Discours du 11 juin 2025
Laurent Baumel · Session ordinaire 2024-2025 · séance n°233
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Depuis 2017 et singulièrement depuis 2024, en vertu d’une lecture institutionnelle curieuse considérant que l’exercice des responsabilités continue d’échoir à ceux qui ont été le plus sanctionnés par les urnes, la politique budgétaire de la France est définie par des gouvernements macronistes. Si elle a connu quelques adaptations forcées et inévitables au moment de la crise sanitaire, elle demeure le fruit d’une approche sociologique et idéologique faisant de la défiscalisation des plus riches son fil directeur, son intouchable totem. Le renoncement corrélatif à des dizaines de milliards d’euros de recettes a engendré, on le sait, un déficit chronique qui permet, en retour, à la droite française de reprendre son refrain favori sur le niveau inconsidéré de nos dépenses publiques et de justifier de nouvelles mises en cause de l’état social, de ses services publics et de ses régimes sociaux.En ce printemps 2025, ce que nous évaluons donc d’abord, ce sont les effets de cette politique, non pas l’attractivité exceptionnelle d’une économie française de nouveau altérée par une vague de délocalisations que le ruissellement macroniste peine visiblement à empêcher ; ce que nous mesurons dans nos territoires, c’est le recul des services publics marqué, par exemple, par les fermetures de classes en milieu rural et le sentiment d’abandon, la perte de confiance que ces fermetures engendrent et la difficulté des collectivités locales, comprimées dans leurs dotations et démagogiquement accusées par vous de dérives dépensières, à planifier leurs investissements et à financer des services porteurs de solidarité, de qualité de vie et d’épanouissement individuel pour nos concitoyens.En ce printemps 2025, ce que nous lisons, c’est aussi le rapport d’Oxfam qui indique que les quatre milliardaires français les plus riches ainsi que leurs familles ont vu augmenter de 87 % leur fortune depuis 2020, alors que la fortune cumulée de 90 % des Français a baissé, et que les parents fortunés peuvent transmettre plus d’un demi-million d’euros tous les quinze ans à leurs héritiers sans payer le moindre impôt, tandis qu’en dignes protecteurs de leurs intérêts, vous et les vôtres refusez obstinément la taxe Zucman et une grande réforme sur l’héritage.En ce printemps 2025, ce que nous évaluons aussi, c’est l’échec d’une méthode dans l’élaboration même des budgets. Au début de cette année, après la chute du gouvernement Barnier – à laquelle nous avons participé –, nous, socialistes, avons accepté, par esprit de responsabilité et avec le souci de faire de cette législature une séquence éventuellement utile au pays, d’explorer les voies d’un compromis parlementaire autour du budget. Le gouvernement a reporté ici ou là quelques-unes des régressions les plus inacceptables qu’il avait envisagées, mais a refusé pour l’essentiel de faire la moindre concession sur les grandes orientations de ce budget, d’envisager le moindre bougé substantiel sur les recettes et la mise à contribution sérieuse des plus riches. Vous avez continué à nous donner des leçons d’économie – que vous êtes évidemment les seuls à comprendre –, démontrant au passage votre inaptitude à comprendre le sens même du mot « concession ». Votre premier ministre, qui se présentait comme l’héritier d’une tradition centriste de dialogue, a montré à cette occasion son véritable visage : celui d’un homme politique autoritaire, n’écoutant personne, en tout cas pas la gauche, et incapable de se passer du recours au lamentable article 49.3 de la Constitution pour faire passer un budget.Alors puisque nous sommes à mi-parcours, madame la ministre, que nous venons de rejeter les comptes 2024 et que s’approche le moment où vous allez devoir produire vos premières copies budgétaires, permettez-moi de vous prévenir : ne pensez pas que nous porterons éternellement sur nos épaules la responsabilité de ne pas priver de budget les élus, les associations et les entreprises de notre pays ; nous ne nous satisferons pas pour celui de 2026 d’une coconstruction autoproclamée et factice, encadrée par les vérités indiscutables de je ne sais quel rapport d’expert ou par les leçons de morale lénifiante de François Bayrou sur la dette. Nous sommes prêts à entendre que dans un parlement sans majorité absolue – et même relative –, tous les points de vue ont vocation à laisser une trace dans la loi de finances du pays si nous voulons laisser à celle-ci une chance d’être adoptée sans que la question même de l’existence du gouvernement ou d’un budget soit posée. Mais parmi les points de vue à prendre en compte, il y a celui des parlementaires de gauche, qui représentent ici entre un quart et un tiers des électeurs de ce pays,…
…et qui ne peuvent pas accepter d’être les témoins de la poursuite obstinée d’une politique qui a échoué et qui a été sanctionnée. (Applaudissements sur les bancs des groupes SOC, EcoS et GDR.)
Source : compte rendu intégral officiel de l'Assemblée nationale, capturé le 2026-09-01. Texte reproduit tel que publié par l'Assemblée, hors interventions de présidence de séance (ouverture, clôture, mise aux voix).