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Discours du 24 mars 2026

Joël Bruneau · Session ordinaire 2025 -2026 · séance n°178

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Les risques que les ingérences étrangères font courir à notre débat démocratique ne sont plus seulement théoriques, mais bien réels. Les analyses de Viginum indiquent que si ces manœuvres visent prioritairement les grandes élections – présidentielles, législatives et européennes –, c’est bien l’ensemble de notre cycle démocratique qui est désormais concerné. Les exemples récents doivent nous alerter. Ces dernières semaines, à l’occasion des municipales, plusieurs centaines de faux sites d’information ont ainsi été identifiés par le réseau de coordination et de protection des élections. Générés par intelligence artificielle, ils imitent l’apparence de médias régionaux bien connus pour diffuser des contenus orientés. Un tiers de ces sites, pour la plupart liés à la Russie, usurpent directement l’identité de titres de presse locaux. Un faux site, reprenant exactement l’identité visuelle officielle d’un candidat à la mairie de Paris, a prêté à ce dernier un projet fictif de transformation d’un musée en centre d’accueil pour migrants. Là encore, l’opération a pu être rattachée à une structure russe.Des soupçons se sont également portés sur des formes d’ingérence plus insidieuses, via les plateformes numériques. Le réseau social X, notamment, est suspecté de biais algorithmiques favorisant certains contenus. Nos territoires ultramarins sont particulièrement ciblés. L’Azerbaïdjan a déployé des campagnes numériques visant les mouvements indépendantistes en Nouvelle-Calédonie, à Mayotte, en Polynésie ou encore en Corse. Ces contenus, souvent relayés via des pages Facebook administrées depuis l’étranger, cherchent à remettre en cause la souveraineté française et à attiser les tensions locales. Certes, compte tenu du caractère local des dernières élections, ces publications ont rencontré un écho relativement limité. Nous aurions cependant tort de sous-estimer leur potentiel de nuisance, d’autant que l’essor de l’intelligence artificielle générative risque d’aggraver le phénomène. Cette dernière abaisse en effet considérablement le coût d’entrée de la manipulation de l’information et permet de produire désormais en quelques heures des milliers de contenus adaptés à des publics ciblés en exploitant les données personnelles – toujours avec l’apparence troublante de la réalité.Face à cela, notre réponse doit être structurée et opérationnelle. Le réseau de coordination et de protection des élections créé cette année par l’exécutif va incontestablement dans le bon sens. Il permet une coordination interministérielle et des actions concrètes, dont l’information directe des équipes de campagne visées et, quand c’est nécessaire, la dénonciation publique des opérations d’ingérence. Dans la durée, cependant, je crains que cela ne suffise pas. Nous devons aussi agir en amont.Il faut d’abord former nos concitoyens. Comme l’ont rappelé les travaux récents de nos collègues du Sénat, l’exploitation massive des données personnelles rend possible un ciblage personnalisé qui fragilise particulièrement les publics les moins avertis. Viginum a le projet de créer une académie de la lutte contre les manipulations de l’information : cette initiative doit être amplifiée afin de créer chez nos concitoyens une culture de la vigilance.Il faut ensuite soutenir nos médias locaux, dont les identités sont directement usurpées alors même que leur modèle économique est sous pression. Ils sont sur le terrain un maillon essentiel de l’information et nos concitoyens leur accordent, de ce fait, peut-être plus de crédit qu’aux autres médias. Ce n’est pas seulement la sincérité d’un scrutin qui est en jeu : c’est la confiance même dans le processus démocratique et électoral.Madame la ministre, à l’approche des prochaines grandes échéances électorales nationales et particulièrement de l’élection présidentielle, comment le gouvernement entend-il adapter nos capacités de détection, de réaction et de résilience face à des campagnes d’ingérence amplifiées par l’intelligence artificielle ?

Source : compte rendu intégral officiel de l'Assemblée nationale, capturé le 2026-09-01. Texte reproduit tel que publié par l'Assemblée, hors interventions de présidence de séance (ouverture, clôture, mise aux voix).