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Discours du 2 décembre 2025

Joëlle Mélin · Session ordinaire 2025 -2026 · séance n°75

L’élaboration du PLFSS pour 2026 – et plus encore celle du projet de loi de finances – a montré à quel point nous sommes au bout du système de construction de nos textes législatifs français. Vous, monsieur le premier ministre, et vous, mesdames et messieurs les ministres, ne cessez de clamer qu’il faut un compromis à tout prix, de dire aux députés et aux sénateurs qu’ils doivent prendre leurs responsabilités, qu’ils ont la main, tandis que vous n’avez aucune responsabilité dans ce fiasco.Pourtant, ce sont bien vos gouvernements Hollande-Macron successifs qui ont, depuis treize ans, laissé filer la dette et n’ont pas réagi alors nous dépensons tous les ans 13 milliards d’euros de plus que nous n’en engrangeons. Cette moyenne est bien connue et nous amène toujours à déplacer les plafonds d’emprunt. Cette année, c’est au tour du plafond de l’Acoss, qui a augmenté de 70 milliards d’euros depuis 2013, dont 20 milliards depuis l’année dernière. La Cades ne sera bien évidemment pas close en 2033, puisque nous l’avons encore chargée cette année, et cela à des taux de plus en plus élevés.L’article liminaire devient donc pathétique tant il ne rassure plus personne : il suffit d’écouter les agences de notations. Vos tableaux d’équilibre passés et à venir doivent subir des deltas de rattrapage importants, ce qui marque une incapacité de contrôler, non une dette, mais un surendettement auquel personne ne peut vraiment s’attaquer. Vous ne cessez de couvrir des déficits multiples par des transferts qui, entre autres, ont déjà englouti en deux ans les réserves de certains régimes spéciaux de retraite.Concernant les recettes, vous restez aveugles à la réalité. Comme l’impôt tue l’impôt, vos taxes et prélèvements finissent par saper les richesses productives, c’est-à-dire celles de demain. Il en va ainsi des jeunes entreprises innovantes, qui vont mourir dans l’?uf ou se jeter dans les bras des étrangers si elles ne sont pas aidées dès les premières années, ou du soutien fort à l’apprentissage, que l’on a pourtant délégué au privé du fait de l’incurie de notre enseignement professionnel.Cela ne vous gêne pas de diminuer les petits avantages du quotidien – je pense aux compléments de revenu comme les chèques-vacances ou cadeaux –, de prendre le risque de voir flamber durablement le montant des assurances complémentaires ou de puiser dans les plans d’épargne retraite (PER) et les plans d’épargne populaire (PEP) !Le pire, c’est que certaines dispositions rejetées par l’Assemblée nous sont revenues partiellement du fait du Sénat, qui a opéré cette année un virage à 180 degrés par rapport à ses positions de 2025. Vous êtes par ailleurs trop contents que la gauche, de manière compulsive, demande à taxer, taxer toujours plus ce qui finit par ressembler à un petit brin de laine sur un mouton.Quant à vos économies sur les dépenses, qui ciblent majoritairement la santé, elles sont aussi pathétiques. Vous fragilisez grandement les lourds plateaux techniques des radiologues, des radiothérapeutes, des vasculaires ou des officines pharmaceutiques pour quelques centaines de millions. Si on les rapporte aux 666 milliards de la sécurité sociale, on voit bien que nous sommes au bout du bout. Il est clair que, pour le cas où l’Assemblée voterait à nouveau contre ces mauvaises économies, vous avez déjà préparé vos décrets de rétablissement, je pense aux remises pharmaceutiques ou au doublement des franchises.Concernant les retraites, vous taxez du coût de l’inflation tous les retraités de France, dont la grande majorité se trouve au seuil de pauvreté, soit 60 % du salaire médian. Comme si vous aviez le droit de les rendre encore plus pauvres !Quant aux familles, la restriction du soutien de l’État à leur égard est à l’origine évidente de la baisse des naissances. Si le coût d’un enfant s’amortit dans un budget actuel de classe moyenne, celui de deux enfants nécessite des sacrifices, et celui de trois n’est même plus envisagé malgré le désir de naissances. Est-il normal que notre pays soit amené à distribuer 150 milliards d’euros d’aides et de prestations non contributives pour un ou plusieurs membres de chaque famille nombreuse, en tout cas pour les plus précaires ?Le destin de nos retraites par répartition, lui aussi, est scellé !Votre responsabilité est donc totale à court, moyen ou long terme. Pourtant, vous auriez des marges de manœuvre pour une gestion beaucoup plus efficace des comptes, à commencer par la mise en place de logiciels fiables et congruents, et de règles comptables communes à toutes les branches ; cela devient une évidence quand il s’agit de la lutte contre les fraudes de toutes sortes et de la lutte contre l’immigration. In fine, vos projections pour les années à venir sont entachées d’incertitudes graves puisque vous ne maîtrisez même plus les leviers économiques nationaux : flambée de la dette de l’État, chute vertigineuse du commerce extérieur, perte de souveraineté alimentaire, fragilité diplomatique, etc. Merci donc pour toutes vos leçons de droit fiscal ou d’économie budgétaire… Mais non merci ! Nous préférons écouter les Français et trouver des solutions de bon sens et surtout efficaces, plutôt que suivre vos propositions. (Applaudissements sur les bancs des groupes RN et UDR.)

Source : compte rendu intégral officiel de l'Assemblée nationale, capturé le 2026-09-01. Texte reproduit tel que publié par l'Assemblée, hors interventions de présidence de séance (ouverture, clôture, mise aux voix).