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Discours du 24 juin 2025

Jérôme Nury · Session ordinaire 2024-2025 · séance n°253

Au terme de débats pour le moins animés, la semaine dernière, nous parvenons au vote de cette proposition de loi qui, quoi qu’il en soit, poursuivra son cheminement grâce à la navette parlementaire afin d’être complétée, modifiée et enrichie.

C’est pour moi l’occasion de redire mon étonnement, voire ma stupéfaction, face au manichéisme dont certains font preuve lorsqu’il s’agit d’énergie. Je sais bien que le système médiatico-politique ne pousse guère à la nuance…

…et qu’il est toujours plus simple – et plus profitable en termes de communication – de caricaturer plutôt que d’argumenter sur le fond. Mais les propos tenus par certains donneurs de leçons dans cet hémicycle et tout le week-end, par ceux qui procrastinent – ils repoussent depuis deux ans une loi de programmation de l’énergie censée être adoptée depuis 2023 –, me sidèrent. (Applaudissements sur les bancs du groupe DR.)Ce sont les mêmes qui ont méticuleusement démantelé notre filière nucléaire d’excellence, qui opérait depuis des décennies,…

…les mêmes qui envisagent ouvertement de contourner le Parlement avant la fin de l’examen de cette proposition de loi, et les mêmes qui expliquent que le « en même temps énergétique » est salutaire, sans étude d’impact et sans analyse sérieuse, objective et à jour.

Cherchons des éléments positifs pour aller de l’avant. Nous sommes tous convaincus qu’il faut décarboner notre énergie et sortir progressivement des énergies fossiles. Mais nous, sur les bancs de la Droite républicaine, pensons que la priorité doit être donnée à l’accélération de la décarbonation des usages (Mme Alma Dufour s’exclame) – pour la mobilité, dans l’industrie, dans l’habitat.

D’autant que notre électricité est l’une des plus décarbonées au monde grâce au nucléaire et aux énergies renouvelables, qui fournissent une énergie propre à près de 97 %.Il faut donc réintroduire du bon sens dans notre approche énergétique. (« Exactement ! » sur plusieurs bancs du groupe DR.)

Le bon sens, c’est d’abord relancer un programme d’investissement massif dans l’énergie nucléaire, avec une vision claire à long terme, permettant d’augmenter de 27 gigawatts la puissance de notre parc. Je me réjouis que cette mesure, supprimée en commission de manière totalement irresponsable par un vote commun de la gauche et du RN, ait pu être réintroduite.

Le bon sens, c’est aussi se soucier de la souveraineté de notre électricité et de sa robustesse, tout en veillant au montant de la facture pour les Français et les entreprises. C’est le sens de la mesure suspendant les autorisations d’implantation des énergies renouvelables intermittentes, en attendant les conclusions d’une étude précise et objective.

Une telle étude devrait permettre de calibrer au plus juste nos besoins, tout en préservant certains projets locaux raisonnables – notamment ceux des agriculteurs ou ceux destinés à l’autoconsommation. Elle permettrait de vérifier techniquement les conséquences des stop and go de plus en plus fréquents des centrales nucléaires, au fur et à mesure que les énergies renouvelables sont introduites dans le réseau, et de s’assurer que les risques de blackout, comme en Espagne, sont écartés. (M. Charles Fournier s’exclame.)Enfin, une telle étude permettrait de calculer les coûts réels du développement de ces énergies sur la facture d’électricité des Français. Il faut en effet tenir compte des projets déjà autorisés et des appels d’offres en cours – non concernés par cette suspension temporaire – qui vont permettre de presque doubler la puissance installée en énergies renouvelables, passant de 50 à 95 gigawatts.Enfin, il nous faut rester vigilants et mobilisés pour ne pas déstabiliser les filières du renouvelable,…

…tout en veillant à ne pas alourdir davantage la facture d’électricité des Français, qui a déjà doublé en dix ans et risque encore de doubler si nous surproduisons avec des énergies renouvelables intermittentes. (Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe DR.) Il est par conséquent essentiel d’être informés et éclairés, en toute transparence, avant de lancer des appels d’offres supplémentaires sur ces énergies. Il ne s’agit donc pas d’un big bang, malgré vos cris d’orfraie.

C’est simplement du bon sens, dans un contexte qui évolue et alors que notre consommation électrique, qu’on pensait en hausse, reste au niveau de celle des années 2000.Notre approche est responsable. (« Très bien » sur plusieurs bancs du groupe DR.) Elle ne cède rien aux démagogues qui voudraient fragiliser EDF en changeant son statut, ni à ceux qui ont introduit la sortie risquée de la France du marché européen de l’énergie. Ces ajouts dénaturent totalement ce texte, qui ne peut être voté en l’état. (Mme Alma Dufour s’exclame.)Ce n’est pas en clivant, en jetant des anathèmes, en caricaturant que nous mettrons la France sur les bons rails. (Exclamations sur plusieurs bancs du groupe EcoS.) Ce n’est pas non plus en hurlant et en sanglotant dans l’hémicycle, en mode tirade TikTokienne, déstructurée et pathétique, que nous ferons avancer la question des énergies, si cruciale pour l’avenir du pays et de la planète.

Une société de décadence, c’est une société qui substitue les moyens aux fins, disait en substance Bernanos.

Or j’ai parfois eu le sentiment que nos débats nous entraînaient dans cette décadence, tant les moyens d’atteindre les objectifs deviennent une fin en soi.Il revient désormais aux parlementaires de se hisser à la hauteur des enjeux. En responsabilité, notre groupe se prononcera à l’issue de la navette parlementaire afin de doter le pays d’une loi de programmation ambitieuse, respectueuse du pouvoir d’achat de nos concitoyens et résolument tournée vers une France souveraine et bas-carbone. (Applaudissements sur les bancs du groupe DR.)

Source : compte rendu intégral officiel de l'Assemblée nationale, capturé le 2026-09-01. Texte reproduit tel que publié par l'Assemblée, hors interventions de présidence de séance (ouverture, clôture, mise aux voix).