Discours du 17 juillet 2024
Jordan Bardella · La nécessité d'un soutien continu de l'Union à l'Ukraine (débat)
Madame la Présidente, Mesdames, Messieurs, mes chers collègues, le 24 février 2022, nous avons assisté au retour du tragique de l’Histoire. En lançant une guerre d’agression illégale et injustifiée contre l’Ukraine, la Russie a commis une faute lourde. Elle nous a rappelé que la paix était un bien précaire sur lequel nous devons sans cesse veiller. Je le dis ici en toute clarté: nous ne pouvons pas laisser l’impérialisme russe absorber l’Ukraine. Nous ne devons pas laisser l’agresseur russe violer impunément la souveraineté territoriale de l’Ukraine et, d’un même geste insensé, menacer l’ordre international et la paix du monde.
Néanmoins, la résolution que vous proposez aujourd’hui pose problème à plusieurs titres. Nous contestons que chaque État membre doive consacrer par principe 0,5 % de son PIB par an au soutien à l’Ukraine, ce qui équivaut pour la France à 7 milliards d’euros par an. Nous ne sommes pas favorables à la livraison d’armes permettant de frapper directement le territoire russe, ni à l’entrée de l’Ukraine dans l’OTAN. Ces deux propositions nourriraient, je le crois, un risque d’escalade avec une puissance nucléaire. L’entrée de l’Ukraine dans l’Union européenne, qui est proposée par cette résolution, menacerait la pérennité de notre économie et de notre agriculture en déséquilibrant gravement la politique agricole commune. Enfin, cette résolution, qui condamne explicitement les visites diplomatiques de Viktor Orban, fragilise l’unité des Européens. On ne peut pas accuser la Hongrie, partenaire fiable de l’Alliance atlantique, de vouloir maintenir ouverts les canaux de discussion. Le président Zelensky lui-même, il y a quelques jours à peine, a souhaité la présence de dirigeants russes à un sommet pour la paix, en novembre, à Kiev. Allez-vous lui aussi le condamner?
La réponse de l’Europe face au retour de la guerre sur le continent doit être de fournir à l’Ukraine ce qu’elle nécessite pour tenir le front: du matériel de défense militaire, des munitions et des obus pour se défendre. La production militaire en Europe et de l’Europe a été trop longtemps entravée par des objectifs environnementaux ici hors de propos qui ont entamé notre base industrielle et technologique de défense. Face à la montée des antagonismes géopolitiques, la réponse globale de long terme de l’Europe, c’est de renouer avec l’autonomie stratégique en renforçant son indépendance énergétique et agricole et en autorisant la préférence européenne en matière d’achat de matériel de défense. Dans ce cadre stratégique, la France doit jouer un rôle plein en étant aux avant-postes de la construction d’une nouvelle architecture de défense à l’est de l’Europe.
Portée par son statut de puissance nucléaire présente sur tous les fronts du globe, la voix de la France restera singulière parce qu’elle est une et parce qu’elle est forte, liée par des alliances contractées au gré de son histoire. Notre nation ne devra jamais se dédier. Voici les priorités qui devraient être les nôtres en temps de guerre.
Source : compte rendu officiel du Parlement européen (API Open Data, data.europarl.europa.eu), capturé le 2026-09-01. Texte reproduit dans sa langue originale de prononciation.