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Discours du 15 juin 2026

Jérémie Patrier-Leitus · Session ordinaire 2025-2026 · séance n°270

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À Thèbes, Créon avait décrété que le corps de Polynice resterait sans sépulture, exposé aux chiens et aux oiseaux : il était, jugeait-il, des morts que l’on peut priver de terre. Antigone est passée outre et a recouvert son frère d’une simple poignée de poussière, pour qu’il ait droit, comme tout être humain, au repos. Il existe une loi plus ancienne que toutes celles que nous votons dans cet hémicycle : celle qui veut qu’on ensevelisse ses morts. Antigone l’opposait déjà au pouvoir de la cité. C’est la plus humble et la plus haute des obligations humaines, et c’est celle que la République s’apprête aujourd’hui à honorer.À ces femmes et à ces hommes venus du Maroni en 1892, on n’a pas seulement pris la vie. On les a montrés vivants derrière des vitres ; morts, on les a rangés dans des caisses. Entre les deux, il a manqué le seul geste qui distingue une dépouille d’un objet : celui de la terre qui se referme. Cent trente ans durant, il leur a été refusé. Nous le leur restituons.Je voudrais vous dire quelques mots sur l’état d’esprit dans lequel le groupe Horizons & indépendants aborde ce texte. Il y a deux façons de manquer ce rendez-vous. La première serait d’en faire un tribunal, de convoquer le passé pour juger les vivants, de transformer la réparation en accusation et la mémoire en réquisitoire permanent contre la nation tout entière. Ce n’est pas notre conception.La seconde serait, à l’inverse, de refuser de regarder au prétexte que reconnaître une faute affaiblirait la France. Ce n’est pas davantage notre conception des choses. Une grande nation n’est pas dépourvue de parts d’ombre ; elle est assez sûre d’elle-même pour les mettre en lumière et les réparer sans trembler. C’est ce que fait la France avec cette loi qui la grandit. Voilà pourquoi ce texte nous paraît si juste dans sa mesure.Certes, nous légiférons à cause d’un vide juridique. Si elle a été utile, la loi-cadre de 2023 a ouvert la voie de la restitution aux seules demandes des États étrangers. Or la Guyane est la France ; l’indivisibilité de la République implique que nous accordions aux nôtres ce que nous avons donné au lointain.Ce débat, nous l’avons d’ores et déjà ouvert en commission. Il ne faudrait pas que dans deux ans, dans cinq ans, le Parlement ait de nouveau à légiférer corps par corps, nom par nom. Sans doute convient-il de réfléchir à établir un cadre général de sortie des collections publiques pour répondre aux demandes en provenance de notre sol.En attendant, faisons ce qui est possible. La commission a adopté ce texte la semaine dernière, sans en changer une virgule ; le Sénat l’avait voté à l’unanimité. Il n’y a aucune raison de différer son adoption. Le groupe Horizons & indépendants le votera donc sans la moindre hésitation.Bientôt, la terre d’Iracoubo retrouvera ceux qu’on lui avait arrachés. Ce jour-là, une promesse faite en 1892 sera tenue. La République aura simplement, et c’est beaucoup, rendu à ces morts ce qui appartient à tous les morts. (Applaudissements sur les bancs du groupe HOR et sur quelques bancs du groupe Dem.)

Source : compte rendu intégral officiel de l'Assemblée nationale, capturé le 2026-09-01. Texte reproduit tel que publié par l'Assemblée, hors interventions de présidence de séance (ouverture, clôture, mise aux voix).