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Discours du 6 janvier 2026

Julien Gokel · Session ordinaire 2025 -2026 · séance n°102

La filière automobile n’est pas une industrie comme les autres : elle est l’un des piliers de notre appareil productif, de notre souveraineté et du développement économique de nos territoires.Comme vous le savez, le Nord de la France a joué, et joue encore, un rôle central dans cette histoire industrielle. Des usines d’assemblage aux équipementiers, des fonderies aux sites de sous-traitance, des générations entières de salariés ont fait des Hauts-de-France un territoire automobile majeur, profondément structuré par cette industrie. Mais parler aujourd’hui de la défense de la filière automobile française, c’est nécessairement parler de l’automobile électrique et plus particulièrement du Dunkerquois, puisque celui-ci est au cœur de cette transformation historique. Récemment, l’Union européenne a décidé d’introduire des flexibilités dans le processus de sortie du moteur thermique en 2035. Cette décision intervient dans un contexte économique international tendu, et au regard de la crise que traverse actuellement le marché de l’automobile, nous pouvons en comprendre la logique à court terme. Mais ces flexibilités ne doivent en aucun cas s’avérer le signe d’un recul, ni remettre en cause la trajectoire engagée sur notre territoire. Car dans le Nord, les investissements sont massifs, structurants et tournés vers l’avenir : je pense à l’entreprise française Verkor, dont l’usine a récemment été inaugurée, une étape décisive pour la souveraineté européenne des batteries, ou encore au géant taïwanais ProLogium, qui a fait le choix stratégique de Dunkerque pour implanter une gigafactory de batteries de nouvelle génération. À travers ces projets se créent des emplois, des savoir-faire et une capacité industrielle pour faire de la France et de l’Europe le moteur de la décarbonation de l’automobile.Les décisions prises au niveau européen ne doivent pas fragiliser cette dynamique. Au contraire, elles doivent s’accompagner de contreparties fortes pour le marché de l’automobile électrique. Nous avons donc besoin de clauses de contenu local pour les véhicules électriques, qu’il s’agisse des batteries, bien sûr, mais aussi des moteurs, de l’électronique ou des matériaux stratégiques. Sinon, nous subventionnerons la demande européenne avec notre argent public, mais au profit des industriels asiatiques et au détriment de notre industrie et de nos emplois. En ralentissant la transition vers l’électrique, on risque surtout de prendre du retard, alors que la voiture électrique représente clairement le futur de l’automobile mondiale. Le débat n’est pas de savoir si des véhicules électriques seront produits – car ils le seront nécessairement –, mais où et par qui. À cet égard, le surbonus pour l’achat de véhicules européens est une bonne nouvelle. Il va dans le bon sens, mais ne peut être qu’une première étape.Comment aller plus loin ? Comment instaurer une véritable préférence française et européenne assumée, cohérente et efficace ? Quelles mesures le gouvernement entend-il prendre pour basculer l’ensemble des flottes professionnelles vers l’électrique ? Je pense notamment aux flottes des grandes entreprises, mais aussi à celles des administrations et des collectivités, qui doivent montrer l’exemple. C’est un levier structurant, capable de créer des volumes, de sécuriser l’investissement industriel et de faire baisser les coûts. Comment relancer la production d’un petit véhicule électrique populaire et abordable, l’équivalent moderne de ce que nous avons pu connaître à l’époque de la 4L ou de la 205, ces voitures mythiques, robustes et accessibles qui ont motorisé le pays et structuré notre industrie, notamment dans les territoires populaires ? Enfin, comment lever les freins psychologiques encore très forts chez les particuliers du fait du prix, de la question de l’autonomie et de la recharge, mais aussi de la peur du changement ?Pour conclure, je veux seulement rappeler un point essentiel : la transition écologique ne réussira que si elle est industrielle ; elle doit préserver nos emplois, valoriser nos savoir-faire et renforcer notre souveraineté. Que ce soit dans le Dunkerquois, dans le Nord ou dans les Hauts-de-France, nous sommes prêts à être les moteurs de cette grande transition vers l’électrique, mais il faut que la France et l’Europe soient pleinement au rendez-vous.

Source : compte rendu intégral officiel de l'Assemblée nationale, capturé le 2026-09-01. Texte reproduit tel que publié par l'Assemblée, hors interventions de présidence de séance (ouverture, clôture, mise aux voix).