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vie-politique.fr

Discours du 16 décembre 2025

Joëlle Mélin · Session ordinaire 2025 -2026 · séance n°94

Nous allons nous opposer fermement au dernier vote du projet de loi de financement de la sécurité sociale pour 2026.Non que nous ignorions les incertitudes qui toucheront une année encore notre système de protection sociale et les difficultés que nous éprouvons à le financer de manière adéquate. Non que nous ignorions la détresse des entrepreneurs et de leurs salariés face à la folie des prélèvements sociaux et fiscaux de notre pays, les causes de la profonde inquiétude de nos retraités et de nos handicapés, ou encore la précarité de beaucoup de familles, en particulier les familles monoparentales. Nous n’ignorons pas davantage les difficultés de tous les soignants – salariés ou libéraux – du monde médico-social, de nos hôpitaux et de nos Ehpad, dont certains sont en train de fermer leurs portes. Bien au contraire ! Il est temps de dire « stop » à la spirale vicieuse qui, depuis plus de quarante-cinq ans, nous aspire vers le bas en broyant notre système social. Nous ne pouvons persévérer dans la sottise et l’aveuglement.Notre système, fondé sur la répartition et alimenté par la reconstruction de la France d’après-guerre, a commencé à se fissurer après le premier choc pétrolier, dont il ne s’est jamais remis faute d’une bonne stratégie. En 1996, une première tentative de sauvetage de la dette par les ordonnances Juppé n’a conduit qu’à sa cristallisation dans la Cades – Caisse d’amortissement de la dette sociale –, toujours bien vivante trente ans plus tard. (M. Emmanuel Mandon s’exclame.) Depuis, la Cades a repris 400 milliards de dette sociale, soit 13 milliards d’euros par an – la somme exacte qui nous manque chaque année à cause du déclin concomitant et inexorable de notre productivité et de nos richesses. Tous les gouvernements, de droite comme de gauche, y ont participé. Aujourd’hui, les cinq branches de la sécurité sociale ne sont financées qu’à 48 % par le travail, et bientôt, elles ne le seront qu’à 45 %. Nous avons donc totalement fiscalisé la sécurité sociale. Or, comme la gestion des comptes de l’État est elle aussi hors de contrôle, la compensation ne pourra pas avoir lieu. C’est le mur !

Vous êtes tous dans le mur ! Tous ceux qui ont initié le projet du gouvernement, tous ceux qui l’ont soutenu – le bloc central, bien sûr, les LR de l’Assemblée nationale…

…et surtout les LR du Sénat, qui, pour sauver les postes de quelques parlementaires totalement absents avant, pendant et depuis les débats, ont réécrit à l’identique la copie du gouvernement (Applaudissements sur quelques bancs des groupes RN et UDR) –…

…ou cette gauche socialiste, qui, après avoir obtenu moins de 2 % des voix à la dernière présidentielle, peut désormais mourir tranquille après son chant du cygne !En disant que vous êtes dans le mur, je parle bien sûr de votre choc frontal contre le mur de la réalité. Mais je parle aussi de l’épaisseur du mur, celle dans laquelle vous vous trouvez, et que traverse Dutilleul, le petit bonhomme gris du Passe-muraille, la nouvelle fantastique de Marcel Aymé. En effet, après avoir découvert son don pour passer les murs sans être vu, Dutilleul en profite pour faire des facéties stupides.De la même manière, nous avons assisté au spectacle rocambolesque de l’examen du PLF et du PLFSS, qui a scandalisé les Français durant deux mois. Nombre d’entre vous, en trahissant leur parole et leurs électeurs, n’ont cessé de passer d’un côté et de l’autre du mur de leurs convictions, jusqu’à l’étourdissement. Or un jour – et c’est précisément ce qui vous arrive – Dutilleul perd son don et reste à tout jamais bloqué à l’intérieur du mur. Vous y resterez tous empêtrés jusqu’à la prochaine présidentielle. (Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe RN.)

D’ici là, le Rassemblement national et Marine Le Pen, libres dans leur trajectoire politique et conscients de la situation, préfèrent voter contre votre projet de loi, afin que les Français, qui seront certes fragilisés, puissent survivre et relancer la productivité et les richesses françaises. Sans entreprises, sans employeurs, sans autoentrepreneurs, sans indépendants, sans fonctionnaires, sans agriculteurs, la France disparaît peu à peu – et vos financements avec !Il faut impérativement faire ce que vous n’avez jamais osé faire. Par exemple, pendant un an, geler tout prélèvement supplémentaire ; permettre le retour au travail des 2 millions d’actifs, jeunes et moins jeunes, qui n’ont aucune activité et n’auront aucune retraite ; couper dans les dépenses inutiles – celles qui financent les agences de l’État, les comités redondants, les caisses absentes ou des anomalies comptables avérées ; revoir la totalité de la gestion numérique de la protection sociale ; retracer tous les circuits financiers, du prélèvement à la centralisation, de la répartition entre branches jusqu’aux prestations ; verrouiller les transferts qui ne sont que des jeux de bonneteau ; recouvrer les 40 milliards d’indus non récupérés ; stopper la fraude, et, bien sûr, ne réserver les prestations nationales qu’aux étrangers qui ont bien travaillé sur notre sol. C’est urgent. En une année de respiration, nous pourrons faire le point ; après, ce sera réglé : nous serons aux affaires ! (Applaudissements sur les bancs des groupes RN et UDR.)

Source : compte rendu intégral officiel de l'Assemblée nationale, capturé le 2026-09-01. Texte reproduit tel que publié par l'Assemblée, hors interventions de présidence de séance (ouverture, clôture, mise aux voix).