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Discours du 24 mars 2026

Karim Benbrahim · Session ordinaire 2025 -2026 · séance n°177

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En avril 2025, la Chine restreignait ses exportations de matériaux stratégiques, en riposte à l’augmentation des droits de douane décidée par Donald Trump. Conséquence concrète : plusieurs chaînes européennes de production automobile étaient arrêtées. Alors que les États-Unis ont déclenché une guerre au Moyen-Orient, leur capacité à produire des radars et des systèmes de guidage dépend de la volonté de la Chine à exporter des terres rares.Ces exemples illustrent le rôle central de la Chine dans la production de matériaux stratégiques ainsi que la vulnérabilité des États qui en dépendent. Alors que les matériaux stratégiques sont essentiels pour des industries majeures – défense, numérique, aérospatiale, énergie –, notre dépendance est massive. Pékin détient 70 % de la production de terres rares et contrôle plus de 90 % de leur transformation. L’explosion prévisible de la demande mondiale et la multiplication des tensions géopolitiques aggraveront cette dépendance. Je salue donc la proposition de Charles Fournier et du groupe Écologiste et social d’inscrire ce débat à l’ordre du jour.Face à ces constats, nous avons besoin d’une réponse forte et coordonnée au niveau européen, l’échelon adapté pour construire une politique souveraine.Nous devons d’abord dépasser nos naïvetés historiques. La Chine inonde le marché de matériaux à bas coût, grâce à des politiques sociales et environnementales que nous ne devons pas chercher à imiter ainsi qu’à une politique de subvention de la production qui vise à annihiler toute possibilité de concurrence. Comme elle l’a déjà fait dans d’autres secteurs industriels, la Chine produit massivement, vend à perte grâce au soutien financier de son État et prend le contrôle du marché mondial.À l’évidence, le marché n’est pas apte à nous protéger. Or nous continuons trop souvent à raisonner dans un cadre fondé sur le libre jeu du marché, alors que nos principaux concurrents ont fait fi des grands principes de l’Organisation mondiale du commerce (OMC). Il est donc urgent de construire des protections nouvelles. Les échanges engagés par l’Union européenne avec les États-Unis et le Japon pour garantir un prix plancher destiné à contrer les distorsions de concurrence sur les marchés des minerais critiques constituent une initiative que je souhaite appuyer.Bien que l’Union européenne et la France se soient dotés d’objectifs et de moyens pour combler nos dépendances, il ressort des auditions que ces initiatives ont été trop tardives et qu’elles restent largement sous-dimensionnées. Si bien que les objectifs non contraignants fixés par le règlement sur les matières premières critiques (CRMA) ne seront probablement pas atteints compte tenu de la trajectoire actuelle.Face à ces défis, nous devons diversifier nos actions pour faire émerger de nouvelles solutions et de nouveaux investissements. Le premier levier à activer est celui de la sobriété. C’est le levier le plus rapide et le plus efficace pour réduire les risques de rupture d’approvisionnement et renforcer notre souveraineté. Mais il demeure largement absent des axes structurants de notre politique nationale. Fixer des objectifs et soutenir financièrement les actions qui permettront de les atteindre doit devenir une réelle priorité pour le gouvernement.Le second levier est celui du recyclage. Les filières françaises sont encore trop peu organisées. Par exemple, plus de la moitié de nos déchets de cuivre est exportée au lieu d’être revalorisée sur le sol national. Alors que l’Agence internationale de l’énergie (AIE) estime que le recyclage pourrait couvrir jusqu’à 40 % des besoins en matériaux critiques en 2050, les projets de recyclage peinent à trouver une rentabilité financière face à la concurrence des activités chinoises d’extraction et de transformation. Ils doivent donc être davantage soutenus, compte tenu de leur intérêt pour notre souveraineté et pour l’émergence d’un modèle durable.Enfin, que la France reste dépendante d’activités minières et de raffinage réalisées dans des pays qui ne respectent pas nos standards écologiques et sociaux n’est pas une option acceptable. Nous devons donc nous interroger sur la relance d’une activité industrielle en la matière et définir à quelles conditions nous souhaitons rendre cela possible. Les attentes sociales et les réalités environnementales sont insuffisamment prises en compte pour assurer la réussite de ces projets.L’ouverture d’une nouvelle mine prend, en moyenne, dix-sept ans. Nous avons donc immédiatement besoin d’une ambition forte pour ne pas condamner notre souveraineté sur le long terme.Les enjeux sont majeurs. Les chantiers sont nombreux. Mais, dans ce domaine, la souveraineté n’est pas une utopie. Les investissements à réaliser sont, au regard d’autres secteurs stratégiques, modérés. Mais les objectifs ne suffisent plus. Nous avons maintenant besoin d’une ambition concrète.

Je voudrais revenir sur trois points.D’abord, certains propos tendent à imputer à la transition énergétique la responsabilité du problème important de souveraineté sur les matériaux stratégiques – des propos qui viennent notamment des bancs de l’extrême droite. Je dénonce cette position qui vise à remettre en question la nécessaire transition énergétique. Vous avez, monsieur le ministre, clairement rappelé que la question se posait préalablement.Ensuite, au sujet du recyclage et de la souveraineté, nous constatons que le marché ne peut pas répondre à tous les problèmes et que l’un d’entre eux est le financement de la souveraineté. Il ne s’agit pas seulement d’identifier les solutions techniques disponibles au moindre coût, il convient de déterminer quels enjeux on veut prendre en considération : non seulement l’économie, mais aussi l’environnement, la dimension sociale et la souveraineté. Tous ces éléments ont un coût et il me paraît justifié de mettre de l’argent sur la table pour relever ces défis. Effectivement, le recyclage ne trouve pas actuellement sa justification économique face à l’importation de matériaux depuis la Chine mais, pour atteindre la souveraineté, nous avons besoin de mettre sur la table les fonds qui permettront de développer ces technologies.Enfin, je souligne que ces projets, comme toutes les questions stratégiques qui traversent la société, seront davantage acceptés par les populations s’ils font l’objet d’un débat démocratique et de lois de programmation. C’est aussi un point sur lequel je souhaite vous interroger.

Source : compte rendu intégral officiel de l'Assemblée nationale, capturé le 2026-09-01. Texte reproduit tel que publié par l'Assemblée, hors interventions de présidence de séance (ouverture, clôture, mise aux voix).