Discours du 15 janvier 2025
Julien Gokel · Session ordinaire 2024-2025 · séance n°68
L’élection de Donald Trump nous confronte à l’urgence de réduire nos dépendances. On peut la percevoir comme une menace mais elle doit surtout servir de signal d’alarme : il est impératif de renforcer l’autonomie stratégique de notre continent. Si nous voyons le verre à moitié vide, cette élection n’est peut-être pas une bonne nouvelle pour notre continent, pour l’état de nos relations commerciales, pour l’avenir de l’Otan mais aussi pour la paix en Ukraine ou tout simplement pour la planète. Mais si nous voulons bien voir le verre à moitié plein, cette élection nous oblige. L’Union européenne n’est jamais aussi efficace que lorsqu’elle est au pied du mur. Ces dernières années, nous en avons eu la preuve, lorsque nous avons su mettre de côté nos divisions pour faire bloc face à la pandémie du covid-19 ou pour soutenir l’Ukraine après l’invasion russe. Que ce soit en matière commerciale, de défense ou de transition écologique, l’élection de Donald Trump doit nous pousser à renforcer notre indépendance – je pense que vous l’avez saisi, monsieur le ministre. Si nous n’allons pas dans ce sens, nous continuerons tous les quatre ans à observer les élections américaines comme si l’avenir du monde et plus particulièrement de notre continent se jouait à quelques milliers de voix dans l’un des swing states . Par comparaison avec la première élection de Donald Trump en 2016, à laquelle personne n’a jamais voulu croire, nos dirigeants européens semblent aujourd’hui s’être mieux préparés à cette nouvelle élection. Avant d’entrer dans le détail des conséquences du retour de Trump sur notre économie, pouvez-vous nous dire comment la France, nos services et nos diplomates ont préparé notre pays à cette élection et anticipé les conséquences que nous pouvons imaginer ?
Sur le plan commercial, Donald Trump ne s’est jamais caché de vouloir réduire le déficit des États-Unis, voire de rendre leur balance commerciale excédentaire. Il souhaite favoriser les industries de son pays et nous, protéger bien évidemment les nôtres. Rien de plus normal. Mais force est de constater que nous n’avons pas les mêmes armes ni les mêmes contraintes, et que nous n’agissons pas forcément dans la même temporalité. Il est probable que l’administration Trump impose rapidement une hausse de 10 % à 20 % des droits de douane, ce qui aura de lourdes conséquences pour nos industries, notamment sidérurgiques, chimiques et aéronautiques. Quelle réponse pouvons-nous apporter au niveau européen ? L’Union peut surtaxer des produits d’importation, prendre des mesures de sauvegarde ou des mesures antidumping, et nous attendons beaucoup du mécanisme d’ajustement carbone aux frontières, le MACF, essentiel notamment pour protéger l’acier français. Mais les processus que je viens d’évoquer sont complexes et plus longs à mettre en œuvre qu’aux États-Unis. C’est une de nos contraintes. Nous devons agir plus vite et plus efficacement. Comment la France compte-t-elle donc dialoguer avec ses partenaires pour instaurer des mesures de réciprocité plus efficaces ? S’agissant de la question cruciale de l’énergie, Trump devrait à nouveau s’affranchir de l’accord de Paris sur le climat – ce ne sera malheureusement pas une surprise –, misant sur le pétrole et le gaz pour renforcer la compétitivité des industries américaines. L’Europe, sur ce point, doit montrer l’exemple, mais comment concilier objectifs climatiques et compétitivité ? Voilà un vrai sujet. Les défis de la décarbonation sont immenses, je le vois bien dans mon territoire, le Dunkerquois, où l’on a tout de même la chance de pouvoir s’appuyer sur deux nouveaux projets de réacteur de type EPR, donc sur une énergie sûre, décarbonée et abordable pour soutenir le renouveau et la transition industriels. Mais comment inciter davantage l’Europe à mener une politique énergétique commune plus ambitieuse et plus compétitive, incluant le nucléaire et le renouvelable en complémentarité ? Je souligne que la question du prix de l’électricité est cruciale pour maintenir notre compétitivité, notre attractivité, nos emplois et notre souveraineté, c’est-à-dire pour produire nos propres richesses. Or nous, Européens, ne sommes pas attractifs à l’heure actuelle. Face à la concurrence agressive des États-Unis qui produisent une énergie à bas coût, l’Europe doit être au rendez-vous. Monsieur le ministre, quels leviers comptez-vous activer pour que nous passions d’une ambition déclarative à une véritable stratégie commune, à la hauteur des défis du XXI e siècle, sachant que la nouvelle donne internationale exige que nous défendions nos intérêts européens avec plus d’ambition et de fermeté ?
Source : compte rendu intégral officiel de l'Assemblée nationale, capturé le 2026-09-01. Texte reproduit tel que publié par l'Assemblée, hors interventions de présidence de séance (ouverture, clôture, mise aux voix).