Discours du 4 février 2025
Karl Olive · Session ordinaire 2024-2025 · séance n°91
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Selon une formule célèbre prêtée à Bismarck, « la politique est l’art de rendre possible ce qui est nécessaire ». Après trois années de travail, de combats et d’obstacles, nous voici enfin réunis pour voter l’interdiction des cigarettes électroniques à usage unique, ces fameuses puffs qui empoisonnent notre jeunesse et notre environnement.Les aléas de la vie politique nous ont fait perdre un temps précieux sur un sujet pourtant vital : la santé de nos concitoyens et, plus particulièrement, de nos enfants. La dissolution a emporté avec elle le mandat de nos collègues Francesca Pasquini, écologiste, et Bruno Studer, du bloc central, avec qui j’avais mené le combat contre les puffs, aux côtés de M. le rapporteur, Michel Lauzzana. Toutefois, leur engagement n’a pas été vain. Je tiens à les citer et à les féliciter car le texte dont nous débattons est le fruit de leur travail et de leur détermination. De même, je salue le soutien que nous avait apporté notre collègue Aurélien Rousseau lorsqu’il était ministre de la santé.Cette proposition de loi transpartisane est une preuve que, lorsque nous dépassons les postures et les querelles stériles, nous savons nous rassembler autour d’un objectif commun : protéger nos concitoyens. Elle honore le Parlement, notre engagement collectif et le principe même du service public.On ne peut être éternellement jeune, mais on peut mourir jeune. Ces mots, que Serge Gainsbourg aurait pu chanter, prennent un sens tragique lorsqu’on parle de tabagisme. En effet, derrière le vernis coloré et parfumé des puffs se cache la réalité implacable de la dépendance et de la mort prématurée. En cette Journée mondiale de lutte contre le cancer, comment ne pas rappeler que le tabac tue en France 75 000 personnes chaque année, soit 200 morts par jour, l’équivalent d’un crash aérien quotidien dont les victimes seraient nos proches, nos amis, nos enfants ?
Mon frère est parti trop tôt, à 46 ans. J’ai vu de mes propres yeux ce que signifie être dévoré de l’intérieur par cette industrie cynique. C’est pourquoi je mène ce combat de toutes mes forces. C’est pourquoi, à toutes celles et à tous ceux qui ont perdu un être cher à cause du tabac, je dis : nous pensons à vous, nous nous battons pour vous. (M. le rapporteur et M. Aurélien Rousseau applaudissent.)Les puffs ne sont pas des gadgets inoffensifs. Elles forment une nouvelle porte d’entrée vers la nicotine et le tabac, un piège tendu aux plus jeunes. Colorées, sucrées, accessibles, omniprésentes sur les réseaux sociaux, elles sont pensées pour séduire les adolescents. Nous voyons des collégiens, parfois même des écoliers – j’en ai été témoin –, vapoter devant leur établissement scolaire, à la terrasse des cafés, dans les parcs. Est-ce cela que nous voulons pour notre jeunesse ?Le cerveau des adolescents est particulièrement vulnérable. La nicotine altère leur mémoire, leur concentration et leurs capacités d’apprentissage. Elle est à l’origine d’un empoisonnement insidieux qui enferme des générations entières dans la dépendance et les pousse progressivement vers la tabagie classique. La santé publique doit primer sur le profit des industriels.En plus d’être une menace pour la santé, les puffs sont aussi un non-sens écologique. Un million d’unités sont jetées chaque semaine en France. Ces bâtonnets jetables, bourrés de plastique, de lithium et de produits chimiques, finissent dans la nature, sur nos plages, dans nos rivières. Alors que nous interdisons les sacs en plastique, que nous traquons les mégots, que nous prônons la sobriété écologique, nous laissons se répandre ces déchets toxiques et non recyclables. Il s’agit d’une incohérence que nous devons corriger.L’interdiction des puffs n’est qu’une première étape. En effet, les cigarettiers ne manquent pas d’imagination pour continuer à piéger les jeunes. Déjà, d’autres produits comme les sachets de nicotine, les snuffs ou le tabac à chiquer arrivent sur le marché. Derrière ces termes obscurs se cachent de nouvelles manœuvres pour habituer nos enfants à la nicotine avant de les conduire à la cigarette. Ne nous y trompons pas : l’industrie du tabac est une industrie de la mort.Nous devons aller plus loin pour renforcer le contrôle de l’âge des acheteurs, encadrer la vente en ligne et traquer les dérives. Les règles européennes nous imposent de n’avancer que progressivement, mais nous ne lâcherons rien. Nous continuerons à nous battre, avec détermination et dans un esprit transpartisan, car notre objectif est clair : une génération sans tabac d’ici 2032.L’interdiction que nous allons adopter n’est ni une mesure hygiéniste ni une atteinte aux libertés. Elle témoigne d’un choix de civilisation, elle constitue une réponse à une industrie qui tue avant même de rendre malade. Elle porte un message adressé à nos enfants : nous refusons que vous soyez les prochaines victimes d’un commerce cynique et impitoyable. Le groupe Ensemble pour la République, que j’ai l’honneur de représenter, votera en sa faveur avec fierté et conviction, parce qu’une vie sauvée vaut tous les combats. (Applaudissements sur les bancs du groupe EPR. – M. Aurélien Rousseau applaudit également.)
Source : compte rendu intégral officiel de l'Assemblée nationale, capturé le 2026-09-01. Texte reproduit tel que publié par l'Assemblée, hors interventions de présidence de séance (ouverture, clôture, mise aux voix).