Discours du 3 février 2026
Julien Gokel · Session ordinaire 2025 -2026 · séance n°137
L’amiante n’est pas un scandale du passé, c’est une faillite qui est encore et malheureusement d’actualité. Dans le Nord, territoire industriel et ouvrier, nous en avons payé le prix. Des familles entières ont été frappées, des vies brisées, souvent des années après l’exposition, dans le silence et, parfois, l’indifférence. Ce drame, nous le connaissons. Nous savons ce qu’il en coûte humainement quand l’État, les employeurs ou les contrôles font défaut. Dans de nombreuses communes du Dunkerquois, comme à Cappelle-la-Grande, les conséquences de l’amiante se lisent encore dans les parcours de vie.L’amiante est interdit depuis 1997 et pourtant des expositions continuent de se produire. Il y a quelques semaines seulement, l’inspection du travail a rendu un rapport accablant : près de 400 salariés ont été exposés à l’amiante sur le site d’ArcelorMittal Dunkerque Grande-Synthe lors d’opérations de réparation d’un haut-fourneau. Les faits sont effarants : aucune mesure de prévention spécifique n’a été prise alors même que le risque était connu ; une centaine de salariés d’entreprises sous-traitantes ont été exposés directement ; plus de 300 salariés l’ont été indirectement. Au cœur de tout cela, des défaillances graves dans la coordination entre les entreprises. C’est inacceptable ! Face à une telle situation, je vous le dis clairement, les travailleurs et leurs familles ont besoin de garanties : sur l’analyse complète de ce qui s’est passé, sur le respect des obligations légales et, surtout, sur un suivi médical renforcé et de long terme pour toutes les personnes concernées.Ce qui se passe dans le Dunkerquois n’est malheureusement pas un cas isolé. À Fos-sur-Mer, le refus de classer le site comme « site amianté », malgré la mise en examen d’ArcelorMittal pour mise en danger de la vie d’autrui, pose une question simple : prenons-nous réellement la mesure du risque amiante ou continuons-nous de regarder ailleurs ?Madame la ministre de la santé, l’amiante n’est pas un accident du passé, c’est un danger toujours bien réel. Ma question est donc simple : qu’allez-vous faire concrètement pour que la prévention du risque amiante soit enfin à la hauteur, pour que les contrôles soient effectifs, pour que la santé des travailleurs passe avant toute autre considération et pour que plus jamais nos territoires n’aient à payer un tel prix humain ?
Je vous remercie pour votre réponse claire quant à l’intention du gouvernement, mais je veux insister sur un point essentiel : ce que les salariés d’ArcelorMittal attendent aujourd’hui, ce sont des garanties concrètes pour leur santé et pour leur avenir. Ils ne doivent pas être les oubliés de cette affaire.Je veux saluer le travail absolument remarquable des associations locales, en particulier celui de l’Ardeva, l’Assocation régionale de défense des victimes de l’amiante du Nord-Pas-de-Calais, ainsi que l’engagement de son président, Pierre Pluta. Sur le terrain, les associations jouent un rôle irremplaçable d’information, d’accompagnement et de soutien des victimes. Grâce à leur action et avec le concours de l’inspection du travail, près d’une quarantaine de salariés de sous-traitants ont pu être accompagnés dans leurs démarches. C’est un travail essentiel, humain, que l’État doit reconnaître et soutenir. Les services de l’État doivent travailler main dans la main avec les associations. Elles sont des partenaires de fait dans la prévention, dans l’accès aux droits et dans la reconnaissance des victimes.Enfin, nous ne pourrons pas éternellement contourner la question de la justice. L’amiante nous oblige à repenser notre droit. Il faudra bien un jour avancer vers l’imprescriptibilité de ces faits et vers la création d’une juridiction pénale spécialisée, dédiée aux catastrophes sanitaires, afin d’adapter la prescription pénale à la gravité et à la durée des effets subis par les victimes. C’est une exigence de justice, de dignité et de respect pour celles et ceux qui ont payé et continuent de payer le prix de ce scandale.
Source : compte rendu intégral officiel de l'Assemblée nationale, capturé le 2026-09-01. Texte reproduit tel que publié par l'Assemblée, hors interventions de présidence de séance (ouverture, clôture, mise aux voix).