Discours du 4 mai 2026
Laurent Jacobelli · Session ordinaire 2025 -2026 · séance n°218
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On dirait du Fidel Castro !
Tout d’abord, permettez-moi de rendre hommage à l’adjudant Florian Montorio et au sergent Anicet Girardin, morts pour la France au sud du Liban, dans le cadre d’une opération de la Finul. Nos pensées vont à leurs familles, à leurs proches, à leurs frères d’armes ainsi qu’à tous les militaires blessés ou tués en mission. À travers leur bravoure, c’est l’ensemble de nos armées que je veux saluer : des femmes et des hommes admirables qui, chaque jour, honorent la plus belle des missions – celle de servir le drapeau bleu, blanc, rouge, symbole de liberté.Cependant, cette liberté a un prix. Dans un monde où des puissances voraces renouent avec leurs ambitions expansionnistes, où le Moyen-Orient s’embrase et où la menace islamiste prospère, la France doit redevenir ce qu’elle n’aurait jamais dû cesser d’être : une grande puissance diplomatique et militaire. Mais faute d’une actualisation ambitieuse et visionnaire, nous nous retrouvons avec un texte comptable et administratif ; un mea culpa financier, qui n’engage aucune évolution des formats et qui montre un décalage flagrant entre votre manque de volonté politique et l’excellence de nos armées.Notre marine continuera de manquer de frégates, notre armée de l’air de Rafale, notre armée de terre des moyens adaptés à un possible conflit de haute intensité. Les outre-mer, pourtant si stratégiques, se trouvent négligés, tandis que ceux qui ont tout donné pour la France – les anciens combattants – sont pratiquement absents de vos calculs d’apothicaires. Dès lors, à quoi serviront les 36 milliards d’euros supplémentaires annoncés à grand bruit ? Certes, à combler partiellement notre retard en matière de stocks de munitions – c’est déjà ça. Mais il s’agira surtout d’assurer le plan média d’Emmanuel Macron (Mme Natalia Pouzyreff s’exclame), dont l’obsession n’est pas la remontée en puissance de nos armées mais l’adoption dans la précipitation d’un texte bricolé, d’ici au 14 juillet, pour faire oublier qu’il n’est plus qu’un fantôme sur la scène internationale,…
…et pour avoir tout de même quelque chose à vendre aux Français.Cette actualisation servira aussi à corriger l’insincérité de la loi de programmation militaire initiale, qui avait été sous-budgétée par négligence, incompétence ou – pire encore – par dissimulation. Les 36 milliards d’euros supplémentaires par rapport à 2023 que vous annoncez sont presque d’ores et déjà absorbés pour financer des dépenses nouvelles, comme le service national, combler des retards de paiement ou compenser un budget grevé par la flambée des prix de l’énergie. (M. Aurélien Saintoul s’exclame.) Il s’agit d’une actualisation sparadrap, qui ne prépare pas l’avenir mais se contente de réparer les erreurs du passé.Comble de votre manque de courage, l’essentiel de l’effort financier est reporté après 2027. Après vous le déluge, en quelque sorte ! Charge au prochain président de la République ou, peut-être, à la prochaine présidente,…
…d’assumer cet engagement. Mais comment faire pour assurer à nos armées un « poids de forme » de 100 milliards d’euros, comme le dit le premier ministre, quand Emmanuel Macron a plongé la France dans l’abîme d’une dette de 3 600 milliards d’euros, dont le paiement des intérêts est désormais supérieur au budget des armées ?Avec Marine Le Pen et Jordan Bardella, nous aurons, nous, le courage d’aller chercher l’argent là où il est. Nous couperons dans la ruineuse immigration de guichet social ; nous stopperons la hausse de notre contribution à l’Union européenne ; nous entamerons enfin la cure d’amaigrissement de cet État devenu obèse. Vous, en faillite et en fin de course, vous optez pour la solution de facilité : le refuge dans la servitude volontaire à Bruxelles et sa chimérique défense européenne, avec le même aveuglement européiste qui a mis sur la paille nos agriculteurs, saboté notre industrie nucléaire, détruit notre industrie automobile et fait de nos frontières des passoires.Mais peut-être aurais-je dû m’adresser directement au soi-disant commissaire européen à la défense, dont l’intitulé du poste est une insulte à nos traités, qui garantissent la souveraineté militaire des États ! Je le dis avec force : à chaque fois que vous voudrez imposer vos diktats fédéralistes, nous vous rappellerons que dans les institutions voulues par le général de Gaulle, qui nous sont si chères, il n’y a qu’un seul chef des armées en France : son prénom n’est pas Ursula, mais celui du président de la République française.
À chaque fois que vous emprisonnerez nos industriels dans des coopérations contre nature, comme le Scaf ou le MGCS, le Rassemblement national vous rappellera que les coopérations ne peuvent fonctionner qu’à condition d’être dictées non par l’idéologie, mais par l’intérêt commun des nations libres et de leurs industries. À chaque fois que vous braderez la souveraineté nationale au nom de l’Europe de la défense, nous vous rappellerons que la stratégie militaire de la France ne se décide ni à Bruxelles ni à Berlin, mais ici, à Paris. Pour toutes ces raisons, le Rassemblement national ne votera en faveur de ce texte qu’à une seule et unique condition :…
…que vous reconnaissiez enfin l’évidence. Pour que la France soit libre, elle doit être respectée ; mais pour être respectée, encore faut-il qu’elle demeure souveraine. Tout au long de l’examen de ce texte, nous y veillerons. Comptez sur nous ! Vive nos armées, vive la République et vive la France ! (Applaudissements sur les bancs des groupes RN et UDR.)
Oh !
Le rapport annexé au texte définit un cadre, des objectifs, une progression qui donneront lieu à l’achat et au développement de matériels.L’amendement tend à préciser que ces achats devront se faire prioritairement en France et en second lieu, bien sûr, auprès de nos alliés européens. Il y va de notre autonomie stratégique, de notre indépendance, de notre souveraineté, mais aussi de l’essor économique de notre pays. Si nous entrons effectivement dans une économie de guerre, si davantage de commandes sont passées, des emplois seront créés. Franchement, nous avons besoin d’emplois, et il en va de même chez nos partenaires européens auxquels nous nous adresserons si les achats en question ne peuvent avoir lieu en France.Ainsi, pour que le ruissellement qui vous est si cher ait lieu – d’abord dans notre pays ! –, pour que cette économie de guerre serve non seulement les intérêts de notre défense mais aussi ceux de notre économie, pour créer de l’emploi alors que nous avons besoin de cotisations sociales en vue de maintenir notre système de protection et de retraite, le présent amendement met des mots sur une idée que nous partageons tous : l’industrie de défense française est notre priorité et l’industrie de défense européenne constitue autour d’elle un deuxième cercle concentrique auquel nous sommes également attentifs. (Applaudissements sur les bancs des groupes RN et UDR.)
Chers collègues de La France insoumise, on attribue toujours aux autres ses propres turpitudes ! Nous ne sommes pas là pour passer des accords de couloir mais pour dire ce que nous pensons, et nous croyons à la souveraineté nationale et à l’industrie française. En revanche, nous ne croyons pas au communisme, à l’Union soviétique…
…et à l’étatisation de toutes les entreprises. On a vu ce que cela donnait dans les pays que vous soutenez, comme Cuba ou le Venezuela – à chacun ses références !Si vous ne voulez pas que nos achats se fassent en France, dites-le ! Peut-être préférez-vous que nous nous fournissions en Corée du Nord, en Chine ou au Venezuela ? Peut-être avez-vous des accointances qui vous font détourner le regard de l’économie française ! Nous, nous l’avons à cœur. (M. Bastien Lachaud s’exclame.)Vous dites que notre amendement témoigne d’un manque de volonté politique. Mais malheureusement, nous ne produisons pas tout ! On voit ici la différence entre votre parti, qui n’est pas prêt à gouverner, qui promet l’intenable et que traverse une agitation permanente, et le nôtre. Nous, nous préparons à gouverner, et nous disons clairement que si un produit n’existe pas en France, nous préférons le faire venir d’Italie ou d’Espagne que des États-Unis, et que s’il n’existe pas en Italie ou en Espagne, nous chercherons à l’obtenir d’un pays allié. C’est ce pragmatisme qui fait la différence entre nous, et parfois aussi entre une dictature et une démocratie. (Applaudissements sur les bancs des groupes RN et UDR.)
Il n’est pas idéal de définir l’objectif de dépenses en faveur de nos armées par un indicateur formulé en termes de pourcentage du PIB, pour une raison simple : si l’on observe l’état actuel de notre économie, il ne semble pas impossible que cet objectif soit atteint, non parce que nous accroîtrions l’investissement consenti pour nos forces armées, mais parce que notre PIB dégringolerait ! Dans l’univers qui est le nôtre, compte tenu du retard que nous avons pris en matière de défense au cours des trente années qui viennent de s’écouler – partiellement rattrapé ces dernières années –, il est clair qu’il faut donner un coup d’accélérateur.C’est pourquoi nous estimons que, quitte à fixer un objectif, celui de 3 % serait plus sage que celui de 2,5 %, en vue de redonner du muscle à nos armées et de permettre aux militaires qui servent la France de vivre et de travailler dans de meilleures conditions. (Applaudissements sur quelques bancs du groupe RN.)
Monsieur Saintoul, nous le ferons. Nous couperons très largement dans des dépenses auxquelles vous ne toucheriez probablement pas : les 40 milliards que coûte l’immigration chaque année ou l’abondement au budget européen. Nous engagerons une cure d’amaigrissement de l’État qui se nourrit de ses propres impôts.
Vous, au contraire, voulez augmenter les impôts, renforcer l’assistanat, accueillir la terre entière. Il ne restera plus un kopeck – je prends des références qui vous parlent – pour nos armées.Nous ne croyons pas en cette vision misérabiliste, mais en la France et en sa défense. Pour cela, il faut aller chercher l’argent là où il se trouve, et probablement pas là où vous iriez – j’en suis convaincu. (Applaudissements sur les bancs des groupes RN et UDR.)
Madame la ministre, permettez-moi d’être taquin.
Vous nous expliquiez tout à l’heure que notre objectif de 3 % en 2030 n’était pas envisageable – cela aurait pesé sur vos successeurs –, mais celui de 3,5 % en 2035 vous semble finalement envisageable ?
Peut-être nos arguments vous ont-ils convaincue et ont-ils développé votre appétence à augmenter la part de PIB consacrée aux armées ? (Sourires.)Alors nous n’allons pas chipoter : nous aurions évidemment préféré 2030, mais nous voterons pour les 3,5 % en 2035 que nous propose notre collègue de la Marne. (Sourires.)Le grand débat sur la place des armées, sur la stratégie, sur les alliances et sur les dépenses militaires de la France aura lieu en 2027. N’occultons pas ce débat. Il y aura ensuite probablement un nouveau projet de loi de programmation militaire. Mais envoyons déjà un message aux militaires, aux industriels, aux Français. Nous avons compris qu’il fallait réarmer la France et nous prenons des décisions en ce sens. (Applaudissements sur les bancs des groupes RN et UDR.)
Depuis tout à l’heure, nous parlons beaucoup de coopération et de défense européenne. Nous n’allons pas contrevenir à cela : lorsqu’il existe un intérêt commun, des complémentarités de compétences, comme dans certains exemples cités par Mme la ministre, la coopération européenne peut être bénéfique. Cependant, il faut se garder de déléguer notre souveraineté et nos décisions à la Commission européenne.Nous parlions, à l’instant, avec mon collègue Limongi, de Safe, instrument européen qui permet la distribution de prêts. Mais qui décide de débloquer un emprunt pour la France ? C’est l’Union européenne qui dicte quels projets nous avons le droit de financer. C’est une perte de souveraineté. Nous pourrions aussi évoquer le sujet complexe d’Edip (Sourires) – programme pour l’industrie européenne de la défense –, qui finance des achats européens.
Vous avez peu d’humour, c’était fait exprès. Je vous laisse y réfléchir.Dans ce cadre, la France financera un budget européen, mais l’Union européenne décidera de la nature des investissements. Nous donnerons 100, pour un jour récupérer 80, mais sans pouvoir décider pour quel usage. Pour éviter ce transfert de souveraineté, nous souhaitons préciser, dans le rapport annexé, qu’aucune décision ne pourra mener à un transfert de souveraineté à un organisme supranational, que ce soit l’Union européenne ou un autre.
J’ai entendu les belles paroles – auxquelles je veux croire – de Mme la ministre, qui disait qu’il n’existait pas de volonté d’aboutir à ce transfert. Dans ce cas, écrivons-le. (Applaudissements sur plusieurs bancs des groupes RN et UDR.)
Tantôt procureur, tantôt instituteur, tel est M. Saintoul.Si j’écoute bien nos rapporteurs et Mme la ministre, la France propose, l’Europe dispose. Cela ne nous convient pas. Quitte à dépenser des milliards, suivons des circuits courts, qui ont tout de même des mérites. Plutôt que d’alimenter une usine à gaz, dans laquelle nous mettrons des milliards pour qu’elle décide si nous sommes assez méritants pour les récupérer, ne lui donnons pas un centime ! Gardons notre argent, choisissons où nous l’investissons en direct : 100 % de l’investissement dans nos entreprises, pas 80 %. Mme von der Leyen n’aura pas son mot à dire, et c’est tant mieux ! Nous sommes le deuxième contributeur de l’Europe ; décidons pour nous-mêmes plutôt que d’alimenter, construire ou reconstruire les industries d’armement d’autres pays moins florissants que nous.Nous avons un privilège incroyable, une BITD qui crée, innove, produit et exporte, et nous serions assez fous pour financer la BITD de nos futurs concurrents ? Cela dit, vous l’avez fait pour l’agriculture, pour l’automobile, pour l’énergie. Vous voulez le faire pour la défense, mais attention, c’est le cœur de la souveraineté, alors pas touche. (Applaudissements sur les bancs des groupes RN et UDR.)
On rajeunit !
J’aimerais dire à mon collègue qu’une fonction de commissaire européen à la défense a été créée alors même que les traités font de la défense le domaine réservé des États. C’est une usurpation d’identité, c’est une entaille dans ces traités ! Quel Français a voulu qu’un commissaire européen à la défense décide pour lui ? Personne. Même vous, européiste gaga, vous ne l’avez pas décidé. À Bruxelles, des gens décident pour vous. Vous pouvez ne pas le voir, nous le voyons ; c’est notre côté lanceur d’alerte. (Sourires sur quelques bancs du groupe SOC.) Nous avons peut-être trente-cinq ans d’avance et non de retard. Aujourd’hui, les agriculteurs qui voient les résultats de la politique européenne se disent que nous avions peut-être, là aussi, raison plus tôt.Après cette digression, je reviens à l’amendement qui vise à rappeler ce qu’est l’actualisation de la loi de programmation militaire. Ce n’est pas une vision stratégique, mais une œuvre comptable qui témoigne de l’insincérité de la version de 2023.Les députés du Rassemblement national avaient mis en lumière cette insincérité, en montrant que la LPM ne prenait pas en compte des financements pour l’Ukraine, des opérations extérieures, le risque d’inflation et d’augmentation du prix de l’énergie. Patatras, la réalité est venue à vous, si bien que vous rafistolez les choses en urgence avec une actualisation ! Cet amendement indique tout cela clairement. Je suis sans illusion sur le fait que vous l’acceptiez, mais cela méritait d’être dit ; c’est chose faite. (Applaudissements sur quelques bancs du groupe RN.)
Source : compte rendu intégral officiel de l'Assemblée nationale, capturé le 2026-09-01. Texte reproduit tel que publié par l'Assemblée, hors interventions de présidence de séance (ouverture, clôture, mise aux voix).