Discours du 27 mai 2026
Julien Brugerolles · Session ordinaire 2025-2026 · séance n°248
Le lecteur officiel de l'Assemblée peut afficher son propre bandeau de cookies à l'ouverture — c'est le portail de l'Assemblée qui l'affiche, pas ce site ; fermez-le pour voir la vidéo.
Bien que nous soyons systématiquement opposés aux ordonnances, ce n’est pas le fond de notre opposition à cet article. Nous nous opposons avant tout au glissement qui conduit à petits pas l’agriculture française vers un ajustement structurel aux modèles très intenses en capital qu’on peut rencontrer dans certains pays voisins. En effet, favoriser le développement de grandes structures – je n’aime pas l’expression d’agriculture industrielle, car les structures agricoles, même les plus grandes, diffèrent beaucoup les unes des autres, notamment du point de vue de la taille ou du nombre d’animaux –, très capitalistiques, revient, selon nous, à accroître la pression sur la structure agricole elle-même, sur le marché et sur les prix d’achat, donc à mettre en difficulté nos exploitations familiales et leur modèle. Plus on va dans cette direction, plus on accélère la spécialisation agricole, alors qu’un des enjeux fondamentaux pour garantir une agriculture durable est précisément de déspécialiser nos exploitations agricoles, par exemple, en revenant à la polyculture-élevage au sein de petites exploitations dans certains territoires. Tel est le modèle agricole qui répond à l’enjeu alimentaire français de manière durable. Je crois que l’on promeut l’évolution inverse en assouplissant les règles d’installation de très grandes structures.Quant à l’enjeu du renouvellement qu’a abordé notre collègue Benoit, plus les structures seront grandes, moins elles seront transmissibles et moins nous installerons de jeunes agriculteurs.
Je suis moi aussi obligé de relever que les deux exemples que vous avez cités, madame la ministre, ne sont absolument pas concernés par les mesures prévues à l’article 17. (MM. Gabriel Amard, Iñaki Echaniz et René Pilato applaudissent.)
En tout cas, le débat que nous avons sur cet article et sur ces amendements de suppression est fondamental : il concerne l’orientation de notre politique agricole, notamment de notre politique en faveur de l’élevage. Au cours des dix années qui viennent de s’écouler, nous avons perdu un quart de nos exploitations agricoles, qui sont désormais au nombre de 350 000. Quel doit être le cœur de notre politique agricole, notamment de notre politique en faveur de l’élevage ? Doit-on poursuivre cette trajectoire ou bien y mettre fin ? Faut-il mener une politique très volontariste favorisant l’installation d’élevages dans des exploitations familiales qui dégagent de la valeur ajoutée et rémunèrent correctement les producteurs ou faut-il au contraire faciliter, y compris sur le plan environnemental, le développement de très grandes structures agricoles, très capitalistiques, qui seront demain intransmissibles ?
Tel est, selon moi, le débat de fond.
Source : compte rendu intégral officiel de l'Assemblée nationale, capturé le 2026-09-01. Texte reproduit tel que publié par l'Assemblée, hors interventions de présidence de séance (ouverture, clôture, mise aux voix).