Discours du 27 novembre 2025
Julien Limongi · Session ordinaire 2025 -2026 · séance n°72
Il est peu de sujets qui engagent autant l’âme de la France que celui-ci. L’agriculture n’est pas seulement une activité économique : c’est un peuple, une mémoire, un rapport à la terre qui a bâti notre nation. Lorsqu’elle vacille, c’est l’identité même du pays qui chancelle. La menace porte aujourd’hui un nom : le Mercosur.Pour en mesurer la portée, il suffit de lire l’accord : il ferait entrer chez nous des dizaines de milliers de tonnes de viande et de produits agricoles venus de pays où les normes n’ont rien à voir avec les nôtres. Ici, on interdit ; là-bas, on autorise ce qui serait impensable chez nous. C’est du dumping institutionnalisé.Le Mercosur, n’est pas un accord commercial, c’est une arme de destruction massive contre notre agriculture. Voilà pourquoi, depuis tant d’années, le Rassemblement national se tient au premier rang de ce combat : au Parlement européen, dans cet hémicycle et au cœur de nos campagnes. Nous n’avons jamais varié, jamais renoncé ni jamais marchandé la défense de nos agriculteurs.Permettez-moi un témoignage concret : dans ma terre de Seine-et-Marne, pas un seul agriculteur – pas un seul – ne m’a dit que le Mercosur était un cadeau, un atout ou un élément positif. Tous y voient la même chose : une menace, un coup de poignard et un renoncement.Pendant ce temps, le président de la République poursuit son grand œuvre de reniement national. Depuis huit ans, il a tout sacrifié : notre industrie, notre énergie, nos frontières, notre diplomatie et nos services publics. Désormais, il s’apprête à porter le coup fatal à notre agriculture, déjà meurtrie et fragilisée par des années de décisions absurdes.Car il faut le dire clairement : le problème n’a pas commencé par le Mercosur. Depuis des années, nos agriculteurs sont écrasés par des normes, des contraintes et le pacte vert pour l’Europe dont la bureaucratie a brisé le moral de beaucoup d’entre eux. Cette pression n’est plus seulement économique : elle est humaine. Chaque semaine, des agriculteurs mettent fin à leurs jours. C’est l’un des drames les plus silencieux de la France contemporaine et le signe le plus terrible de l’abandon qu’ils subissent.Voilà la vérité : quand Emmanuel Macron promet qu’il défendra nos agriculteurs, il prépare en coulisses l’accord qui les condamne. Il ne pratique pas le « en même temps », mais le « contre la France ». Un mot existe pour décrire cela : la trahison des intérêts nationaux.Toutefois, il n’a pas été seul dans cette entreprise. Collègues de La France insoumise, vous feignez aujourd’hui la colère, vous jouez la comédie de l’indignation,…
…mais les Français n’oublient rien : en 2017 comme en 2022, vous êtes ceux qui ont porté Emmanuel Macron au pouvoir. (Applaudissements sur les bancs des groupes RN et UDR. – Exclamations sur plusieurs bancs du groupe LFI-NFP.) Vous êtes les castors, les canards sans tête, les idiots utiles qui se sont précipités pour déposer deux fois le bulletin Emmanuel Macron dans l’urne dès huit heures du matin, les dimanches du second tour, pour l’élire puis le maintenir à l’Élysée.
Vous avez fait Emmanuel Macron président…
…et maintenant, vous prétendez vous y opposer. Quelle imposture, collègues d’extrême gauche ! La France insoumise n’est pas soudain devenue l’amie du monde agricole. Les agriculteurs vous connaissent : les procès, les discours hostiles, les postures, les attaques… Tout cela, ils ne l’ont pas oublié. Ils savent qui les soutient, et surtout qui les a toujours méprisés. (Exclamations sur quelques bancs du groupe LFI-NFP.)Revenons au Mercosur. Parlons maintenant de ces fameuses clauses de sauvegarde censées sauver l’accord. Elles ne sont pas juridiquement contraignantes, elles ne peuvent être déclenchées que par la Commission européenne, elles sont considérées comme un leurre par les filières. Soyons honnêtes, elles ne visent qu’à un objectif : faire avaler l’accord plus facilement pour en accélérer la ratification et nous faire gober le Mercosur.Nous ne faisons pas confiance au gouvernement pour défendre les intérêts de la France. Les faits parlent d’eux-mêmes : chaque fois qu’il s’agit de choisir entre les intérêts de notre pays et les intérêts de Bruxelles, l’exécutif et Emmanuel Macron choisissent toujours Bruxelles par fanatisme européen. Dès lors, comment croire que, cette fois-ci, il fera ce qu’il n’a jamais fait : tenir bon, dire non, protéger la France ?Le Rassemblement national exige le retrait pur et simple de la signature française du Mercosur ; la création d’une exception agriculturelle française pour sortir l’agriculture de tous les accords de libre-échange ; un véritable patriotisme économique donnant la priorité aux produits français dans les marchés publics et la restauration collective ; une politique agricole nationale qui protège nos producteurs et garantit notre indépendance alimentaire. (Mme Nadine Lechon applaudit.)Refuser le Mercosur, ce n’est pas un symbole. C’est une question de survie pour des milliers d’exploitations, pour l’équilibre de nos territoires et pour l’indépendance du pays. Aujourd’hui, face au Mercosur, l’alternative est claire : céder ou résister. Avec Marine Le Pen, Jordan Bardella et tous les parlementaires du Rassemblement national, notre choix est simple et ancien, clair et assumé : choisir la France, toujours la France. Non au Mercosur ! (Applaudissements sur les bancs des groupes RN et UDR. – Plusieurs députés du groupe LFI-NFP ainsi que Mme Dieynaba Diop s’exclament.)
L’engagement des députés du Rassemblement national a toujours été guidé par la boussole de l’intérêt général. (Exclamations sur les bancs du groupe LFI-NFP.) Sa considération nous guide dans tous les combats que nous menons, contrairement à vous, chers collègues. (M. Manuel Bompard mime de nouveau quelqu’un qui pleure.) En effet, en janvier dernier, nous nous sommes déjà prononcés sur l’accord avec le Mercosur dans le cadre d’une proposition de résolution européenne et vous aviez voté contre les mêmes dispositifs. Nous proposions déjà à l’époque de saisir la Cour de justice de l’Union européenne. Il suffit de regarder les scrutins publics – Mme Panot, autrice de la présente proposition de résolution, était là. Et, monsieur Tavel, vous êtes quand même gonflé de venir nous dire aujourd’hui qu’il faut s’opposer à l’accord avec le Mercosur. Il y a dix mois, vous ne vous intéressiez pas aux agriculteurs ; au mois de novembre, soudainement les agriculteurs existent !Chers collègues, vous ne connaissez pas l’agriculture.
Il faudrait parfois sortir des villes où vous êtes élus pour aller dans les campagnes et rencontrer les agriculteurs – la situation est en effet gravissime. L’accord avec le Mercosur représente un danger énorme qui aggravera encore leur désarroi car ils le ressentent comme un abandon majeur. Ce sont des dizaines de milliers de tonnes de viande et plus généralement de produits agricoles qui entreront dans notre territoire. Nous deviendrons alors une nation dépendante de l’étranger pour nous nourrir, alors que la souveraineté alimentaire est absolument essentielle. Depuis huit ans, Emmanuel Macron a procédé à la destruction de l’industrie, l’énergie, les services publics ou de la diplomatie et il veut à présent mettre un terme à l’agriculture française.Monsieur le ministre, vous montez à la tribune pour faire un discours de techno, alors que vous auriez dû annoncer que le gouvernement allait se battre pour que l’accord avec le Mercosur ne soit pas ratifié. Vous devriez démissionner si vous pensez vraiment qu’il s’agit d’un mauvais accord mais vous ne le faites pas. Quant à Mme la ministre de l’agriculture, elle n’est même pas présente. Défend-elle vraiment les agriculteurs ? (Applaudissements sur les bancs des groupes RN et UDR.) Je l’ai vue au mois de février à la foire aux fromages de Coulommiers, où elle était venue dire aux agriculteurs qu’elle refuserait l’accord avec le Mercosur. Il est inacceptable qu’elle ne soit pas présente dans l’hémicycle aujourd’hui alors que nous examinons un texte sur l’agriculture. Mme la ministre de l’agriculture démissionnera-t-elle si l’accord avec le Mercosur est ratifié ou préférera-t-elle garder son siège de ministre ? Voilà pourquoi le gouvernement n’est pas censuré.Les socialistes sont montés à la tribune pour s’opposer à l’accord avec le Mercosur, mais ce sont des sociaux-traîtres, qui sont également traîtres à nos campagnes. (Applaudissements sur les bancs des groupes RN et UDR.) Vous auriez dû censurer le gouvernement comme nous l’avons fait. Les agriculteurs et les campagnes paieront le prix de votre refus de le censurer. M. Faure, notre collègue de Seine-et-Marne qui jamais ne défend les agriculteurs dans notre territoire, n’est même pas là. Il n’en a rien à faire ! La seule chose qui le maintient est la volonté de rester à son poste ; pour cela il refuse de censurer le gouvernement, en s’entendant avec les LFI pour éviter la censure.Nous, en revanche, nous défendons les agriculteurs, nous sommes fiers d’être avec eux et nous nous opposons à l’accord avec le Mercosur. Nous voterons donc malgré tout pour cette proposition de résolution, mais c’est parce que nous sommes animés par le souci de la cohérence et de l’intérêt général. (Vifs applaudissements sur les bancs des groupes RN et UDR.)
Source : compte rendu intégral officiel de l'Assemblée nationale, capturé le 2026-09-01. Texte reproduit tel que publié par l'Assemblée, hors interventions de présidence de séance (ouverture, clôture, mise aux voix).