Discours du 13 avril 2026
Jean-Victor Castor · Session ordinaire 2025 -2026 · séance n°202
Le groupe GDR votera naturellement ce texte, mais je veux vous interpeller en tant que parlementaires : mettez-vous à la place des communautés et des groupes sociaux dont nous parlons, imaginez que la France perde la majorité de ses objets et de ses restes humains au profit, par exemple, des musées américains. L’accepteriez-vous ? Je crois que non. Tous ici, vous vous battriez en rangs serrés pour obtenir la restitution des restes et des objets volés. Le sujet de fond est là ! Ce n’est pas un simple problème technique, comme certains le prétendent. La France, en tant qu’empire, a colonisé des territoires, pillé, violé, maltraité, abîmé des peuples : c’est un fait historique. Parmi les conséquences de cette histoire, il y a l’accaparement d’objets et de restes humains, avec tout ce qu’il revêt de dramatique pour les peuples.Ce soir, j’ai envie de vous dire : encore un effort ! Moi qui ne suis pas autochtone, je défends les autochtones de Guyane (Applaudissements sur les bancs des groupes GDR et LFI-NFP) parce que je comprends leur souffrance. Parce qu’ils appartiennent à une communauté humaine, ils n’acceptent pas qu’après cent-trente-trois ans on ne leur ait pas restitué les restes humains de personnes de leur communauté qu’on a exposées sans qu’elles puissent dire quoi que ce soit. Je salue le combat acharné de Mme Corinne Toka-Devilliers, qui se bat aux côtés d’une association depuis plus de quatre ans, avec une détermination sans faille, soutenue par l’ensemble de la communauté guyanaise, laquelle n’est pas autochtone dans sa majorité. En tant que parlementaires, vous devez faire le même effort ! Vous vous honoreriez à avoir la capacité de vous mettre à la place des membres de cette communauté et de mesurer la souffrance qu’elle ressent.Ce texte n’est pas parfait et, dans l’absolu, je ne l’aurais pas voté, mais, dans la pratique, pour avancer, il faut faire des pas. Madame la ministre, je vous demande de nouveau de faire un pas concernant les restes des Kali’na. J’espère que nous avancerons sur ce dossier très important dans les plus brefs délais. J’ai sollicité un entretien avec vous pour obtenir des précisions sur l’agenda.Je me mets à la place des personnes dont les pays ont souffert des agressions coloniales. Elles demandent simplement la transparence et l’identification des biens qui se trouvent dans les musées français afin d’être en mesure de formuler des demandes de restitution que la France traitera comme elle le doit. Il importe de faire les choses avec sincérité. Malheureusement, dans cette assemblée, j’ai l’impression que ce n’est pas votre cas. S’il s’agissait d’objets ou de restes humains français détenus par d’autres pays, vous vous battriez tous ensemble en faveur de leur restitution ! (Applaudissements sur les bancs des groupes GDR et LFI-NFP et sur quelques bancs du groupe SOC. – Mme Sophie Taillé-Polian applaudit également.)
Source : compte rendu intégral officiel de l'Assemblée nationale, capturé le 2026-09-01. Texte reproduit tel que publié par l'Assemblée, hors interventions de présidence de séance (ouverture, clôture, mise aux voix).