Discours du 9 avril 2026
Julien Odoul · Session ordinaire 2025 -2026 · séance n°197
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La présente proposition de loi a au moins le mérite de mettre en lumière une question que des millions de Français, parents d’élèves, professeurs ou maires, se posent inlassablement dans tous les territoires. Monsieur le ministre d’une éducation de plus en plus technocratique et de moins en moins nationale, leur question, qui résonne comme un cri, est la suivante : quand allez-vous foutre la paix à la ruralité ? Cette dernière est désossée depuis des années. Vous nous avez tout pris : nos bureaux de poste, nos trésoreries, nos services publics et, aujourd’hui, nos classes, qui disparaissent en grand nombre.Pourtant, on se souvient de ce qu’Emmanuel Macron a promis lors de la Conférence nationale des territoires (CNT) de 2017 : « Ce qui est sûr, c’est que les territoires, en particulier les plus ruraux, ne peuvent plus être la variable d’ajustement d’économies. C’est pourquoi […] il n’y aura plus de fermetures de classes dans les écoles primaires. » Neuf ans plus tard, les gouvernements macronistes ont enterré des milliers de classes au nom d’une aveugle et brutale logique comptable.Le texte dont nous débattons, lequel prétend encadrer les regroupements pédagogiques, n’est qu’un pansement qu’on poserait sur une hémorragie, d’autant que le groupe Horizons & indépendants, qui le défend, participe depuis des années, main dans la main avec les macronistes, à la politique vidant les campagnes de leurs écoles. Quelle hypocrisie, monsieur le ministre ! (M. Jérémie Patrier-Leitus, suppléant M. le président de la commission des affaires culturelles et de l’éduction, proteste.)En effet, la vérité est simple : si vous supprimez massivement des classes aujourd’hui, c’est parce que vous avez tous organisé les conditions de ces fermetures. Pendant des années, les politiques menées par les socialistes, les macronistes ou les LR ont affaibli la natalité, dont la baisse est la conséquence d’un bien moindre soutien aux familles, d’une instabilité fiscale effrayante, d’une insécurité galopante, d’une disparition de la confiance dans l’action publique. Leur résultat, c’est moins d’enfants et, ensuite, moins d’écoles.Désormais, vous utilisez sournoisement cette baisse démographique comme un prétexte pour supprimer des postes, réduire les moyens et accélérer le recul du service public en milieu rural. Votre mécanique est purement comptable ; elle est froide, implacable et – j’ose le dire – inhumaine. Elle ne tient pas compte des réalités humaines et scolaires des territoires ruraux, où la situation devient absurde.Ainsi, à Saint-Martin-du-Tertre, dans ma circonscription du nord de l’Yonne, l’école est menacée d’une fermeture de classe pour la deuxième année consécutive, alors qu’en accueillant neuf enfants d’un institut médico-éducatif (IME), elle remplit une mission d’inclusion et alors que l’État a consacré près de 1 million d’euros à la rénovation de ses bâtiments. D’un côté, on repeint les murs ; de l’autre, on vide les classes. Quelle est la logique, si ce n’est celle de l’absurdité technocratique et d’une punition infligée à la ruralité ?La responsabilité de ces choix est partagée entre ceux qui décrètent les fermetures de classes et ceux qui votent les budgets d’austérité prévoyant des suppressions de postes. Mais ce qui est peut-être le plus révélateur est votre incapacité à voir une opportunité dans la situation actuelle, marquée par une incontestable baisse de la natalité. L’évolution démographique n’est pas qu’une contrainte malencontreuse. Elle devrait être considérée comme une chance, comme une occasion de réduire les effectifs, de mieux accompagner, de mieux encadrer, d’enfin relever le niveau scolaire qui s’est effondré – en un mot, de faire beaucoup mieux que les politiques macronistes. Je n’ose rappeler le triste bilan de vos gouvernements : dans la septième puissance du monde, 40 % des élèves entrant en sixième ne maîtrisent ni la lecture, ni l’écriture, ni le calcul. Voilà le résultat de votre absurde logique comptable, de vos politiques de fermetures, de concentration, de regroupements suggérés ou forcés, d’abandon progressif de la ruralité.Dans un village, l’école est un pilier et non une charge. Avec Marine Le Pen, avec Jordan Bardella, quand nous serons aux responsabilités, nous sanctuariserons l’école rurale comme pilier indispensable de la République. Vive l’école rurale, vive la République et vive la France ! (Applaudissements sur les bancs des groupes RN et UDR.)
Cet amendement insiste sur un point fondamental et vient compléter le texte sur la notion de proximité.Au-delà de l’ambition relative à l’égalité d’accès dans la ruralité, les parents d’élèves, les maires ruraux et nos concitoyens dans la ruralité nous demandent une école de proximité, pas une école située à 20 ou 30 kilomètres, suivant une logique rationalisée de la ruralité selon laquelle il faudrait comptabiliser, mutualiser et optimiser.Au Rassemblement national, nous défendons depuis longtemps l’idée que la proximité signifie l’efficacité éducative. La proximité se traduit par une charge amoindrie pour les parents, par moins de transports, mais elle permet surtout un rapport des habitants à la commune et à l’école, ce qui est fondamental. Cet amendement va dans le bon sens, c’est pourquoi nous le voterons. (Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe RN.)
Monsieur le rapporteur, faire en sorte que les parents d’élèves soient consultés avant la création du regroupement est tout de même un minimum !
Le minimum est tout de même de prévoir un peu de concertation dans ce pays ! Que ce soit pour les RPI ou les fermetures de classes !S’agissant des fermetures de classes, les annonces ont été dissimulées pendant la campagne des élections municipales, notamment entre les deux tours, ce qui était indécent et antidémocratique. Des inspecteurs académiques ont demandé aux maires de ne surtout rien dire aux parents d’élèves et à la population des communes concernées. Le couperet de la décision s’est abattu alors que les associations de parents d’élèves avaient du mal à se mobiliser. On ne souffre pas de trop de concertation dans notre pays, il est normal et légitime que les parents d’élèves soient consultés pour la création d’un RPI, c’est le strict minimum. (Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe RN.)
Ne dites pas cela !
Le groupe Rassemblement national votera pour cette proposition de loi, sans enthousiasme, parce que vous encadrez les désastres que vous avez causés pendant des années.
Si, monsieur le rapporteur.
Dans vos propos, dans les prises de parole de tous ceux qui sont responsables de la casse scolaire depuis des années, qui ont encouragé les regroupements pédagogiques…
Effectivement, nos concitoyens, les parents d’élèves, les élus locaux tiennent à ces regroupements…
…parce qu’ils constituent aujourd’hui des oasis : il n’y a plus d’autre choix, compte tenu des désastres que vous avez causés.
Dans vos prises de parole, donc, nous n’avons entendu aucun mea culpa : aucun mea culpa sur les fermetures massives de classes,…
…aucun mea culpa sur la politique comptable, sur les logiques économiques totalement absurdes, sur la casse de la ruralité.
Vous avez désossé des territoires entiers, alors que vous nous avez vendu le principe de l’école partout et pour tous. J’ai rappelé le mensonge et la trahison de 2017 : le président avait affirmé qu’il n’y aurait pas de fermeture de classe dans la ruralité.
Or jamais il n’y a eu autant de fermetures de classes dans la ruralité que sous Emmanuel Macron. Voilà la réalité.
Il existe en outre une injustice majeure, dont nous n’avons pas parlé : une stigmatisation des enfants de la ruralité.
Dans les quartiers et les banlieues, vos gouvernements ont dédoublé les classes : il y a désormais douze, treize ou quatorze élèves devant un professeur. Dans la ruralité, par contre, vous fermez des classes quand elles comptent dix-huit, dix-neuf ou vingt élèves.C’est totalement inadmissible : c’est une stigmatisation et une discrimination. Alors que tous les élèves de la République devraient bénéficier de la même qualité d’instruction,…
…vous faites une distinction en fonction des quartiers, des villages, des communes, ce qui est inadmissible.
Aujourd’hui, nous avons besoin d’un choc…
Plus que d’un encadrement, nous avons besoin de faire de la ruralité un réseau d’éducation prioritaire. (Applaudissements sur les bancs des groupes RN et UDR.)
Source : compte rendu intégral officiel de l'Assemblée nationale, capturé le 2026-09-01. Texte reproduit tel que publié par l'Assemblée, hors interventions de présidence de séance (ouverture, clôture, mise aux voix).