Discours du 1 octobre 2026
Karine Lebon · Session ordinaire 2026-2027 · séance n°2
Ah ! (Sourires sur quelques bancs des groupes GDR et EcoS.)
Nous avons toutes et tous ici quelque chose en commun : la volonté de nous battre. Comme d’autres avant nous se sont battues pour disposer de leur corps, de leur temps, de leur argent, pour choisir leur vie, pour être libres. C’est à notre tour de nous battre pour faire adopter un texte à la hauteur.Cette proposition de loi s’appuie sur des années de luttes, de témoignages, de travail associatif. Son ambition est immense et son objectif intransigeant : apporter enfin une réponse intégrale aux violences sexistes et sexuelles. Prévenir, repérer, protéger, enquêter, juger, soigner, réparer. Dans la famille, au travail, à l’école, à l’université, dans le monde médical, dans l’espace numérique.Je salue l’ensemble des associations – notamment la Coalition féministe et enfantiste –, celles qui recueillent la parole quand nos institutions échouent encore à l’entendre, celles qui accompagnent, mettent à l’abri, alertent, proposent. Elles peuvent compter sur nous pour porter leurs alertes, défendre nos acquis et exiger les moyens nécessaires à leur application. Le travail en commission spéciale la semaine dernière a été exigeant et constructif. Nous avons débattu, parfois vivement, mais nous avons avancé. Le texte en sort renforcé.Madame la rapporteure générale, vous avez réussi à fédérer et nous serons toutes et tous à vos côtés pour défendre l’ambition de ce texte. Du moins presque tous, eu égard aux amendements déposés par l’extrême droite de cet hémicycle qui, comme à son habitude, préfère protéger les agresseurs plutôt que les victimes. (Applaudissements sur les bancs des groupes GDR, LFI-NFP, SOC et EcoS.)Les amendements dont je parle ont été retirés depuis, mais on vous voit. Enfin, pas vraiment, puisque les auteurs de ces amendements sont absents. Il est vrai que la semaine dernière, en commission spéciale, nous vous avions reproché de dormir, mais si c’est pour faire cela, une fois réveillés…
… rendormez-vous !Alors que la nécessité de cette loi fait consensus, vous vous faites les porte-voix des courants masculinistes les plus radicaux, les plus crasses. (Mme Mathilde Feld et Mme Sandrine Rousseau applaudissent.) Personne ici n’accordera d’importance à ce discours, les mots ayant trop de valeur pour vous être consacrés.
Madame la rapporteure générale, je tiens également à vous remercier de m’avoir associée à la rédaction du texte, afin d’y intégrer les réalités ultramarines qui requièrent un traitement spécifique. Je salue aussi Aude Luquet, coordinatrice interministérielle pour l’égalité femmes-hommes en outre-mer (Mme Sandrine Rousseau et M. Erwan Balanant, rapporteur, applaudissent) pour sa contribution de qualité.L’enjeu est immense à La Réunion, une île où douze plaintes pour violences conjugales sont déposées chaque jour. Trois Réunionnaises sur dix déclarent avoir subi des violences avant leurs 18 ans. La géographie ajoute ses contraintes : l’insularité complique la mise à l’abri, l’avion étant parfois le seul remède pour parvenir à un éloignement efficace. L’égalité devant la protection exige donc des réponses adaptées. Une loi intégrale doit l’être sur tout le territoire de la République.Cependant, une question menace cette ambition : quels moyens mettrons-nous à la disposition de toutes ces femmes et de tous ces enfants, pour que leur vie ne soit pas définitivement brisée ? À cet égard, madame la ministre, notre inquiétude est immense. Au fil des auditions, les ministères ont reconnu l’urgence, puis expliqué combien les mesures les plus ambitieuses seraient difficiles à appliquer.Qui, au gouvernement, est prêt à rendre cette loi réellement applicable ? Il y a une forme d’hypocrisie à proclamer que les violences sexistes et sexuelles sont une priorité nationale, puis à reculer dès qu’il s’agit de traduire cette priorité en magistrats, en enquêteurs, en soignants, en éducateurs, en hébergements et en financements pérennes. (Mmes Colette Capdevielle, Anaïs Belouassa-Cherifi et Elsa Faucillon applaudissent.) Le premier ministre a annoncé près de 1,5 milliard d’euros pour 2027, mais, quelques heures plus tard, Matignon précisait que cette somme, déjà trop faible, correspondait pour l’essentiel aux dépenses déjà consacrées à cette politique. On nous présente l’existant comme le financement de l’avenir.Il est « trop tôt » pour s’engager, nous dit-on. Combien d’autres victimes, femmes et enfants, doivent souffrir, voire mourir, avant que ce ne soit le bon moment ? Une justice spécialisée sans magistrats et greffiers restera une architecture sur le papier. (Mme Sandrine Rousseau applaudit.) Une enquête renforcée sans policiers et gendarmes formés restera une intention. Une mise à l’abri sans places disponibles restera une promesse creuse. Un parcours de soins sans professionnels accessibles restera purement théorique. (Mme Sandrine Rousseau applaudit.)Les associations, à qui l’on demande toujours davantage sans leur garantir des financements pérennes, finiront par s’épuiser. Une priorité politique se lit dans un budget. C’est là que se jouera la crédibilité de cette loi. Nous allons demander aux victimes de croire davantage en nos institutions. Donnons donc à nos institutions les moyens d’être dignes de cette confiance. Nous voulons une grande loi de protection, de justice et d’émancipation ; nous prendrons notre part. Au gouvernement, aussi, de prendre la sienne. C’est à nous toutes et tous de faire en sorte que ce ne soit pas une simple loi de témoignage, une loi pour rien. Faisons en sorte qu’elle puisse changer la vie et sauver des vies. (Applaudissements sur les bancs des groupes GDR, LFI-NFP, SOC et EcoS.)
Pour combattre les violences, encore faut-il savoir les reconnaître et les nommer. Or certains procédés méthodiquement mis en œuvre attachent des femmes à leur bourreau beaucoup plus sûrement que des liens. En commission, la semaine dernière, nous avons mené un bon travail de définition dont j’espère que nous pourrons le renforcer encore un peu, car nous savons combien l’emprise peut prendre des formes différentes. Elle peut passer par les coups et les menaces, mais aussi par l’argent. Contrôler le salaire de sa conjointe, lui retirer ses moyens de paiement, cacher ses papiers, organiser sa propre insolvabilité pour échapper au versement d’une pension alimentaire, tout cela participe du continuum des violences.Une claque n’est pas le début des violences, elle n’est que la partie émergée de l’iceberg, celle que l’on voit car elle laisse des marques colorées. La violence, c’est plus que cela. Les amendements proposés permettent d’aller plus loin en reconnaissant davantage certaines violences qui n’avaient pas forcément été prises en compte dans la version initiale du texte. Nous avons eu cette discussion en commission et je salue le travail qui se poursuit, parce qu’une loi qui se veut intégrale doit envisager les violences dans toute leur réalité, y compris lorsqu’elles se poursuivent après la séparation.
Très bien ! Bravo !
Source : compte rendu intégral officiel de l'Assemblée nationale, capturé le 2026-09-01. Texte reproduit tel que publié par l'Assemblée, hors interventions de présidence de séance (ouverture, clôture, mise aux voix).