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Discours du 4 juin 2026

Jérémie Patrier-Leitus · Session ordinaire 2025-2026 · séance n°263

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« Je ne t’ai jamais vu sous ce rayon, mon père / Pauvre vieux qui t’en vient, là-bas, au bout du champ / Avec tes pauvres vêtements / Couleur des choses, couleur du temps / Avec ton humble tête grise / Semant, semant le blé, dans l’automne et le soir / Mon vieux père de septante ans / Je te découvre enfin, dans la plénitude / Je vois ton corps penché, ta tête résignée / Et tes mouvements lents et profonds dans le soir / Je sens que tu es las et que tes pieds sont lourds / Et que la terre aimée te penche / Vers elle un peu plus chaque jour. » Si ce texte sublime de Francis André, paysan et poète, dit le labeur de nos agriculteurs, il nous rappelle aussi l’importance de cette vocation d’éternité que des centaines de milliers de nos concitoyens ont embrassée, pour servir la terre et nourrir les Français.Et si du pays d’Auge à la Suisse normande, nos fermes tiennent, résistent, font face à l’adversité des temps, à la multiplication des obstacles et des contraintes, nous le devons notamment à des femmes de l’ombre, anciennes conjointes collaboratrices ou aides familiales. Ces femmes ont travaillé toute leur vie, le plus souvent sans statut et sans l’avoir toujours choisi. Parmi les presque 500 000 retraités agricoles qui touchent moins de 1 000 euros de pension, neuf sur dix sont d’anciennes conjointes collaboratrices ou aides familiales. Personne ici ne conteste qu’il y a là une injustice.Je salue par conséquent votre travail, monsieur le rapporteur, qui prolonge celui d’André Chassaigne. Le groupe Horizons & indépendants partage l’intention sous-jacente aux articles 1er à 4, visant notamment à ne pas pénaliser les agriculteurs polypensionnés et les veuves. Nous avons toujours été d’accord sur le but. Depuis 2020, les lois Chassaigne 1 et 2 ainsi que la loi Dive ont rapproché le régime agricole du droit commun, et nous les avons soutenues.Mais soutenir ce principe ne doit pas conduire à s’exonérer de la question des moyens. Sur le fond, notre groupe doit être honnête – il faut l’être avec nos agriculteurs : ce texte tend à engager 1 milliard d’euros de dépenses nouvelles. Son seul article 3 coûterait 600 millions d’euros, selon votre évaluation, monsieur le rapporteur, alors même que la loi Dive, qui fonde enfin le calcul des pensions agricoles sur les vingt-cinq meilleures années, n’est entrée en vigueur que le 1er janvier dernier et que nous n’avons aucun recul sur ses effets.Les députés du groupe Horizons & indépendants font un constat simple : on ne peut pas en même temps réclamer l’abaissement pour tous de l’âge légal de départ à la retraite, la revalorisation générale des pensions et l’engagement de plusieurs milliards d’euros de dépenses nouvelles chaque année, sans jamais proposer de réforme structurelle de notre modèle social. Il faut tenir les comptes ! Le dire, ce n’est pas manquer de cœur envers nos agriculteurs, mais bien respecter la parole publique et refuser de promettre une fois encore aux retraités agricoles ce que nous ne sommes pas en état de financer.Les lois Chassaigne avaient suscité d’immenses espoirs. Certains, faute de moyens ou par des effets de bord, ont été déçus. Ne refaisons pas les mêmes erreurs. Ces femmes qui attendent la justice méritent mieux qu’un gage sur le tabac et une nouvelle hausse de taxes dépourvues de tout lien avec le système de retraite. Le traitement de ces sujets mérite l’élaboration d’une trajectoire de financement qui s’inscrive à sa juste place dans la loi de financement de la sécurité sociale.Hier, à Bourg-en-Bresse, devant le congrès national des jeunes agriculteurs, Édouard Philippe a rappelé une réalité crue, que nous devons regarder en face et qui requiert des réponses ambitieuses et urgentes : d’ici à 2030, la moitié des agricultrices et des agriculteurs de notre pays auront pris leur retraite. La question agricole dont nous débattons n’est donc pas un sujet parmi d’autres, car l’avenir de notre agriculture se joue en ce moment même. La centralité de cette question appelle des réformes structurelles et ambitieuses, non des mesures isolées. C’est le sens du grand plan de transmission et de modernisation de l’agriculture française annoncé par Édouard Philippe pour aider le modèle de l’entreprise familiale française à se moderniser, grâce à des aides à la robotisation et à la numérisation, à un superbe pacte Dutreil agricole portant à 90 % les exonérations de droits de mutation sur la valeur des biens transmis, et au soutien à la proposition des Jeunes Agriculteurs de créer des contrats d’avenir pour sécuriser les revenus et, demain, les retraites.Nous devons mener une discussion structurée et profonde. C’est pourquoi le groupe Horizons & indépendants sera très attentif à l’examen qui commence. Nous souhaitons qu’il soit l’occasion d’évoquer des perspectives de financement crédibles de votre proposition. J’espère que de telles pistes se dégageront lors de nos débats.

Source : compte rendu intégral officiel de l'Assemblée nationale, capturé le 2026-09-01. Texte reproduit tel que publié par l'Assemblée, hors interventions de présidence de séance (ouverture, clôture, mise aux voix).