Discours du 11 février 2026
Julien Dive · Session ordinaire 2025 -2026 · séance n°145
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« La loi Duplomb te vaudra une balle. » « Je te souhaite d’être attrapé par les pieds et de te plonger dans un bain de pesticides. » « J’espère, sale raclure, que toi et tes gosses vous allez choper un cancer et en crever. » « Tu ne mérites pas de vivre, les députés comme toi sont des cibles légitimes. » Voilà le genre de mails que j’ai reçus par milliers…
…et qui résument la folie haineuse dans laquelle le débat a sombré l’été dernier. (Applaudissements sur les bancs des groupes DR et EPR.) Et je ne suis pas un cas isolé.
Comment en est-on arrivé là ?
Et surtout, qui porte la responsabilité de cette dérive violente ? Dès le départ, certains ont diabolisé ce texte, n’hésitant pas à agiter les peurs les plus viscérales.
Quand on attise les peurs et qu’on désigne des coupables, on fabrique mécaniquement la violence. Je m’adresse ici à La France insoumise et aux écologistes : vous qui vous érigez en donneurs de leçons humanistes, mesurez-vous le climat de haine que vos outrances ont nourri ? (Exclamations sur les bancs des groupes LFI-NFP et EcoS.)
Vous avez désigné des boucs émissaires en laissant croire qu’ils condamnaient des enfants à mort.
Ce débat est devenu fou. Il a échappé à la raison pour verser dans l’appel à la vindicte. Et pour cela, vous portez une lourde part de responsabilité.
Vous avez aussi cherché à paralyser le Parlement. Souvenez-vous de ce qui s’est passé ici même : en juillet dernier, nous avons dû faire face à une obstruction sans précédent, avec plus de 3 500 amendements destinés à empêcher tout débat serein. Et après, vous vous offusquez pour 500 amendements déposés sur vos textes ?Face à cette stratégie du chaos, en tant que rapporteur, j’ai déposé une motion de rejet préalable pour court-circuiter ce sabotage organisé et aboutir à un vote avant la fin de la session.
Sans cela, il n’y aurait pas eu de loi. On m’a reproché cette procédure en parlant de déni de démocratie.
Je rappelle deux faits simples. La motion de rejet préalable est une procédure prévue par notre règlement, que l’opposition elle-même utilise régulièrement.
Le Conseil constitutionnel a jugé la procédure d’adoption de cette loi parfaitement conforme à la Constitution.J’en viens au fond, car le cœur du problème est là. Qui, parmi nos virulents contradicteurs, a lu l’intégralité de cette loi ?
Depuis le début, on ne la regarde qu’à travers le prisme de l’acétamipride, en occultant tout le reste. Or ce texte contient des avancées que nul écologiste honnête ne devrait nier. Par exemple, il crée un cadre réglementaire pour la technique de l’insecte stérile, une méthode de lutte biologique innovante contre les insectes ravageurs. N’est-ce pas précisément le genre d’innovation écologique que nous appelions de nos vœux ?
Qui en parle aujourd’hui parmi les signataires de la pétition ? Personne, alors que c’est une alternative concrète pour réduire l’usage des pesticides.Autre mesure passée sous silence, l’interdiction, dès le 1er janvier 2026, de produire, stocker ou distribuer en France des pesticides interdits par l’Union européenne. Cette disposition de cohérence, étrangement, disparaît systématiquement des critiques adressées à ce texte. Bref, toutes ces avancées utiles ont été éclipsées car on a réduit tout un texte à un seul de ses volets, en refusant de voir qu’il comportait aussi d’autres progrès.Concernant l’acétamipride, remettons les pendules à l’heure. Contrairement à ce qui a été martelé, j’ai veillé dès le départ à encadrer strictement toute éventuelle dérogation sur cette molécule.
J’avais déposé en commission des affaires économiques un amendement à l’article 2 qui limitait très fortement la portée de la dérogation : celle-ci n’était consentie que pour une durée très courte et soumise à un contrôle scientifique et des conditions drastiques d’usage. Cette version restrictive avait été adoptée en commission des affaires économiques avant d’être évincée par le Sénat. Je le regrette sincèrement, car en adoptant cette voie de l’équilibre, nous aurions économisé quelques mois. Ironie du sort, c’est exactement ce cadre strict que le Conseil constitutionnel a exigé dans sa décision du 7 août.Le contexte agricole mérite que l’on se batte pour conjuguer souveraineté alimentaire et exigence environnementale au lieu de monter les Français les uns contre les autres. Surtout, ces questions techniques sur les substances phytosanitaires doivent être tranchées par la science et non par les fantasmes. C’est le choix qu’a fait l’Europe : confier l’évaluation des pesticides à des agences indépendantes qui scrutent les données toxicologiques, qui pondèrent risques et bénéfices et qui autorisent ou non les molécules en connaissance de cause. (Mme Sandra Marsaud applaudit.)Laissons la science faire son travail. Si l’Efsa estime que l’acétamipride est trop dangereux, il sera banni partout et définitivement, et nous nous conformerons à cette décision.
En revanche, si des solutions temporaires peuvent être tolérées pour sauver nos filières en difficulté, comme la noisette ou la cerise, sans compromis majeur sur la santé ou l’environnement, sachons l’entendre aussi. Arrêtons de hurler à la mort et examinons posément, cas par cas, ce qui est acceptable ou non. C’est ainsi qu’on construit des politiques publiques équilibrées – il faut raison garder.Nous partageons tous ici l’objectif d’une agriculture durable, compétitive et respectueuse de la santé,…
…à part quelques-uns qui, je cite, « n’en ont rien à péter ». (Mme Sandra Marsaud et Mme Frédérique Meunier applaudissent. – Exclamations sur les bancs du groupe LFI-NFP.)Personne, dans cet hémicycle, ne se réjouit d’utiliser des produits chimiques. Les agriculteurs eux-mêmes y aspirent de moins en moins. Mais notre devoir de législateur est d’accompagner la transition agroécologique sans démagogie, en soutenant l’innovation, en protégeant nos agriculteurs contre la concurrence déloyale et en s’appuyant sur les conclusions de la science.Ce que je réclame, c’est un débat adulte, où l’on peut ne pas être d’accord, bien sûr, mais sans se traiter d’empoisonneurs ou de monstres. (Plusieurs députés du groupe LFI-NFP désignent la pendule.)
Un débat où l’on peut s’opposer sans recevoir en retour le souhait de voir nos enfants mourir. (Applaudissements sur les bancs du groupe DR.)
Source : compte rendu intégral officiel de l'Assemblée nationale, capturé le 2026-09-01. Texte reproduit tel que publié par l'Assemblée, hors interventions de présidence de séance (ouverture, clôture, mise aux voix).