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Discours du 24 juin 2026

Julien Guibert · Session ordinaire 2025-2026 · séance n°282

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Nous arrivons aujourd’hui au terme de l’examen d’un texte qui répond à une préoccupation légitime : celle des conséquences environnementales, économiques et sociales de l’industrie textile. Soyons clairs : le groupe Rassemblement national votera ce texte. Nous le voterons parce qu’il constitue un premier pas utile. Mais nous le voterons aussi avec lucidité. Il est essentiel de rappeler ce dont nous parlons aujourd’hui : ce texte ne vise pas l’ensemble du secteur de l’habillement ni les enseignes qui emploient des milliers de salariés dans notre pays et participent à la vie économique de nos territoires.Il vise l’ ultrafast fashion. Cette forme de commerce pousse à l’extrême les dérives de la mondialisation dérégulée : renouvellement permanent des collections, importation massive de produits à très bas coûts, multiplication des références, concurrence déloyale envers nos entreprises. Pour le Rassemblement national, cette distinction est fondamentale : l’écologie ne doit jamais devenir le prétexte d’une nouvelle pénalisation de nos commerces ou d’une nouvelle atteinte au pouvoir d’achat des Français.Mais ne nous trompons ni de diagnostic ni de responsables. L’ ultrafast fashion n’est pas apparue par hasard. Si elle connaît un tel succès, c’est aussi parce que le pouvoir d’achat de millions de Français s’érode année après année. Lorsque les fins de mois deviennent plus difficiles, lorsque l’inflation réduit toujours davantage le budget des ménages, beaucoup de nos compatriotes se tournent vers les produits les moins chers disponibles. Le succès de ce mode de consommation est donc aussi le résultat de l’appauvrissement progressif des Français.À force de faire reculer leur niveau de vie, le gouvernement a créé les conditions du développement de ce modèle. Il faut arrêter de pleurer les conséquences de politiques dont on a chéri les causes. Le gouvernement doit assumer sa responsabilité, pleine et entière, sans se dédouaner sur les consommateurs. Mais, une fois ce constat posé, comment un tel modèle peut-il prospérer ?C’est précisément ce que permettent les failles de notre système de contrôle des importations. Dans le cadre de la mission d’information menée par notre assemblée, nous avons pu mesurer l’ampleur réelle du phénomène. La question centrale n’est pas seulement celle du volume des importations, elle est celle de notre capacité à exercer un contrôle réel sur les marchandises qui arrivent sur le territoire européen.Or les chiffres sont édifiants. Selon les données de la Commission européenne, le taux de contrôle effectif des produits importés dans l’Union européenne ne s’élève qu’à 0,008 %. Autrement dit, l’immense majorité des produits entrant sur notre marché ne fait l’objet d’aucune vérification effective.Dans le même temps, nos commerçants, nos producteurs et nos entreprises sont soumis à des obligations toujours plus nombreuses, à des normes toujours plus strictes, à des contrôles toujours plus fréquents. Cette asymétrie est devenue insupportable.Les opérations ciblées conduites par les douanes françaises sur les colis issus du commerce en ligne ont pourtant révélé des niveaux de non conformité particulièrement élevés, mais ces contrôles demeurent marginaux au regard de l’ampleur des flux. L’ ultrafast fashion prospère précisément dans ces failles. Elle profite d’un système où les volumes explosent tandis que les capacités de contrôle demeurent insuffisantes.Le véritable sujet est donc celui du contrôle. Or la France ne dispose plus des moyens d’action nécessaires : les compétences commerciales et douanières ont été transférées à l’Union européenne – nous avons progressivement abandonné notre capacité à décider ce qui entre sur notre marché et dans quelles conditions.Notre groupe refuse les fausses solutions. C’est pourquoi le Rassemblement national s’est opposé à la taxation des petits colis – taxer n’est pas contrôler. Un produit non conforme ne devient pas acceptable parce qu’il est taxé. Nous avions alerté sur les effets pervers de cette mesure. Les faits nous ont donné raison : les flux ont simplement été redirigés vers d’autres États membres de l’espace Schengen avant d’entrer en France. Les importations ont continué, mais une grande partie de l’activité logistique et des emplois a quitté le territoire national.En outre, cette taxe nous fait courir le risque de faire payer aux consommateurs français les conséquences de l’absence de contrôle effectif des importations. La réponse est ailleurs – dans la responsabilité des plateformes, dans le renforcement des contrôles et dans la réciprocité des normes.Nous ne pouvons pas continuer à interdire à nos entreprises ce que nous acceptons d’importer. Nous ne pouvons pas demander toujours plus d’efforts à nos producteurs, à nos industriels et à nos commerçants tout en laissant entrer des produits fabriqués selon des règles que nous refusons sur notre propre territoire.Ce texte constitue une avancée, mais c’est un pas encore trop modeste face à l’ampleur du défi. L’ ultrafast fashion n’est que le symptôme d’un problème plus profond : celui du déclassement progressif de notre appareil productif dans une mondialisation qui ne protège plus ni nos entreprises ni nos emplois.Comme le rappelait le général de Gaulle, il n’y a de politique que nationale. Tant que notre souveraineté économique demeurera diluée, tant que nous ne retrouverons pas les moyens de contrôler réellement ce qui entre sur notre marché, nous continuerons à subir plutôt qu’à agir.Parce qu’il cible les dérives de l’ ultrafast fashion sans pénaliser les acteurs économiques présents sur le territoire, le groupe Rassemblement national votera ce texte. Mais nous continuerons à défendre une ligne claire : protéger nos entreprises, garantir une concurrence loyale et préserver le pouvoir d’achat des Français. Produire français, acheter français, protéger les Français. (Applaudissements sur les bancs des groupes RN et UDR.)

Source : compte rendu intégral officiel de l'Assemblée nationale, capturé le 2026-09-01. Texte reproduit tel que publié par l'Assemblée, hors interventions de présidence de séance (ouverture, clôture, mise aux voix).