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Discours du 16 juin 2025

Jérôme Nury · Session ordinaire 2024-2025 · séance n°241

Il y a un an, les Français étaient appelés aux urnes pour élire leurs représentants ; une campagne éclair avait fait suite à une dissolution capricieuse et ratée. Un an plus tard, l’incompréhension d’une telle décision demeure et le moins que l’on puisse dire, c’est que la clarification politique annoncée n’a pas eu lieu. Les avancées se font au compte-goutte et elles sont noyées dans pléthore de textes qui relèvent davantage du bavardage ou de l’affichage que d’une transformation en profondeur du quotidien de nos concitoyens.Avec cette proposition de loi, nous avons l’occasion de démontrer que le Parlement a des préoccupations plus essentielles que la discrimination capillaire ou les caractéristiques techniques des colliers canins, qu’il sait prendre un peu de hauteur, décider, choisir et arbitrer, quand l’exécutif, lui, hésite, louvoie ou bricole. La preuve de ces atermoiements nous a été donnée le 28 avril, ici même, dans un hémicycle quasi vide, quand lors d’un pseudo-débat sur l’énergie, le premier ministre s’est contenté de poser moult constats et questions plutôt que d’indiquer une direction et d’établir une stratégie. Nous étions nombreux ce jour-là à penser que sur un tel sujet, la nation aurait mérité un vrai premier ministre plutôt qu’un président bis de RTE. (Sourires sur les bancs des commissions.) Ce jour-là aussi, les discours ont mis en lumière nos différences de fond.Avec la gauche, d’abord, pour qui chaque attaque contre l’énergie nucléaire s’apparente à une victoire. J’en veux pour preuve la suppression en commission de l’article 3 sur la relance du nucléaire, à l’insu du plein gré des députés socialistes, à la suite de l’adoption de l’un de leurs amendements, applaudie par l’ensemble du NFP et de ses affidés.Depuis des années, la gauche a construit un discours antinucléaire fondé sur la peur, là où nous avions besoin de rationalité et de pragmatisme. C’est ainsi que par pur calcul électoral, avec en tête l’avenir de la gauche plurielle plutôt que celui de la France, un texte fermant quatorze réacteurs nucléaires a été adopté.Ceux-là mêmes qui ont fait passer leurs intérêts politiciens avant ceux des Français veulent aujourd’hui quadrupler nos capacités en photovoltaïque et doubler celles en éolien ! Tout cela au détriment de la souveraineté énergétique de la France et sur le dos des Français, qui verront leurs factures d’électricité exploser encore plus si cette pure folie va jusqu’au bout.Construire des parcs offshore d’énergies intermittentes, importer des panneaux photovoltaïques chinois ou des éoliennes allemandes, qui ne tournent qu’un cinquième de l’année en moyenne, n’a aucune efficacité énergétique et pèse lourdement sur les prix de l’électricité. L’estimation des 300 milliards d’euros pour le déploiement des énergies renouvelables d’ici à 2035 est réelle. Elle doit être entendue et comprise. Oui, la France doit cesser d’installer des éoliennes sur son territoire. Le président de la République lui-même avait fixé un objectif de 37 gigawatts d’éolien terrestre à l’horizon 2050. Or, en additionnant les capacités en service et celles déjà autorisées, la puissance installée atteindra d’ici quelques mois 38 gigawatts, soit un objectif dépassé avec quinze ans d’avance.Quand on sait que lorsqu’elles fonctionnent à pleine capacité, les éoliennes peuvent, en raison de l’absence de solutions de stockage à grande échelle, saturer le réseau et engendrer de fortes perturbations, voire une coupure de courant généralisée comme ce fut le cas en Espagne il y a quelques semaines, il est temps de dire stop à cette hérésie. La France n’a pas les moyens d’investir dans des raccordements de réseau pour des énergies diffuses et non pilotables ni d’assurer des prix supérieurs au marché pour inciter au développement d’énergies intermittentes.Il est urgent d’assumer un discours de vérité et de regarder l’énergie objectivement. Il n’y a pas une énergie de droite et une énergie de gauche, seulement des énergies qui doivent être adaptées à notre géographie, à notre climat, à nos savoir-faire industriels et à nos besoins de consommation. Le nucléaire a été et doit rester notre socle.Il faut donc réinvestir et relancer cette filière abandonnée, conspuée et méticuleusement brisée par les pouvoirs successifs depuis 2012, jusqu’au miracle de Belfort et la conversion à l’atome du président Macron. L’énergie nucléaire doit être défendue par tous : elle permet d’offrir l’électricité la moins émettrice en CO2 parmi toutes les sources d’électricité, elle a déjà montré qu’elle nous avait fait bénéficier des coûts les plus compétitifs, avant que nous ne soyons obligés de financer des énergies intermittentes, et elle permet de créer de l’emploi dans les territoires, notamment des postes d’ouvriers et d’ingénieurs hautement qualifiés.Surtout, chers collègues qui voulez lutter contre le grand capital, choisir le nucléaire et les énergies électriques pilotables permet de ne pas se placer dans les mains de fonds spéculatifs étrangers dont le seul objectif est de profiter des prix subventionnés pour assouvir une soif de rentabilité qui ne crée aucun emploi à haute valeur ajoutée dans les territoires ruraux.Oui, je ne désespère pas que d’autres miracles comme celui de Belfort puissent se produire. Saint Paul, après sa conversion sur le chemin de Damas, a bien évangélisé le monde. Pourquoi Emmanuel n’évangéliserait-il pas à son tour ses disciples ?Dans ce débat et ceux à venir, la Droite républicaine montrera qu’elle est favorable aux énergies renouvelables – aux énergies renouvelables pilotables, celles qui permettent aux Français de bénéficier de l’électricité quelle que soit l’heure ou la météo. Notre vision est simple : tout faire pour que notre consommation énergétique délaisse les énergies fossiles au profit d’une électricité décarbonée, pilotable et bon marché.Nous, nous ne mélangeons pas les obligations de résultat et de moyens. Si demain, nous trouvons une énergie encore plus vertueuse que le nucléaire ou l’hydroélectricité pour atteindre notre but, nous en étudierons la faisabilité car nous croyons au progrès technique. Nous en sommes convaincus : outre la réduction de notre dépendance aux énergies fossiles, la France peut en tirer un avantage compétitif certain pour les décennies à venir, mais aussi une indépendance évidente en matière économique.Qui peut croire une seule seconde que nos industriels vont délaisser le pétrole importé qui leur permet de fonctionner jour et nuit pour se tourner vers une électricité qui dépendrait du taux d’ensoleillement ou du vent ? Quel aveuglement ! Quelle erreur stratégique ! La réalité, c’est que nous observons une stagnation de notre consommation électrique malgré une électrification plus importante des usages. Ce temps que le progrès technique nous accorde, il faut le consacrer à la construction de nouvelles capacités de production nucléaire – en cela, nos positions sont claires.Pour électrifier massivement les usages et décarboner les secteurs les plus consommateurs d’énergies fossiles, nous devons tendre vers au moins 27 gigawatts de nouvelles capacités nucléaires installées à horizon 2050. Pour cela, la construction d’au moins 10 gigawatts d’ici 2026 et d’au moins 13 gigawatts d’ici 2030 devra être engagée. Nous souhaitons le maintien en fonctionnement des réacteurs existants aussi longtemps que l’ASNR l’autorisera. Cette prolongation garantira l’efficience économique des investissements consentis depuis plus d’un demi-siècle et assurera une continuité de la production essentielle dans la période de transition.Nous nous opposerons à toute nouvelle installation de production d’électricité liée aux énergies intermittentes. À défaut de pouvoir revenir sur les autorisations déjà accordées, nous nous battrons pour instaurer un moratoire sur les futurs projets éoliens et photovoltaïques, à l’exception de ceux en autoconsommation. Il y va du pouvoir d’achat de nos concitoyens, de l’efficacité de la dépense publique et de notre capacité à protéger notre réseau électrique.Nous sommes également attachés à ce que le coût des raccordements au réseau soit pris en charge par les porteurs de projets de parcs électriques intermittents et à ce qu’il soit mis fin à la baisse du facteur de charge du nucléaire au profit des énergies intermittentes, pour permettre à EDF d’optimiser autant que possible ses capacités de production d’origine nucléaire.Enfin, nous défendrons notre souveraineté en ce qui concerne les barrages hydroélectriques, qui doivent rester sous pavillon tricolore. Les conclusions de la mission d’information consacrée aux modes de gestion et d’exploitation des installations hydroélectriques, dont fait partie notre collègue député de Savoie, Vincent Rolland, vont d’ailleurs dans le sens du texte initial.

Chers collègues, vous l’aurez compris, le groupe Droite républicaine entend défendre la parole de celles et ceux qui n’en peuvent plus de payer leur électricité hors de prix. Les enjeux dépassent désormais les simples clivages politiques. Chacun ici doit désormais choisir entre la politique de la continuité énergétique, qui écrase le pouvoir d’achat des ménages et des entreprises, et celle du courage, qui prend le risque d’assumer une parole difficile mais ô combien nécessaire à nos intérêts économiques et écologiques.L’examen de ce texte doit nous permettre de faire des choix forts, contrairement à ce qui a été fait depuis plusieurs années – le naturel politicien, en ménageant la chèvre et le chou et en ne voulant contrarier personne, a conduit à faire croire que toutes les énergies se valaient et étaient complémentaires.En clair, il faut rayer de la carte cette mauvaise tambouille appelée « le mix énergétique », qui serait un peu comme une recette de cuisine où il suffirait d’ajouter les énergies comme de simples ingrédients : de l’éolien par-ci, du photovoltaïque par-là, et une pincée de nucléaire pour le goût.

C’est cette mauvaise recette qui donne un plat improbable et indigeste payé au prix d’un étoilé Michelin. Monsieur le ministre, soyez le Philippe Etchebest de l’énergie : faites cesser ce cauchemar énergétique en remettant de l’ordre et en concoctant une recette claire, rationnelle et à un prix acceptable. Nous comptons sur vous !

Être gaulliste, collègue Tanguy, c’est aussi savoir respecter les opinions des uns et des autres sans perdre ses nerfs ni jeter des anathèmes.Le nucléaire est-il ou non une énergie comme les autres qui peut être pilotée par le privé ? La question est cruciale. Elle soulève des enjeux de sécurité et de souveraineté. Des montants colossaux doivent être consentis pour des décennies.Il est vrai que la vision gaullienne nous conduirait à conclure à la nécessité d’un pilotage public.

D’un autre côté, la vision libérale privilégierait l’ouverture à la concurrence, de manière à être eurocompatible. Je pense pour ma part que ce débat essentiel mérite d’être mené jusqu’au bout.

Les amendements de suppression n’ont pas lieu d’être.

Notre collègue Alfandari, avec qui j’ai travaillé cet amendement, l’a dit : il s’agit de poser un cadre et de dire aux Français dans quelle direction nous voulons aller. Nous proposons de fixer un objectif de production de 1 600 térawattheures d’énergie décarbonée produite chaque année à partir de 2025. En adoptant cet amendement, nous montrerions aux Français que l’important est la décarbonation de notre économie et la neutralité carbone en 2050. Cela nous paraît essentiel.

Après dix années d’atermoiements, nous appelons de nos vœux une planification claire. Il importe donc, dès le début de l’examen du texte, de sanctuariser le nucléaire français. Nous devons cette clarification aux Français car, comme je l’ai dit en discussion générale, l’heure est aux choix. Nous devons aux générations futures la mise en œuvre d’une politique énergétique souveraine et décarbonée, dont le socle principal devra être le nucléaire.

Source : compte rendu intégral officiel de l'Assemblée nationale, capturé le 2026-09-01. Texte reproduit tel que publié par l'Assemblée, hors interventions de présidence de séance (ouverture, clôture, mise aux voix).