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Discours du 25 mars 2026

Jean-Victor Castor · Session ordinaire 2025 -2026 · séance n°180

En 1985, François Mitterrand déclarait qu’il ne fallait plus lancer de fusée sur fond de bidonville. En 2017, alors que des milliers de personnes avaient occupé la base spatiale dans le cadre d’un mouvement social. Jean-Claude Juncker, alors président de la Commission européenne, expliquait que la Guyane était la grande oubliée du spatial.Aujourd’hui, derrière l’affichage stratégique, la réalité demeure profondément déséquilibrée. Tout d’abord, on ne constate aucun rendement concret à la hauteur des enjeux : ni fiscalité foncière ni octroi de mer et des retombées économiques limitées pour la population locale, malgré une activité à fort impact environnemental et territorial.Ensuite, les Guyanais n’ont jamais été réellement consultés. Nous assistons à la consolidation d’une base à la fois commerciale et militarisée de plus en plus opaque. Le contentieux avec la Russie autour de Soyouz, puis l’ouverture à d’autres lanceurs illustrent la rapidité de l’évolution, sans réel débat local.Or cette évolution n’est pas neutre. Elle expose la Guyane à de nouveaux risques, y compris celui de devenir une cible dans un contexte de tensions internationales.Je m’interroge également sur le manque de transparence des études d’impact sur la faune, la flore et les populations.Les Guyanais sont confrontés au quotidien à un paradoxe : nous sommes une terre de lancement de satellites, mais une grande partie du territoire reste en zone blanche, avec l’une des couvertures GSM les plus dégradées de France.Enfin, la participation locale recule. Il n’existe aujourd’hui plus de cadre clair s’agissant de la contribution du Cnes au développement économique du territoire.Ma question est simple : comment justifier un modèle spatial qui, en Guyane, concentre les risques, limite les retombées et exclut les populations locales des décisions ? Surtout, êtes-vous prêt, en associant pleinement élus locaux et acteurs du territoire, à instaurer une commission d’évaluation des retombées de l’industrie spatiale en Guyane ainsi qu’une commission de réparation chargée des préjudices liés à l’implantation de la base ?

Vous n’avez pas répondu à mes questions. Je vous demandais précisément si vous étiez prêt à créer une commission d’évaluation des retombées de l’installation de notre centre spatial en Guyane, où siégeraient, bien sûr, les élus guyanais et les acteurs locaux. Il vous a d’ailleurs été difficile de me dire, chiffres à l’appui, ce que représente vraiment le secteur spatial en Guyane – il n’aurait pas pu en être autrement, étant donné son opacité. C’est un vieux sujet. J’ai pris le temps de vous rappeler qu’en 2017, des milliers de personnes avaient occupé la base, un site militaro-industriel stratégique, et je pense que vous prenez cela un peu à la légère.Je ne crois pas que l’on puisse continuer de la sorte. La population de la Guyane augmente et malheureusement, ce territoire, ce pays, s’appauvrit : en 2017, 20 % des Guyanais vivaient sous le seuil de pauvreté – en prenant pour base de calcul un seuil fixé à un niveau bien plus bas que le seuil national –, contre 53 % en 2022, cinq ans après ! On ne peut donc pas continuer ainsi.Vous dites, s’agissant par exemple de l’octroi de mer, que cela poserait un problème. J’entends bien mais j’ai envie d’adopter le point de vue inverse : ce qui pose un problème, c’est de considérer qu’on peut continuer à lancer des fusées même si le territoire s’appauvrit ! Une partie des budgets prévus pour le secteur spatial devrait donc très clairement être consacrée au développement de la Guyane. Or il n’en a jamais été ainsi et ce besoin a toujours été relégué à la marge.En tant que député de la Guyane, je tiens à vous le dire : cette situation n’est plus acceptable, elle n’est pas tenable ! Il faut mener une vraie réflexion sur la participation, pas simplement du point de vue de l’emploi, mais en prenant pour point de départ le fait que la parole publique a assuré, dès l’implantation de l’activité spatiale, que les expropriés auraient dû être indemnisés. Or cette indemnisation n’a jamais eu lieu et cette parole n’a jamais été tenue ! C’est un péché originel qui se perpétue.

Pas sur le plan fiscal !

Source : compte rendu intégral officiel de l'Assemblée nationale, capturé le 2026-09-01. Texte reproduit tel que publié par l'Assemblée, hors interventions de présidence de séance (ouverture, clôture, mise aux voix).