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Discours du 10 juin 2025

Jérôme Nury · Session ordinaire 2024-2025 · séance n°230

Je souhaite alerter le gouvernement sur l’avenir du site de Forvia, situé à Messei, dans l’Orne, dans ma circonscription. Ce site, spécialisé dans la fabrication de pots d’échappement, voit son avenir compromis non pour des questions de performance industrielle ou de délocalisation, mais tout simplement à cause de la baisse, voire de la disparition du marché.Il s’agit d’une disparition programmée par des décisions abruptes et précipitées, fixées sans concertation avec les professionnels du secteur de l’automobile. L’électrification à marche forcée de toute notre flotte, imposée par l’Europe à l’horizon 2035 – c’est-à-dire demain –, a des conséquences directes sur toute la filière automobile, qui était la dernière grande industrie française présente sur nos territoires.Nous ouvrons grand nos portes et le marché français à des constructeurs chinois qui maîtrisent mieux que nous ces nouvelles technologies et qui concurrencent directement nos constructeurs français et européens avec des modèles performants à bas coût ; en plus, nous démolissons méthodiquement toute la sous-traitance automobile, qui représente de nombreux emplois et détermine les dynamiques économiques locales de nombreux bassins industriels, comme celui du bocage ornais.Conséquence directe de ces décisions ahurissantes, la fermeture du site Forvia de Messei, annoncée par la direction il y a quelques semaines, a provoqué l’incompréhension, la colère et l’inquiétude des 109 salariés concernés et de leurs familles. Ces femmes et ces hommes qualifiés, qui ont consacré leur vie à une activité industrielle structurante pour tout le territoire, font donc les frais d’une décision idéologique, prise sans étude d’impact et relayée avec zèle par nos gouvernants, qui se sont peu préoccupés jusqu’ici de ses conséquences sur l’emploi et sur la filière automobile française.Je me tourne donc vers le ministre chargé de l’industrie et de l’énergie, pour que l’État soit présent à nos côtés, à Messei, aux côtés des personnels de Forvia et des élus locaux, pour donner des perspectives non seulement à ce site industriel mais aussi à chacune et chacun des salariés qui vont subir cette fermeture.Nous avons besoin que le gouvernement fasse preuve de persuasion auprès du groupe Forvia, afin que le plan de sauvegarde de l’emploi négocié entre la direction et les représentants du personnel permette un reclassement réel des salariés, qu’il leur permette aussi de rebondir grâce à des formations adaptées et à des prises en charge dans la durée, qui tiennent compte des situations de chacun – je pense notamment aux salariés proches de la retraite, qui ont eu des carrières longues.Nous avons également besoin de l’État pour qu’il nous aide à donner une deuxième vie à ce site industriel d’une superficie de près de 11 hectares, où 40 000 mètres carrés de bâtiments ont accueilli jusqu’à plus de 2 000 salariés dans les années 1970. Certes, tout sera fait par Forvia pour trouver des repreneurs, jurisprudence Florange oblige, mais il va certainement falloir reconfigurer les lieux, dépolluer, démolir et réhabiliter afin d’éviter que le site ne devienne une friche industrielle.L’accompagnement de l’État sera donc essentiel pour mobiliser l’ensemble des acteurs publics et privés. Il pourrait se concrétiser par une convention de revitalisation ambitieuse ou par l’intégration du site dans des dispositifs d’aide nationaux comme l’appel à projets « Sites clés en main France 2030 », que l’ANCT – Agence nationale de la cohésion des territoires – compte lancer dans quelques jours. Pouvons-nous compter sur le gouvernement pour ce site de Messei et pour ses salariés ?

Source : compte rendu intégral officiel de l'Assemblée nationale, capturé le 2026-09-01. Texte reproduit tel que publié par l'Assemblée, hors interventions de présidence de séance (ouverture, clôture, mise aux voix).