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Discours du 6 mai 2026

Laurent Jacobelli · Session ordinaire 2025 -2026 · séance n°222

Monsieur le député de la Pravda, on peut effectivement tout nationaliser et étatiser. Vous savez, le mot « entreprise » n’est pas un gros mot. Les entreprises créent des emplois, ces emplois créent de la richesse. L’argent gagné par les salariés alimente la consommation, laquelle entraîne la création de nouveaux emplois, qui produisent des cotisations pour les retraites et la sécurité sociale. Monsieur Saintoul, nous n’avons pas honte de dire que, bien sûr, les entreprises doivent être associées lorsque nous parlons de la BITD, d’efforts de production, de nouveaux cadencements ou de nouvelles lignes de montage. Nous ne pouvons pas leur imposer cela depuis les bancs de l’Assemblée nationale sans leur parler.D’ailleurs, vous vous intéressez également aux entreprises : j’ai cru voir que votre parti faisait le siège devant un distributeur de poulets. Vous voyez, chacun choisit ses entreprises : vous défendez Master Poulet, nous défendons les industries de la défense. Chacun son rôle ! (Applaudissements sur les bancs des groupes RN et UDR.)

Sur celui de l’article 70, alinéa 3, puisque j’ai été personnellement mis en cause en étant appelé le député Je suis partout. Je demande que le collègue en question soit convoqué et sanctionné par le bureau, et vous prie, madame la présidente, de faire suivre cette requête. Qu’un député de La France insoumise fasse référence à un journal antisémite n’est pas une surprise…

…mais qu’ils gardent ces références pour eux, pour leurs députés et leurs candidats, qui condamnent et insultent chaque jour nos concitoyens de confession juive, voire les agressent, tout simplement pour conquérir un électorat.Monsieur, non seulement vos propos sont infamants, mais en plus vous représentez un parti ignoble. L’antisémitisme, aujourd’hui, c’est vous. Je refuse d’être associé à cela et je demande que des sanctions sévères soient prises contre cet énergumène ! (Vifs applaudissements sur les bancs des groupes RN et UDR.)

J’exprime toute la solidarité de mon groupe avec M. le rapporteur, qui a le droit d’être contredit mais pas d’être insulté ! (Applaudissements sur les bancs du groupe RN.) Monsieur Saintoul, on peut avoir des différends, des débats et des divergences mais quelqu’un qui – comme vous, d’ailleurs – s’est engagé pour la nation mérite d’être respecté, dans le cadre d’un débat sérieux.Vous nous dites que le rôle des armées est d’organiser la résilience climatique au moment où l’on évoque la possibilité d’une guerre de haute intensité ! Que voulez-vous donc ? Que nous disions : « Allô, monsieur Poutine, nous sommes en train de recharger les chars électriques ! » ; « Allô, monsieur le président chinois – je ne parviens jamais à prononcer son nom –, nous préparons les trottinettes électriques ! » Vous êtes un grand malade !

Au moment où nous devons renforcer nos armées, vous nous parlez de résilience climatique, vous êtes un idéologue obtus ! (Applaudissements sur les bancs des groupes RN et UDR.)

Ça n’a rien à voir avec l’amendement !

Il s’agit, je crois, d’un amendement de réveil.Il est souvent question de nombreuses ingérences en Europe, qu’elles soient physiques ou numériques. Il convient en effet d’en parler, comme nous le faisons dans le cadre de ce projet de loi actualisant la programmation militaire.Il en existe d’autres, qui se font à bas bruit. Connaissez-vous la technique du voleur chinois ? C’est ce voleur qui déplace chaque jour l’objet d’un centimètre. Jamais vous ne vous en rendez compte, jusqu’au jour où vous vous réveillez, vous regardez dans le salon : l’objet n’est plus là. Eh bien, cet objet s’appelle la souveraineté nationale et le voleur chinois, l’Union européenne. En effet, on nous câline, on nous rassure, on nous anesthésie : ne vous en faites pas, braves gens, nous allons seulement acheter tous ensemble, c’est bien pour vous. Voilà ce que l’on nous explique, ce que l’on entend à longueur de temps.Mais, à bien y regarder, nous nous retrouvons avec un commissaire européen à la défense, comme si notre ministre de la défense ne suffisait pas. Quant à nous, madame la ministre, nous tenons à ce que ce soit vous qui décidiez – ou plutôt votre successeur ou votre successeure.

Nous souhaitons en tout cas que ce soit un ministre français.Certains programmes européens visent prétendument à faciliter les achats. Mais que facilitent-ils ? Quand nous donnons cent à l’Union européenne, elle nous rend quatre-vingts. Qui plus est, elle décide de la destination de notre investissement. Eh bien, je préfère quant à moi que nous utilisions les cent nous-mêmes et que nous choisissions.Bref, il s’agit d’un amendement dont l’intérêt est de mettre en avant l’ingérence de l’Union européenne, cet empire qui avance à bas bruit au détriment de la souveraineté des peuples. Vous constaterez d’ailleurs que je dis vrai dans un instant, quand nous examinerons l’amendement Sitzenstuhl. (Applaudissements sur les bancs des groupes RN et UDR.)

Rappel au règlement sur la base de l’article 70, alinéa 3, pour mise en cause personnelle.Soit le collègue Cormier-Bouligeon manque de culture, soit il est de mauvaise foi, soit les deux. En 2018, le journal L’Opinion titrait « Édouard Philippe – vous savez, Édouard Philippe, l’homme des 80 kilomètres-heure, de la TICPE, des gilets jaunes… – et la technique du voleur chinois ». Je ne crois pas que L’Opinion soit un journal raciste. Ce serait d’aussi mauvaise foi que si j’avais dit que vous étiez raciste parce que vous avez parlé d’humour débridé…

Monsieur le député Sitzenstuhl, cher Charles, merci de donner corps à ma démonstration et de montrer qu’il y a ici des européistes béats. Cela contredit d’ailleurs le discours de M. le rapporteur et de Mme la ministre. En Macronie, on ne sait plus à quel saint se vouer.

C’est inquiétant. Certains disent qu’il faut travailler avec nos partenaires européens pour se défendre mutuellement, ce qui est logique et constitue le cadre de nos accords ; d’autres, comme vous, veulent construire une Europe fédérale – dites-le, ce n’est pas une maladie ! – par tous les moyens, y compris celui de la défense.Quoi qu’il en soit, si cette phrase est insérée dans l’actualisation, nous serons amenés à réfléchir à deux fois, voire à trois fois, avant de voter le texte. Nous voulons en effet défendre notre souveraineté, soutenir notre défense et les armées françaises, mais nous ne voulons pas entrer dans ce délire européiste. Chacun doit mesurer l’importance de ce moment. (Applaudissements sur les bancs des groupes RN et UDR.)

Commençons par nos points d’accord. Oui, bien sûr, il y a des coopérations européennes utiles. Oui, bien sûr, entre pays européens, nous nous devons assistance. Oui, bien sûr, nous devons faire en sorte que nos armées travaillent ensemble grâce à l’accroissement de l’interopérabilité. Ce sont des évidences.En revanche, nous avons des points de désaccord, qui font l’objet de cet amendement : je veux parler de la perte de souveraineté. J’entends certains, que je crois de bonne foi, prétendre que lorsqu’on achète ou qu’on produit ensemble, on est plus forts. Sur le papier, c’est séduisant. Mais quand la France abonde le budget européen et que la Commission décide à quels programmes des investissements seront consacrés, on ne peut nier que même si elle ne détermine pas notre stratégie, lorsqu’elle privilégie tel appareil ou tel fournisseur plutôt que tel autre, ses choix auront des effets sur les équipements, qui eux-mêmes pèseront sur les stratégies. C’est une perte de souveraineté insidieuse.Je voudrais tordre le cou à une légende : non, Mme von der Leyen ne dispose pas d’une imprimante à billets dans sa cave. L’argent européen n’est pas de l’argent magique qu’aurait créé la déesse Europa !

Cet argent vient au contraire du contribuable français ! (Applaudissements sur les bancs du groupe RN.) Quand nous quémandons un financement auprès de l’Union européenne, nous cherchons donc seulement à récupérer une partie de notre argent !

Cela s’est passé de cette manière s’agissant de l’agriculture, de l’énergie, de l’industrie. Pourquoi ne le comprenez-vous pas ? Pourquoi commettre à nouveau les erreurs du passé ? Une fois encore, plutôt que d’abonder de 4 milliards par an le budget européen de la défense à partir de 2028, gardons cet argent et choisissons les fournisseurs et les équipements avec lesquels nous allons travailler ! Arrêtons de donner la clef aux autres : celui qui détient le pouvoir financier détient le pouvoir tout court ! Nous ne voulons pas nous en départir. (Applaudissements sur les bancs des groupes RN et UDR.)

Je réponds à notre collègue Cormier-Bouligeon qu’il y a dix ans, tous ces programmes n’existaient pas, alors même que l’UE existait. Je ne vois donc pas pourquoi ils constitueraient aujourd’hui une condition nécessaire et suffisante pour continuer de faire partie de l’Union. Je ne sais pas quelle lubie l’a pris – peut-être qu’un peu de sommeil nous le ragaillardirait ! (Sourires sur les bancs du groupe RN.)Monsieur le rapporteur, je crois à votre sincérité. Mais il y a quelque chose que vous n’avez pas vu ou pas dit. Lorsque, par exemple, l’Union européenne emprunte au nom des États, elle le fait sur le même marché que celui où la France aurait emprunté ; or l’UE le fait en bénéficiant de taux d’intérêt et de garanties qui ne sont pas les mêmes que ceux qui s’appliquent à nous. Il se produira donc demain un détournement des liquidités vers les emprunts européens plutôt que français, ce qui conduira à une augmentation de notre taux d’emprunt.Si l’on ajoute à cela nos 3 600 milliards de dette et la pression fiscale historique qui s’abat sur les Français, on en conclura que la France ne trouvera plus jamais d’argent ! En réalité, cette Europe de la défense est l’aveu que vous avez échoué à gérer les deniers publics, à soutenir une industrie florissante et à exercer l’autonomie et, parfois, le courage de décider. Cette Union européenne est donc pour vous une facilité, une sorte de cocon, qui vous empêche de décider et de réfléchir. Nous n’avons pas la même vision des choses.Vous évoquiez l’Edip, monsieur le rapporteur. Vous savez qu’aujourd’hui, l’argent des Français peut servir à financer des programmes qui sont à 65 % d’origine européenne – donc à 35 % d’origine extra-européenne ! Vous prétendez que ces programmes aideront nos industries mais en réalité, nous financerons l’industrie étrangère. Il en est allé de même avec la politique agricole commune (PAC) : l’argent des agriculteurs français a fini par servir à financer les exploitations allemandes, qui à présent nous dépassent. Nous avons essayé une fois ; sur un sujet aussi vital que celui qui nous occupe, ne nous livrons pas à une deuxième tentative !Monsieur Cormier-Bouligeon, je persiste et signe ! Puisque vous êtes si européen, laissez-nous donc en paix et partez à Bruxelles, au Parlement européen : cela nous fera du bien ! (Applaudissements sur les bancs des groupes RN et UDR.)

Vous avez ruiné la France ! Rasez les murs !

On a vu ce qui nous divisait. La bonne nouvelle de ces débats, qui sont parfois un peu caricaturaux mais souvent intéressants, c’est qu’on a aussi, je crois, trouvé un point d’accord.

Mais ne dites pas non avant que j’aie parlé ! Vous vous ridiculisez !Il nous faut raisonner en cercles concentriques. Prenons l’objectif – par exemple, équiper nos militaires en armement. En premier lieu, il convient de solliciter l’industrie française. Si elle n’est pas en mesure de répondre, nous pouvons nous tourner vers nos amis européens. S’ils n’y parviennent pas non plus, nous pouvons élargir à un troisième cercle : nos alliés. Ensuite, il faudra faire preuve de pragmatisme et malheureusement arbitrer entre nos réticences à travailler avec des acteurs en qui l’on n’a pas forcément confiance et les besoins de nos armées.Sur cette hiérarchie, nous devrions pouvoir nous accorder. C’est l’objet de cet amendement. Il propose de remplacer la notion de « préférence européenne » qui figure dans le texte – au passage, que plus personne ne ricane lorsque nous parlons de priorité nationale ! – par une formulation qui traduit l’idée qu’il y a une autre priorité au sein de l’espace européen : l’industrie française. Les priorités française et européenne ne sont pas contradictoires, elles sont complémentaires et logiques.Mme la ministre le disait elle-même : lorsque c’est la BITD française qui travaille, ce sont des emplois en France et donc des salariés français qui cotisent et qui renflouent les caisses sociales. Tout cela est donc un ordonnancement politiquement cohérent. C’est ce que nous proposons dans cet amendement, loin de toute polémique. (Applaudissements sur plusieurs bancs des groupes RN et UDR.)

Sans vouloir vous offenser, monsieur le rapporteur, je ne suis pas sûr que votre argument soit de bonne foi. Nous n’avons pas dit qu’il ne fallait pas travailler avec les Grecs. Il ne me semble d’ailleurs pas qu’ils produisent des équipements pour la marine.Simplement, lorsqu’il y a quelque chose que nous pouvons produire en France, produisons-le en France plutôt que de l’acheter ailleurs ! Et quand nous ne l’avons pas, travaillons avec nos partenaires avant de travailler avec les autres.Ce que je ne comprends pas, c’est que nous avons déjà voté ce type d’amendement. Il n’est pas question d’exclure les autres. Si je me suis mal exprimé, ce qui est tout à fait possible à l’approche de l’heure du dîner, je le redis clairement : l’idée est bien de travailler avec les autres. Bien sûr, notre industrie étant plus forte, nous serons les principaux bénéficiaires et – je n’ai pas honte de le dire – c’est tant mieux.Aucune entreprise française ne comprendrait que la priorité ne lui soit pas donnée sur son propre territoire. D’ailleurs, Mme la ministre le rappelait encore hier – je la cite pour la deuxième fois, cela commence à m’inquiéter ! – en indiquant que 90 % des achats se faisaient déjà en France. Ce que nous demandons n’est donc pas farfelu : il s’agit simplement de l’écrire dans le texte.Mais s’il vous plaît, ayons un débat de bonne foi. Sortir la Grèce comme joker pour justifier une position, je trouve cela inconvenant. (Applaudissements sur quelques bancs du groupe RN.)

Le cadre financier pluriannuel (CFP) de l’Union européenne 2028-2034 est en train d’être négocié. En l’état actuel des négociations, le budget consacré à la sécurité et à la défense sur cette période s’élèverait à 131 milliards d’euros. La France l’abonderait à hauteur de 24 milliards, soit 4 milliards par an. Madame la ministre, messieurs les rapporteurs, ça en fait des frégates, ça en fait des avions !Depuis le début, nous nous disons qu’avec un budget restreint, nous peinons à imaginer une restructuration de nos armées. Cela permet de régler des vieilles dettes, pas d’avoir une ambition pour nos forces. L’argent est là. Pourquoi aller le donner à un budget européen ? Pourquoi déléguer notre décision ? Pourquoi laisser à d’autres le soin d’imaginer ce que doit être notre défense ?Je crois qu’ici, nous sommes assez responsables. Vous êtes assez qualifiée, madame la ministre, vous êtes assez passionnés par la question, messieurs les rapporteurs, pour pouvoir dessiner les contours de l’armée de 2028 et après.Je vous propose tout simplement de garder ces 4 milliards par an et de les réinvestir directement dans nos armées, sans le truchement de nos chers commissaires. (Applaudissements sur quelques bancs des groupes RN et UDR.)

Dire que nous ne voulons pas continuer à payer une contribution toujours plus importante à l’Union européenne, en quoi est-ce du Frexit ? Cet argent est nécessaire aux Français. Pourquoi augmenter le budget de l’Union européenne ? Cela veut bien dire qu’elle prend plus de pouvoir et qu’elle grignote chaque jour des kilomètres de souveraineté sur notre périmètre.C’est un aveu d’impuissance. Il y a deux sortes d’hommes d’État : ceux qui courbent l’échine – comme le font les dirigeants actuels vis-à-vis de l’Europe – et ceux qui résistent. J’ai l’honneur de penser que nous faisons partie de la deuxième catégorie. (Applaudissements sur plusieurs bancs des groupes RN et UDR.)

Vous n’avez aucune décence !

Source : compte rendu intégral officiel de l'Assemblée nationale, capturé le 2026-09-01. Texte reproduit tel que publié par l'Assemblée, hors interventions de présidence de séance (ouverture, clôture, mise aux voix).