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Discours du 24 mars 2026

Joël Bruneau · Session ordinaire 2025 -2026 · séance n°177

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Puisque tout a été dit, s’agissant du constat, je voudrais insister sur deux points.D’abord, contrairement à ce que l’on peut entendre parfois, tous les secteurs d’activité sont touchés par notre absence de souveraineté en matière de métaux et de terres rares : les procédés industriels mais aussi les impératifs de la transition énergétique et nos tentatives de relance d’une industrie de défense encore plus performante. La difficulté des États-Unis à se procurer du tungstène pour leurs missiles Patriot ou la nécessité de disposer d’aimants pour nos éoliennes sont deux exemples, récemment relayés par la presse, qui illustrent bien cette situation.Ensuite, ce serait un moindre mal si nous n’étions dépendants qu’au niveau de la ressource mais, malheureusement, nous le sommes aussi en matière de raffinage. En France, à ma connaissance, seule l’usine Solvay à La Rochelle opère de la fabrication à partir de terres rares. À l’échelle européenne, je crois qu’il y a une autre usine en Estonie, et que c’est à peu près tout. Avoir des ressources ne suffit pas ; encore faut-il pouvoir assurer l’activité de raffinage. Si la Chine représente 90 % de la capacité de production mondiale, elle n’a sur son sol que 35 % de la ressource, ce qui montre combien le raffinage est important, tout comme le recyclage.Mais il faut que nous soyons lucides : nous devons avoir l’humilité de reconnaître que nous n’allons pas résoudre le problème du jour au lendemain. Pour créer des filières performantes et compétitives en la matière, il nous faudra un temps relativement long, d’abord pour repérer de nouveaux gisements et lancer leur exploitation, puis pour créer des structures industrielles capables de raffiner les différentes terres rares et les minerais utiles. J’entends qu’il faut miser sur une certaine sobriété et privilégier la filière recyclage, mais la création d’une telle filière sera longue, complexe et coûteuse car il faudra résoudre des problèmes logistiques assez lourds. Le recyclage ne saurait, en tout cas, répondre à lui seul aux besoins actuels, et encore moins futurs – j’y reviendrai tout à l’heure lorsque je poserai ma question au ministre.Enfin, il ne nous sera sans doute pas facile de percer dans un marché ultradominé par la Chine, dont les performances en matière de prix sont bien supérieures à ce que l’on peut prétendre mettre en œuvre à l’échelle nationale. J’ai tendance à penser qu’il n’y aura pas de solution uniquement nationale mais qu’il faudra travailler avec les autres pays européens, à la fois pour l’exploitation des gisements et le raffinage, mais aussi pour rendre ces procédés encore plus performants ou plus économes en ressources. Il faudra aussi, à l’échelle de l’Union européenne, réfléchir à l’introduction d’un certain nombre de protections – j’ose le mot – si l’on veut permettre à une filière complètement nouvelle d’émerger sur notre continent et de nous assurer durablement la souveraineté dont nous avons besoin.

Ma question fait écho à la publication récente de la troisième édition de la programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE 3). Dans le rapport que j’ai écrit avec le sénateur Patrick Chaize au nom de l’Office parlementaire d’évaluation des choix scientifiques et technologiques (Opecst) sur les impacts technologiques de l’évolution du mix énergétique et ses conséquences sur l’outil industriel et les réseaux, nous soulignons que, si nous voulons, comme le prévoit la PPE 3, augmenter la part d’électricité renouvelable, il faut reconnaître que nous aurons fortement besoin de ces fameux métaux et terres rares.D’abord, ils apparaissent dans les composants des différents modes de production d’électricité renouvelable. Les aimants des éoliennes sont ainsi tous produits en Chine ; l’envolée de la demande de métaux rares s’explique en bonne partie par la politique des pays du monde entier de création de champs d’éoliennes, notamment offshore. Il y a aussi le cas bien connu du lithium, qui sert à la construction des batteries. S’y ajoutent les composants des cellules photovoltaïques.Mais ces matériaux sont également nécessaires pour fiabiliser notre réseau. C’est tout aussi préoccupant puisque, dans ce domaine, nous n’avons aucune indépendance, ni au niveau national ni au niveau européen. Les onduleurs nécessaires à la fiabilisation des réseaux d’énergies renouvelables, qui sont intermittentes, sont, pour une très grande part, fabriqués en Chine.Que comptez-vous faire pour répondre à ces problèmes ?

Source : compte rendu intégral officiel de l'Assemblée nationale, capturé le 2026-09-01. Texte reproduit tel que publié par l'Assemblée, hors interventions de présidence de séance (ouverture, clôture, mise aux voix).