Discours du 12 février 2026
Jean-Victor Castor · Session ordinaire 2025 -2026 · séance n°147
Je n’étais pas censé parler, mais comme je suis député de la Guyane, je ne peux pas me taire. Je veux dire à l’Assemblée et aux représentants du gouvernement qu’il n’y aura pas de véritable lutte contre le narcotrafic tant que les gouvernements, quels qu’ils soient, accepteront ce qu’il se passe en Guyane. On compte quatre cartels brésiliens, des factions, qui agissent en Guyane parce qu’il a été décidé, de façon doctrinaire, qu’on ne savait pas éradiquer l’orpaillage illégal, et parce que le gouvernement a capitulé en cherchant simplement à le contenir. (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP.)Or vous le savez, il n’y a plus d’étanchéité entre l’orpaillage illégal, le trafic de drogue, le trafic d’armes, le trafic des personnes et la prostitution. (Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe LFI-NFP.) Ces trafiquants brassent des milliards. J’ai eu, à l’époque, une discussion avec le général Lavergne et je lui ai demandé, en off : sont-ils capables de vous corrompre ? Il m’a répondu que oui. Voilà ce qu’il se passe chez nous.J’ai rencontré un jeune qui fait partie de l’un des cartels, lors de ma dernière visite à la prison de Cayenne. Je lui ai demandé ce qu’il faisait là. Il m’a dit : on m’a demandé d’aller brûler deux maisons en échange de 5 000 euros, et je l’ai fait. C’est toute la jeunesse de la Guyane qui est confrontée à cela. Si les enjeux, la responsabilité et les moyens à mobiliser ne sont pas pris en compte, tous les textes que nous adopterons ne seront que de la rigolade face à la puissance du narcotrafic, notamment de son point de départ.Quand le ministre Darmanin propose de mettre un quartier de haute sécurité à la frontière, dans la zone amazonienne, là où la France n’arrive même pas à éradiquer l’orpaillage illégal, il met en danger toute la population guyanaise parce que ces gens sont capables d’arriver avec des commandos, avec des armes de guerre.Pour finir, les officiers de l’armée en Guyane disent que les cartels brésiliens les appellent « caresse guyanaise », tant ils sont démunis face leur puissance.Je vous remercie pour votre texte, qui est important, mais il faut comprendre le niveau des enjeux et des moyens à mobiliser. (Applaudissements sur les bancs des groupes GDR, LFI-NFP, SOC, EcoS, ainsi que sur les bancs des commissions.)
Source : compte rendu intégral officiel de l'Assemblée nationale, capturé le 2026-09-01. Texte reproduit tel que publié par l'Assemblée, hors interventions de présidence de séance (ouverture, clôture, mise aux voix).