Discours du 8 janvier 2026
Joséphine Missoffe · Session ordinaire 2025 -2026 · séance n°108
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La réforme de l’aide sociale à l’enfance est une exigence républicaine majeure. Elle nous oblige collectivement, parce qu’elle concerne des enfants et des jeunes pour qui la puissance publique est souvent le dernier recours. J’aimerais d’abord saluer le travail approfondi et exigeant de la commission d’enquête parlementaire sur les manquements des politiques publiques de protection de l’enfance. Son diagnostic, lucide et largement partagé, a permis de nommer des dysfonctionnements connus sur le terrain. Ce travail constitue un socle précieux pour construire des réponses concrètes et durables.Madame la ministre, vous avez clairement pris la mesure de cette exigence. Le projet de loi de refondation de la protection de l’enfance, auquel vous travaillez avec le garde des sceaux, est très attendu. Il s’inscrit dans une continuité, tout en affirmant une volonté claire, celle de transformer durablement un système aujourd’hui sous tension. Vous avez posé un principe simple et fort : l’intérêt supérieur de l’enfant avant toute chose.Le groupe Ensemble pour la République partage pleinement cette orientation, d’abord parce que la prévention doit être le socle de la réforme. Agir trop tard, c’est souvent agir dans l’urgence, et au prix de ruptures qui pourraient être évitées. Les premières années de la vie, la périnatalité et les 1 000 premiers jours sont décisifs pour sécuriser les trajectoires. À la frontière du sanitaire et du social, la protection maternelle et infantile (PMI) joue alors un rôle essentiel pour repérer les fragilités, accompagner les familles et prévenir les situations de danger.Les orientations que vous avez présentées le 6 janvier sur le soutien à la parentalité vont clairement dans ce sens. Il ne peut y avoir de protection de l’enfance efficace sans une politique d’accompagnement des parents. Soutenir la parentalité, c’est agir en amont, renforcer la sécurité affective de l’enfant et éviter que les difficultés ne s’aggravent.J’aimerais également saluer le travail engagé par la haute-commissaire à l’enfance, Sarah El Haïry, pour renforcer la cohérence et la lisibilité des politiques de l’enfance. La volonté d’inscrire le soutien à la parentalité dans la durée, de mieux coordonner les acteurs et de décloisonner les approches est un apport utile à la réforme que nous appelons de nos vœux.Cette réforme de l’ASE doit aussi garantir un suivi continu tout au long du parcours de l’enfant. Être pris en charge par la protection de l’enfance ne devrait pas constituer une succession de ruptures. La continuité des parcours, l’accès aux soins et l’accompagnement éducatif doivent être garantis partout et pour tous dans notre territoire. Le décret du 5 septembre 2025 sur les pouponnières est une avancée majeure, qui renforce l’encadrement et recentre l’accueil sur les besoins fondamentaux de l’enfant, mais cette exigence appelle un pilotage rigoureux et un contrôle effectif. La protection de l’enfance ne peut reposer uniquement sur la confiance. Elle suppose des contrôles réguliers et exigeants ainsi qu’une vigilance constante concernant les conditions d’accueil des personnes au contact des enfants. Élus de la nation, notre cap est clair : protéger les enfants, c’est aussi protéger celles et ceux qui les accompagnent.Enfin, cette réforme ne serait pas complète sans une attention particulière portée au passage à la majorité. La loi prévoit désormais un accompagnement possible jusqu’à 21 ans. C’est un progrès, mais nous savons tous qu’il est insuffisant. Le rapport d’enquête préconise d’ailleurs un accompagnement jusqu’à 25 ans. En outre, des inégalités persistent encore entre les territoires et trop de jeunes continuent de se heurter à des ruptures brutales. Le suivi doit donc se construire dans la durée, par un accompagnement progressif et effectif.Madame la ministre, cette réforme était attendue et votre engagement lui donne corps et perspective. Nous la saluons et la soutenons avec conviction. Le groupe Ensemble pour la République sera pleinement mobilisé pour qu’elle permette de réduire les inégalités territoriales, de sécuriser les parcours et de faire de la prévention une priorité durable. Protéger les enfants, ce n’est pas seulement réparer quand tout a échoué ; c’est faire le choix collectif d’une République qui tient sa promesse d’égalité dès l’enfance.
Source : compte rendu intégral officiel de l'Assemblée nationale, capturé le 2026-09-01. Texte reproduit tel que publié par l'Assemblée, hors interventions de présidence de séance (ouverture, clôture, mise aux voix).