Discours du 27 janvier 2026
Julie Delpech · Session ordinaire 2025 -2026 · séance n°128
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Nous y revoilà, à débattre des mêmes motions de censure, déposées par les mêmes groupes politiques, cosignées par les mêmes députés. L’histoire ne se répète pas, elle bégaie. Or ce bégaiement porte les noms de deux groupes que les discours semblent opposer mais que l’obsession du chaos finit toujours par réunir : La France insoumise, aidée de ses alliés écologistes et communistes, et le Rassemblement national, épaulé par les députés UDR de M. Ciotti, dont on peine encore à comprendre ce qui le différencie de Mme Le Pen. (Exclamations sur les bancs du groupe UDR.)Depuis 2022, La France insoumise et le Rassemblement national ont déposé, à eux deux, près de cinquante motions de censure. Cinquante ! Cinquante fois, ils ont demandé la chute du gouvernement. Cinquante fois, ils ont tenté d’immobiliser le Parlement. Cinquante fois, ils ont préféré le chaos au travail. (M. Emmanuel Fouquart s’exclame.) Leur stratégie est claire : lorsque le Parlement légifère, ils bloquent, lorsque le premier ministre propose une solution au blocage, ils censurent. Chers collègues, vos méthodes frôlent le comique de répétition, à la différence près que celles-ci n’ont rien de comique.Soyons clairs. Chacune de leurs motions de censure décale plusieurs heures de débat en séance, bouscule l’ordre du jour et repousse les avancées concrètes pour les Français. Au total, ces motions de censure ont englouti près de cent cinquante heures de débats parlementaires, alors que la quasi-totalité d’entre elles étaient vouées à l’échec : cent cinquante heures de débat gâchées pendant lesquelles nous n’avons pas pu débattre du pouvoir d’achat, travailler sur la santé et l’hôpital, avancer sur le logement ou réformer notre système d’éducation pour, en somme, améliorer le quotidien des Français. Ou de tout cela simultanément, comme dans le projet de loi de finances ! (MM. Hadrien Clouet, Manuel Bompard et Jean-Paul Lecoq s’exclament vivement.) En fin de compte, elles auront entraîné cent cinquante heures de vacarme et de théâtre, destinées à masquer le vide ou l’incohérence de leurs propositions. (Exclamations sur les bancs du groupe LFI-NFP.)Ne nous racontons pas d’histoires. Ces motions ne sont ni accidentelles,…
…ni exceptionnelles, ni dictées par l’urgence nationale. Elles relèvent d’une stratégie politique commune, assumée par les deux extrêmes, et consistant à faire croire que la France est ingouvernable pour mieux s’en proclamer demain les seuls sauveurs. C’est la raison pour laquelle depuis des années, La France insoumise et le Rassemblement national organisent de manière systémique l’échec de nos débats et l’instabilité de notre vie politique !
Pourquoi ce sabotage méthodique ? Parce que le chaos est leur carburant politique. Plus l’incertitude grimpe, plus ils espèrent récolter les fruits de la colère. Pourtant, dans leurs rangs, nombreux sont ceux qui aimeraient nous faire croire qu’ils sont les défenseurs du peuple. Alors, regardons leurs actes,…
…souvent plus révélateurs que les grands discours qu’ils tiennent sur les plateaux de télévision ou dans l’hémicycle. Ce week-end, M. Mélenchon affirmait par exemple : « L’absence de chaos est essentielle pour nos TPE ».
Mais quelle hypocrisie ! Alors que, chaque jour, son groupe organise sciemment le chaos de notre vie politique ! M. Mélenchon a raison sur un point. (Exclamations et quelques applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP.) Nos commerçants, nos artisans et nos entrepreneurs ont effectivement besoin de stabilité. Mais vous n’en êtes pas les garants. (Exclamations sur les bancs du groupe LFI-NFP.) Comment peut-on, le week-end, demander la sérénité pour nos entreprises et, la semaine, signer une motion de censure pour renverser le gouvernement et paralyser le budget de la nation ?
Le chaos que vous prétendez dénoncer, vous le signez ici même avec l’encre de l’irresponsabilité.
Entre les leçons du week-end et les actes du mardi, vous avez choisi : ce sera le sabotage pour tous, et tant pis pour nos TPE !
En ce qui concerne l’autre côté de l’hémicycle, il y a une heure, dans un réquisitoire électoraliste, le président Ciotti tançait le gouvernement sur le laxisme de sa politique en matière de sécurité. Et voilà qu’il s’apprête à voter une motion de censure contre le budget des ministères de l’intérieur, de la justice, de la défense et la création de 1 600 postes de policier !
Une fois de plus, ce double discours est criant d’hypocrisie et de cynisme. Quand on prétend défendre les Français, on ne bloque pas l’Assemblée nationale en usant de tous les stratagèmes du chaos. Quand on prétend défendre les Français, on ne transforme pas une arme constitutionnelle en outil de communication. Quand on prétend défendre les Français, on respecte le temps de la démocratie parlementaire. S’il est besoin de le rappeler, une motion de censure n’est pas un acte anodin mais un acte grave, exceptionnel et destiné à n’être utilisé qu’en dernier recours.
Or main dans la main une fois de plus, La France insoumise et le Rassemblement national l’ont banalisée.
Ils sont parvenus à vider de son sens un outil essentiel à notre République et à transformer un mécanisme grave en vieux réflexe pavlovien.C’est une alliance de circonstance dont le seul dénominateur commun est la passion du blocage. D’un côté, ceux qui voient dans chaque ligne budgétaire une trahison de la révolution mondiale ; de l’autre, ceux qui attendent que le pays s’effondre pour venir, pensent-ils, ramasser les débris. À force de crier à la crise, on finit par fabriquer l’instabilité qu’on prétend dénoncer et de laquelle on dit vouloir sauver la France.Le vrai clivage n’est pas entre la majorité et l’opposition, ni entre la droite et la gauche, il est entre ceux qui veulent faire fonctionner la République et ceux qui veulent la bloquer. Entre ceux qui acceptent la complexité de gouverner et ceux qui préfèrent la facilité du slogan. Il n’y a qu’à regarder le contenu des motions déposées pour comprendre qu’elles sont interchangeables, tant la prose est la même. Ce n’est pas un budget qu’il est proposé de censurer, c’est la possibilité même d’un compromis, c’est l’idée qu’au-delà de nos désaccords, la France doit continuer d’avancer. La réalité, c’est que le Rassemblement national et La France insoumise sont contre tout, tout le temps.
Pour peu qu’une idée émane du gouvernement, elle devient maudite à leurs yeux.
Les Français en ont marre et ils le disent. Ils en ont marre qu’au lieu du compromis, certains cherchent constamment à jeter la pomme de discorde au milieu de cet hémicycle, à pointer du doigt les groupes politiques qui travaillent ensemble et font le choix de l’apaisement et de la responsabilité.Nous, députés Ensemble pour la République, gardons un cap clair : assurer la stabilité de nos institutions ; permettre au Parlement de travailler ; légiférer pour améliorer le quotidien de nos concitoyens. Les Français ne nous ont pas élus pour organiser le désordre et nous concentrer sur des intérêts partisans. Ils nous ont élus pour produire des lois utiles et travailler dans leur intérêt. Chaque motion de censure inutile nous conduit un peu plus loin dans l’instabilité. Ce qui devrait être un moment de vérité n’est rien d’autre qu’une impasse.Quelle est l’alternative ? À l’extrême gauche, on veut tout dépenser sans rien produire. À l’extrême droite, on veut tout fermer sans rien construire. Ces motions de censure ne sont pas des actes politiques, elles sont une démission collective. Par refus de choisir, leurs auteurs essaient d’empêcher ceux qui ont le courage de le faire. Depuis quand cette assemblée s’est-elle donné comme boussole la chute du gouvernement, alors qu’elle devrait chercher à faire tenir notre pays ? En déposant ces motions de censure, ce n’est pas le premier ministre et le gouvernement qui sont visés, mais la stabilité de la France. Ce n’est pas le gouvernement qui est pénalisé, mais les Français qu’ils prétendent défendre. En rejetant ce budget et en faisant croire qu’une loi spéciale suffit à notre pays, ce sont nos fonctionnaires qu’ils visent, nos entreprises qui attendent de la visibilité et les retraités qui ont plus que jamais besoin de certitudes.
Entrons un instant dans le détail de ce qu’il est proposé de censurer aujourd’hui. Car derrière l’utilisation du 49.3, il y a des choix importants pour les dépenses de l’État. La seconde partie du projet de loi de finances n’est pas un simple catalogue comptable, c’est le moteur de l’État. C’est ici que se joue l’avenir de nos écoles, la modernisation de notre justice, l’équipement de nos policiers et le soutien à nos agriculteurs. Ce budget, c’est le choix de protéger les missions régaliennes. C’est la garantie que nos armées auront les moyens de nous défendre dans un monde qui, du Groenland au Venezuela, en passant par l’Ukraine, s’embrase. C’est le maintien d’un effort historique pour notre système éducatif, malgré un contexte budgétaire où chaque euro compte. C’est le financement de la transition écologique, non par des slogans, mais par des investissements concrets dans nos territoires. Le premier ministre l’a rappelé : ce texte est le fruit de trois cent cinquante heures de discussions. C’est un texte de compromis, un texte d’équilibre, un texte de raison. Mais pour les auteurs de ces motions, le compromis est une insulte et la raison, un défaut de communication. Ce budget n’est pas parfait, nous le reconnaissons tous, il n’est le texte de personne.
Mais certains dans cette assemblée ont fait le choix de l’assumer, pour qu’enfin notre pays puisse être doté d’une ligne claire.La France n’a pas besoin de vacarme permanent mais d’un débat apaisé. Elle n’a pas besoin de tribuns du fracas mais d’artisans du compromis. Elle n’a pas besoin d’une assemblée bloquée mais d’institutions efficaces. La France a besoin de stabilité, de sérieux, de crédibilité et de responsabilité. C’est pour cette raison que le groupe Ensemble pour la République ne votera pas ces motions de censure. Non par confort, non par habitude, mais parce que nous refusons de laisser l’instabilité devenir une méthode politique. Nous ne nous trompons pas de combat. Nous ne sommes pas ici pour souffler sur les braises d’une assemblée polarisée. Nous sommes ici pour doter la France d’un budget et travailler dans l’intérêt des Français. On ne bâtit rien sur le ressentiment. On ne gouverne pas avec des « non » systématiques. Pour la France, pour nos institutions, et pour le respect du travail parlementaire qui est piétiné chaque jour un peu plus, nous nous opposerons à ces vaines tentatives d’attiser le chaos.Alors oui, une fois n’est pas coutume, le Rassemblement national, La France insoumise et leurs alliés veulent, ensemble, faire tomber le gouvernement. Nous, nous voulons faire avancer le pays. Voilà, je crois, chers collègues, le véritable clivage qui nous divise aujourd’hui. (Applaudissements sur les bancs des groupes EPR, Dem et HOR.)
Source : compte rendu intégral officiel de l'Assemblée nationale, capturé le 2026-09-01. Texte reproduit tel que publié par l'Assemblée, hors interventions de présidence de séance (ouverture, clôture, mise aux voix).