étonnant que les choses ont beaucoup changé depuis quelques années. La politique monétaire européenne est encadrée par des traités qui empêchent, en théorie, les pratiques d’assouplissement quantitatif qui ont été introduites entre 2010 et l’après-covid. Lorsque je faisais mes études, elle tournait effectivement autour de son mandat principal – la stabilité des prix, avec un taux d’inflation de 2 % à moyen terme – et on avait l’impression que rien d’autre n’était possible. Les pratiques ont ensuite évolué, l’Europe, comme l’ensemble des pays occidentaux, s’étant convertie à la politique monétaire hétérodoxe pour déployer de nouvelles politiques économiques et budgétaires. Pendant plusieurs années, les gouvernements successifs ont ainsi bénéficié de taux très bas, voire négatifs. Cet assouplissement leur a permis de financer l’économie, mais n’est sans doute pas étranger à la crise d’hyperinflation que nous avons subie – notez que les rapporteurs sont en désaccord sur ce point.Le Rassemblement national souhaite avant tout que, vu son rôle, la politique monétaire soit davantage débattue au Parlement. Cela permettrait d’éclairer les choix budgétaires et économiques que le gouvernement propose à la nation et que le Parlement doit arbitrer – ce qu’en mauvais français on appelle le policy-mix – et, sans remettre en cause l’indépendance de la Banque centrale, lui donnerait un rôle plus démocratique. On n’aurait plus l’impression que la politique monétaire tombe du ciel telle la foudre qui frappe le sol. Ainsi, dans les jours qui viennent, la Banque centrale européenne (BCE) devrait rehausser les taux directeurs de 0,25 point, ce qui représente un enjeu de 7 milliards d’euros pour les finances publiques : cette décision mérite débat.Il faut ensuite examiner le rôle que la politique monétaire joue dans le financement de l’immobilier et, plus largement, de l’économie réelle – un rôle parfois positif mais parfois aussi négatif. Certaines décisions de la BCE, ponctuelles ou systémiques – je pense aux règles décidées sans aucun débat démocratique, comme la rémunération des réserves excédentaires –, n’alimentent-elles pas la spéculation ? La BCE se porte toujours au secours des banques françaises : on a l’impression qu’elles sont systématiquement favorisées, bénéficiant soit de taux très bas soit d’une rémunération très haute, de sorte qu’elles se retrouvent toujours gagnantes.Il s’agit enfin de se pencher sur l’action et la gestion de la Banque de France. Je reste dubitatif quant à l’opération qui a été menée sur le stock d’or de la France. Je m’interroge non pas sur sa moralité – je salue les informations transparentes qui nous ont été fournies par le personnel – mais sur le manque de communication. Historiquement, les opérations impliquant l’or – la « relique barbare », selon le mot de Keynes – sont sensibles. Communiquer sur ce point en amont et non en aval de l’opération nous aurait évité bien des tracas ; j’espère que cette erreur ne sera pas répétée.

J’ai de nombreuses questions à vous poser, monsieur le ministre délégué, car vous avez fait le choix, au nom du gouvernement – dont c’est la liberté – de rappeler un certain nombre de positions de la Banque de France que nous connaissons déjà. La Banque de France défend très bien son bilan elle-même devant la commission des finances. Mes questions se veulent plus spécifiques.D’abord, il ne semble pas que la question soulevée par les trois rapporteurs et par notre collègue Pierre Henriet, ait obtenu de réponse de votre part : le gouvernement est-il prêt à discuter de la politique monétaire dans le cadre du projet de loi de finances, compte tenu des incidences qu’elle emporte ? Fera-t-il en sorte que nous en discutions lors de son examen ?Ensuite, nous voudrions savoir en quoi consiste le dialogue que vous avez évoqué entre le gouvernement, les ministres, la Banque de France et la zone euro. On lit et on nous explique des choses, mais rien de tout cela ne donne lieu à la moindre transparence, au moindre bilan : aucun article de presse, par exemple, ne rend compte de ce dialogue, de ce qui s’y dit concrètement, des positions des uns et des autres. Cela n’a rien à voir avec l’indépendance, car l’indépendance n’est pas l’irresponsabilité. À cet égard, il y a eu, dans ce débat, des raisonnements quelque peu étranges : je n’ai jamais remis en cause l’indépendance de la Banque de France ; avec les deux autres rapporteurs, nous l’indiquons d’ailleurs noir sur blanc dans la note thématique publiée en amont du présent débat : personne ne remet en cause l’indépendance de la Banque centrale. Mais, dans le cadre de cette indépendance, quel est le contenu des échanges avec l’État et la BCE ? Tout le monde en parle mais personne n’est au courant de rien.Quant au montant de 54 milliards d’euros versés aux banques au titre de leur dépôt à la Banque de France, il importe peu en soi : notre question ne portait pas sur l’existence de cet instrument de la politique monétaire, mais sur son efficacité. Je veux bien qu’on nous dise que ces 54 milliards ont servi à assurer la transmission bancaire de la politique monétaire entre 2016 et 2025, c’est peut-être le cas mais, lors de nos auditions, la Banque de France n’a pas été, selon moi, en mesure de démontrer que le versement de ces sommes avait produit cet effet de transmission. En outre, aucun des documents que j’ai consultés n’en apportait la démonstration. Je voudrais donc savoir si le gouvernement dispose d’études prouvant l’utilité de cet instrument. Je ne vous demande pas un avis ou une opinion – je n’en ai pas, pour ma part, et je ne comprends d’ailleurs pas qu’on suspecte un sous-entendu politique dès qu’on pose une question ! Si sous-entendu politique il y a, il réside dans le fait d’exiger que nous acceptions, sans preuve, l’utilité de cet instrument.Enfin, au sujet de la volatilité, monsieur le ministre, ce n’est pas vrai : les dividendes versés avant la période de taux bas n’étaient pas tous liés à des politiques de taux. Simplement, il y a eu un resserrement très rapide, dans une période particulière, lequel ne s’explique pas par le niveau des taux mais par des décisions politiques. Je n’ai pas compris votre réponse sur ce point ; et puisque vous n’avez pas répondu techniquement, la question reste entière : comment le gouvernement regarde-t-il ces décisions qui ont abouti à des déficits ?

Cela ne concerne pas le gouvernement !

Vous n’êtes pas gouverneur.

Source : compte rendu intégral officiel de l'Assemblée nationale, capturé le 2026-09-01. Texte reproduit tel que publié par l'Assemblée, hors interventions de présidence de séance (ouverture, clôture, mise aux voix).