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Discours du 15 juillet 2026

Karen Erodi · Première session extraordinaire 2026 · séance n°14

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Lisez donc le texte !

Rien n’arrêtera plus ce nouveau droit ; le 15 juillet 2026 sera une date historique.La France insoumise soutient ce texte, adopté par trois fois par cette assemblée, alors que la droite sénatoriale, réactionnaire et conservatrice (« Oh là là ! » sur les bancs des groupes RN et DR. – « Eh oui ! » sur plusieurs bancs du groupe LFI-NFP), a refusé de débattre du droit à l’aide à mourir en troisième lecture, après l’avoir déjà sabordé par deux fois, en première et en deuxième lectures. (Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe LFI-NFP.)

La majorité sénatoriale démontre qu’elle ne respecte pas la volonté des Françaises et des Français, puisque 84 % d’entre eux approuvent cette proposition de loi, quelles que soient leurs appartenances politiques et leurs convictions religieuses,…

…et que la Convention citoyenne, composée de 184 citoyens et citoyennes tirés au sort, après ses multiples travaux et auditions, s’est prononcée à 76 % pour un droit à l’aide à mourir.

Collègues, nous y sommes. Après environ un demi-siècle de mobilisations, après des années et des mois de travail et d’auditions, après des milliers d’amendements débattus jusqu’au bout, nous arrivons à la lecture définitive de cette grande loi d’ultime liberté de disposer de son corps et de choisir une fin de vie digne.« Aucune femme ne recourt de gaieté de cœur à l’avortement », disait Simone Veil ; personne, non plus, ne demande de gaieté de cœur l’aide à mourir. Il nous faut mettre fin au statu quo qui condamne encore trop de personnes à des fins de vies subies et qui leur fait endurer des douleurs intenses jusqu’à l’agonie finale. Refuser ce droit à celles et ceux qui souffrent sans espoir est terriblement cruel et inhumain. Aujourd’hui, nous ne parlons pas de la mort ; nous parlons de la vie et du droit de chacun et de chacune à partir dignement, maître de sa vie jusqu’au dernier souffle.Permettez-moi de rappeler avant tout ce que nous votons, car les opposants à cette loi, de la droite conservatrice à l’extrême droite, par dogmatisme,…

…ont tout fait pour l’obscurcir par des contrevérités. Ils ont joué avec les peurs, alors que nous posons un cadre clair, strict, avec l’exigence de critères cumulatifs. (Applaudissements sur quelques bancs du groupe LFI-NFP.) La demande doit être faite par une personne majeure, atteinte d’une affection grave et incurable, en phase avancée ou terminale, dont les souffrances sont réfractaires à tous les traitements et dont la volonté de bénéficier de l’aide à mourir est libre, éclairée et réitérée. La démarche s’arrête à tout moment si la personne le souhaite. Rien n’est imposé à personne et une clause de conscience protège chaque soignant.Cette loi n’ôte aucun droit mais elle en crée un : le droit de disposer de soi.Ce texte ne constitue pas une rupture : il est l’aboutissement d’un long chemin, celui de quatre grandes lois auxquelles il donne une suite logique. En 1999, nous avons reconnu le droit au soulagement de la douleur, via les soins palliatifs, pour préserver la qualité d’existence. La loi Kouchner de 2002 consacre le droit du patient à prendre les décisions concernant sa santé ainsi que l’obligation incombant aux soignants de créer les conditions à même d’éclairer ces décisions. La loi Leonetti de 2005 a reconnu aux personnes en fin de vie le droit de décider d’arrêter tous les traitements. La loi Claeys-Leonetti de 2016 a permis aux patients en fin de vie de bénéficier de la sédation profonde et continue jusqu’au décès, via les directives anticipées, quand il le décide. Nous rendons à la personne le droit de choisir elle-même et à tout moment. Chaque étape est un pas de plus vers l’autodétermination. Ce texte est l’ultime liberté de choix.Je n’ai pas oublié nos exigences, que je réitère avec force. Aujourd’hui, la fin de vie est déjà organisée dans notre pays ; mais dans l’ombre et dans l’inégalité. Les plus aisés partent à l’étranger pour pouvoir mourir dignement alors que les plus nombreux, les classes moyennes, les classes populaires et les plus démunis, eux, endurent jusqu’au bout. Avec cette loi, nous mettons fin à cette hypocrisie et à ces inégalités devant la finitude. Il nous reste cependant des combats à mener. Nous continuerons de nous battre pour un droit opposable aux soins palliatifs, que la droite et l’extrême droite ont refusé. (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP et sur quelques bancs des groupes SOC et EcoS.) Nous dénonçons le critère de nationalité, qui exclut les personnes en situation irrégulière : c’est indigne. Nous regrettons la suppression du délit d’entrave, alors que 67 % des Français y sont favorables et que nous savons, par exemple, ce que les intégristes font, par exemple, subir, encore aujourd’hui, au droit à l’avortement. (Applaudissements sur plusieurs bancs des groupes LFI-NFP et EcoS. – M. Frédéric Weber s’exclame.)J’ai défendu tout au long de l’examen de ce texte, avec quelques députés, l’établissement des directives anticipées et la désignation de la personne de confiance. Cela a été rejeté sous prétexte d’« équilibre du texte » ; mais c’est encore une belle hypocrisie, car cette possibilité existe dans la loi Claeys-Leonetti. Que se passera-t-il pour une personne dont l’état se dégrade brutalement, jusqu’à perdre conscience, alors que sa demande était libre et éclairée ? En l’état, tout s’arrête, et vous la condamnez à une fin qu’elle avait pourtant rejetée par écrit. Qui, mieux que l’intéressé, peut fixer le seuil de sa propre dignité ?Je regrette également que cette loi laisse au bord du chemin les personnes victimes d’un accident grave ou d’un AVC ainsi que celles qui sont atteintes d’une maladie neurodégénérative, comme la maladie d’Alzheimer et tant d’autres.Aussi ce combat ne s’arrête-t-il pas ce soir. En 2012, place de la Bastille, Jean-Luc Mélenchon annonçait déjà que nous lutterions sans répit pour le droit de choisir sa fin et de mourir dans la dignité. (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP. – Exclamations sur les bancs du groupe RN.) Aujourd’hui, par notre vote, par nos combats présents et à venir, nous tenons parole.Je tiens à saluer les malades, les familles, les aidants, les soignants et les militants des associations pour le droit à mourir dans la dignité, qui n’ont jamais renoncé. J’ai une pensée particulière pour celles et ceux qui sont partis dans d’atroces souffrances sans avoir vu ce droit advenir. Leur mémoire nous oblige.Collègues, adoptons enfin cette grande loi humaniste, qui crée un nouveau droit et n’imposera jamais à personne d’y recourir. (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP, dont plusieurs députés se lèvent, et sur quelques bancs des groupes SOC et EcoS.)

Source : compte rendu intégral officiel de l'Assemblée nationale, capturé le 2026-09-01. Texte reproduit tel que publié par l'Assemblée, hors interventions de présidence de séance (ouverture, clôture, mise aux voix).