Discours du 20 juillet 2026
Jean-René Cazeneuve · Première session extraordinaire 2026 · séance n°22
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Souvenez-vous : cet hiver, les agriculteurs étaient sur les ronds-points, ils demandaient de la considération, des revenus décents et la liberté de produire. Nous leur avions promis des actes. Aujourd’hui, en votant les conclusions de cette commission mixte paritaire, nous tenons parole. Je salue le travail accompli avec mes collègues rapporteurs, Julien Dive, Nathalie Coggia et Xavier Roseren, et avec nos collègues sénateurs, dans un esprit d’exigence et de compromis. Cette commission mixte paritaire (CMP) est conclusive : c’est une bonne nouvelle pour nos agriculteurs.
Ce texte protège d’abord le revenu. Quatre mois maximum pour conclure les contrats prévus par la loi Egalim du 18 octobre 2021, révision automatique des prix selon le coût des matières premières agricoles, possibilité pour le fournisseur de sortir d’une négociation qui s’enlise : un agriculteur doit vivre du prix de son travail, pas de la compassion.Deuxième point, il protège contre les concurrences déloyales : clause de sauvegarde contre les importations contenant des résidus de substances interdites en Europe, origine obligatoire des viandes et des produits aquacoles utilisés comme ingrédients. Nous refusons que nos normes deviennent l’arme de nos concurrents.Troisièmement, il redonne des moyens de produire : projets d’avenir agricole accompagnés en priorité par l’État et les collectivités, foncier sécurisé, agrandissement des bâtiments d’élevage. Nous ne dérégulons pas, nous simplifions.Quatrièmement, parce qu’on ne produit pas sous la menace : peines aggravées contre les vols et les dégradations dans les exploitations, lutte contre les recours abusifs, gestion du loup fondée sur la science.Et puis, il y a l’eau, le cœur de cette CMP. Nous avons rétabli l’équilibre voté par l’Assemblée : pas de changement de la hiérarchie des usages, gouvernance de l’eau préservée, protection des captages d’eau potable confortée, pas de changement de définition des zones humides. Parce que c’est vital pour notre souveraineté, nous avons voté un doublement des volumes de stockage d’eau agricole d’ici à 2035. Donner à ceux qui nous nourrissent les moyens de s’adapter aux dérèglements climatiques tout en protégeant la ressource : c’est cela l’écologie des solutions.
Arrêtons-nous sur l’article 2 quater pour dire les choses avec précision et avec force : je peux comprendre les inquiétudes de certains, mais ce texte n’autorise aucune substance. (Mme Danielle Brulebois applaudit.)
Absolument aucune ! Il confie à l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses), autorité scientifique indépendante, le pouvoir d’accorder ou de refuser des dérogations strictement encadrées. (Mme Delphine Batho s’exclame.) La science vous dérange, madame Batho.
Plan de recherche, absence d’alternative, périmètre limité, durée bornée dans le temps, extinction du régime dans trois ans, contrôle du Parlement, absence de risque significatif : la science décidera, et non des incantations idéologiques, des Insoumis qui mentent, des Écologistes qui manipulent…
…et des socialistes qui ont la mémoire courte. Que n’avons-nous entendu pendant ces mois de débat ! Les agriculteurs traités en suspects, quand ce n’était pas en coupables. Chaque retenue d’eau caricaturée. Chaque simplification dénoncée comme un recul. Chaque paysan sommé de justifier son existence. Alors, disons la vérité : vous exigez des agriculteurs qu’ils s’adaptent au changement climatique, mais vous leur refusez l’eau pour survivre. Vous fermez les yeux sur la concurrence mondiale, mais vous leur imposez des contraintes qu’aucun de leurs concurrents ne supporte. Vous préférez importer ce que vous leur interdisez de produire. Ce n’est pas de l’écologie, c’est la délocalisation de nos assiettes, de nos emplois et de nos paysages.Les premiers gardiens de nos sols, de nos haies et de notre eau, ce sont les agriculteurs. À force de les stigmatiser, vous préparez une France sans paysans. Nous, nous voulons réarmer nos agriculteurs.Monsieur le ministre de la transition écologique, je terminerai avec gravité. Pendant que nous votons, dehors, la ferme France suffoque. Dans le Gers, comme dans tant de départements, les éleveurs se battent pour abreuver leurs bêtes, les moissons se font sous 40 oC, les raisins ne grossissent plus, les restrictions d’eau s’étendent. Ce texte donne des outils pour demain. La canicule, elle, exige des réponses pour aujourd’hui.Mes chers collègues, ce texte est une étape importante. Il dit une chose simple : la France fait confiance à ses agriculteurs. Nourrir son pays est un métier d’avenir. Je vous invite à voter largement les conclusions de la commission mixte paritaire – pour notre souveraineté alimentaire, pour nos territoires, pour celles et ceux qui se lèvent chaque matin pour nous nourrir. Vive l’agriculture française ! (Applaudissements sur les bancs du groupe DR, sur plusieurs bancs du groupe EPR et sur quelques bancs du groupe Dem.)
Ce sont les institutions !
Très bien ! Quelle sagesse !
Favorable.
C’est un amendement de coordination.
Source : compte rendu intégral officiel de l'Assemblée nationale, capturé le 2026-09-01. Texte reproduit tel que publié par l'Assemblée, hors interventions de présidence de séance (ouverture, clôture, mise aux voix).