Discours du 19 mai 2026
Julien Dive · Session ordinaire 2025-2026 · séance n°236
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Il y a un an, presque jour pour jour, j’étais à cette même tribune – mais je vous rassure immédiatement : non, je ne compte pas déposer de motion de rejet préalable !Si j’apporte cette précision avec un sourire, c’est parce qu’à l’époque le contexte était tout autre et, disons-le franchement, bien plus amer. La proposition de loi Duplomb comptait huit articles et près de 4 500 amendements avaient été déposés, dans une logique qui ne relevait plus vraiment du débat parlementaire. Aujourd’hui, nous examinons vingt-sept articles, avec un volume d’amendements moitié moindre.Je me réjouis donc de voir enfin un texte agricole examiné dans des conditions sérieuses ; avec des désaccords, bien sûr, avec parfois même des oppositions profondes, mais aussi avec une volonté réelle de travailler. Il faut savoir confronter nos visions et accepter des amendements venus de différents bancs pour trouver des points d’équilibre. Tel est mon credo et je n’y dérogerai pas.C’est aussi pour cela que j’ai peu goûté la lettre adressée, le 7 mai, aux agriculteurs par M. le premier ministre. S’il est évidemment libre de s’exprimer sur ce texte, il ne lui appartient pas de dicter au Parlement les sujets dont il faudrait débattre et ceux qu’il conviendrait d’éviter. Pour le paraphraser : « Le gouvernement propose, nous débattons et les députés votent ».Au fond, cette lettre révèle surtout un malaise politique : elle contourne soigneusement le sujet qui concentre toutes les tensions, à savoir les distorsions de concurrence liées à l’utilisation de produits phytosanitaires. Eh bien, moi, je vais en parler ! Je ne me suis jamais dérobé à cette question, surtout lorsqu’il s’est agi de défendre les agriculteurs français, en particulier les producteurs de noisettes, les betteraviers et les producteurs de pommes et de cerises.L’année dernière, déjà, j’avais pris mes responsabilités sur ce sujet. Alors, je pose une question simple au premier ministre : êtes-vous prêt, oui ou non, à inscrire rapidement la seconde version de la proposition de loi sénatoriale à l’ordre du jour parlementaire, afin de traiter clairement ces distorsions de concurrence franco-françaises ?
Parce qu’à ce stade, nous avons surtout entendu des consignes sur la manière dont le Parlement devrait débattre mais beaucoup moins de propos indiquant une ligne claire sur le fond.Je veux aussi m’adresser à certains collègues du Rassemblement national, qui relaient le sujet avec beaucoup d’emphase médiatique mais souvent moins de rigueur dans la lecture des textes. (Mme Hélène Laporte s’exclame.) En commission des affaires économiques, chacun a pu constater que vous aviez surtout cherché à ramener systématiquement le débat à l’acétamipride, y compris lorsque l’article examiné n’avait aucun lien avec le sujet. Il faut savoir respecter l’objet des débats parlementaires.Je n’accepte pas les leçons de courage politique de ceux qui instrumentalisent aujourd’hui un sujet sur lequel ils n’ont, pendant longtemps, pris aucun risque. Personnellement, je n’ai jamais attendu qu’un sujet devienne électoralement rentable pour défendre les agriculteurs français ! (Mme Hélène Laporte s’exclame.)Notre responsabilité est de produire du droit utile à une agriculture fragilisée par les distorsions de concurrence, l’instabilité réglementaire et le décrochage de certaines filières. Tel est précisément l’objectif des articles dont j’ai la responsabilité.Les articles 1er à 4 traduisent une même ambition : reconquérir notre souveraineté alimentaire. Cela passe par des projets d’avenir agricole dans les territoires, par la lutte contre les distorsions de concurrence liées aux substances interdites dans l’Union européenne, par le renforcement des contrôles sanitaires et par une préférence européenne – donc française – dans la restauration collective. Je le redis : en supprimant la notion de « risque sérieux » à l’article 2, les deux extrémités de l’hémicycle ont pris le risque de fragiliser juridiquement le dispositif au point de le rendre inapplicable.Les articles 15 à 17 répondent, quant à eux, à d’autres urgences : celle de l’accélération des crises sanitaires et du décrochage de notre élevage. Ils renforcent nos outils sanitaires et simplifient un cadre administratif devenu excessivement lourd pour les exploitations agricoles – je parle du régime des installations classées pour la protection de l’environnement (ICPE).Finalement, ce texte vise à remettre la puissance publique au service de la production agricole française. Il assume le fait qu’il n’y aura ni souveraineté alimentaire, ni transition écologique crédible, ni vitalité de nos territoires sans agriculteurs capables de produire, d’investir et de transmettre. Ce que nous essayons de faire, à travers lui, c’est d’apporter des réponses concrètes, sans doute imparfaites, mais ancrées dans les réalités vécues par les filières agricoles.En commission des affaires économiques, nous avons d’ailleurs travaillé dans cet état d’esprit – je veux ici saluer le travail mené avec mon collègue Jean-René Cazeneuve et l’ensemble des députés qui se sont intéressés à ces questions : plus d’une trentaine d’heures d’auditions, une quarantaine d’acteurs entendus et une volonté commune de faire progresser le texte dans le respect des positions de chacun.Cet état d’esprit devra être préservé en séance publique. Je suis convaincu que si nous conservons une exigence de sérieux, nous sortirons de ce débat parlementaire avec un texte plus solide qu’il ne l’était à son arrivée dans l’hémicycle.Comme l’a souligné Mme la ministre de l’agriculture, ce projet de loi comporte des mesures concrètes, précises, demandées par les agriculteurs.
Il nous appartient désormais d’en être collectivement dignes. C’est pourquoi je demande à chacun d’entre nous de dépasser les postures, de regarder lucidement l’état de notre agriculture et d’apporter sa pierre à cette ambition collective. Cette responsabilité nous oblige. (Applaudissements sur les bancs du groupe DR, sur quelques bancs des groupes EPR et Dem ainsi que sur les bancs des commissions.)
Source : compte rendu intégral officiel de l'Assemblée nationale, capturé le 2026-09-01. Texte reproduit tel que publié par l'Assemblée, hors interventions de présidence de séance (ouverture, clôture, mise aux voix).