Discours du 29 avril 2026
Julie Laernoes · Session ordinaire 2025-2026 · séance n°214
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Je remplace mon collègue Jean-Claude Raux. Lui et moi sommes élus dans le même département et nos deux circonscriptions concentrent l’ensemble des hôpitaux psychiatriques de Loire-Atlantique, historiquement sous-dotés. Nous avons fait de la santé mentale des jeunes un enjeu majeur, puisque l’ensemble des habitants du département est confronté à ce problème.Je remercie l’Assemblée d’avoir inscrit ce débat à son ordre du jour. Il se tient près d’un an jour pour jour après le drame survenu dans le groupe scolaire Notre-Dame-de-Toutes-Aides, dont une lycéenne a été poignardée par un camarade de classe. On le voit, les drames se succèdent et les jeunes vont mal. Deux ans après que la santé mentale a été déclarée grande cause nationale, les résultats se font encore cruellement attendre sur le terrain.Je vous parle d’enfants, d’adolescents, de jeunes adultes démunis. Les chiffres de la Fédération hospitalière de France (FHF) justifient un nouveau cri d’alarme : en cinq ans, les hospitalisations pour troubles psychiatriques ont augmenté de 49 % chez les jeunes de 20 à 24 ans et de 47 % chez les adolescents âgés de 10 à 14 ans.C’est aussi en tant que maman d’un jeune adolescent, âgé de 13 ans, que je m’exprime. Tous nos enfants sont concernés, directement ou par l’intermédiaire de leurs proches – leurs camarades peuvent faire des tentatives de suicide. Le sujet est une préoccupation pour chaque parent. S’agissant des jeunes filles, les chiffres sont encore plus inquiétants.Je vous parle d’un système de santé à bout de souffle. En 2026, 64 % des jeunes de 18 à 24 ans concernés par des problèmes de santé mentale déclarent avoir été confrontés à des délais d’attente trop longs pour obtenir un rendez-vous chez un psychiatre. Plus de la moitié d’entre eux n’ont même pas pu rencontrer un médecin.Je vous parle de familles dépassées, en souffrance. Une mère a écrit à mon collègue Jean-Claude Raux : « C’est difficile de ne pas savoir où demander de l’aide, de devoir changer de département pour accéder à un spécialiste. Parce qu’attendre un an, c’est laisser son enfant s’enfoncer. »Entendez la colère du grand frère du garçon de 15 ans mis en examen pour avoir donné des coups de couteau à un autre élève du lycée d’Ancenis-Saint-Géréon : à la suite de cet acte injustifiable, il a déclaré : « C’est lui qui tenait l’arme, mais des professionnels de santé auraient pu le désarmer avant les faits du 10 avril. »Je vous parle d’équipes pédagogiques incapables de répondre aux besoins spécifiques de certains élèves et laissées sans solution. On dénombre un médecin scolaire pour 13 000 élèves, un psychologue pour 1 500 et un infirmier pour 1 300.Depuis 2017, des coupes ont eu lieu dans les budgets de l’hôpital public, de l’éducation nationale, des départements et des services sociaux. On constate une mise en concurrence croissante des élèves et des étudiants ; une précarité croissante chez les jeunes ; une entrée dans le monde professionnel compliquée, avec un taux de chômage important, des emplois sous-qualifiés ; une perte de confiance en l’avenir, notamment à cause du contexte géopolitique et du dérèglement climatique.« Qui aurait pu prédire ? »Il y a deux semaines, madame la ministre, Jean-Claude Raux vous a interrogée sur la santé mentale des jeunes. Vous lui avez répondu que les moyens budgétaires avaient augmenté, que des postes avaient été créés et qu’un délégué interministériel allait être nommé. Dans notre territoire, il est vrai que des infirmiers et des psychologues ont été recrutés dans les CMP ces cinq dernières années, mais ces postes demeurent insuffisants au regard des besoins. En dix ans, la France a perdu un tiers de ses effectifs psychiatriques. Le retard à rattraper est immense ! Je rappelle qu’en Loire-Atlantique, on compte quatorze lits en pédopsychiatrie pour 100 000 enfants. D’autre part, les besoins matériels ne sont pas pris en compte. De nouveaux professionnels arrivent et ne peuvent pas travailler correctement, faute d’un bureau ou d’un téléphone – c’est le cas à Blain ou à Châteaubriant. Enfin, les recrutements ignorent la pluridisciplinarité, indispensable à la prise en charge en psychiatrie infanto-juvénile.Venons-en à l’avenir : trop peu d’étudiants choisissent la pédopsychiatrie. Sans mesure forte pour encadrer la répartition de nouveaux spécialistes en psychiatrie, sans véritable plan de recrutement et de formation de pédopsychiatres, à quoi devons-nous nous attendre dans les prochaines années ? Alors que les besoins augmentent, le nombre de professionnels diminue.Depuis l’adoption de la feuille de route de la santé mentale et de la psychiatrie, en 2018, le décalage entre l’offre de soins et les besoins ne s’est pas résorbé. Au contraire, il s’est aggravé. Une incohérence majeure saute aux yeux : la prévention est logiquement affichée comme une priorité – 63 à 75 % des troubles psychiatriques apparaissent avant 25 ans –, mais dans le même temps, les institutions qui en sont le socle, la protection maternelle et infantile (PMI) et la médecine scolaire, sont laissées à l’abandon.Il y a deux semaines, vous déclariez vouloir vous appuyer sur les professionnels de terrain. Encore faut-il que les territoires en soient dotés !Aujourd’hui, la prise en charge est centralisée dans les zones urbaines. Les maisons des adolescents, qui permettent une approche territorialisée, nous alertent après l’annonce d’une éventuelle annulation ou diminution de leur financement, en contradiction avec les besoins et les engagements.Je rappelle aussi qu’aujourd’hui, ce sont les parents d’élèves qui créent des associations pour trouver les fonds nécessaires à un meilleur accompagnement. Les collectivités territoriales sont également concernées : lorsqu’il s’agit de santé mentale, on ne peut pas faire abstraction de la question des déserts médicaux.Comptez-vous construire une stratégie globale de prévention et d’accompagnement en consultant les jeunes eux-mêmes, les associations qui comblent chaque jour les carences de l’État dans les territoires, les familles et les soignants ?
Source : compte rendu intégral officiel de l'Assemblée nationale, capturé le 2026-09-01. Texte reproduit tel que publié par l'Assemblée, hors interventions de présidence de séance (ouverture, clôture, mise aux voix).