Discours du 7 mai 2026
Laurent Jacobelli · Session ordinaire 2025 -2026 · séance n°226
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En vertu de l’article 50 du règlement, relatif aux jours de séance, j’observe que nous ne sommes, vous compris, monsieur le président, que dix-sept députés présents dans l’hémicycle ce soir. Je n’en blâme aucun de mes collègues, mais bien ce gouvernement, qui n’a pas su gérer le calendrier parlementaire.L’examen de ce projet de loi par la commission de la défense est tombé pendant la semaine d’interruption des travaux, alors que certains de nos collègues avaient déjà planifié leurs vacances. S’ils ont été absents, ce n’est pas qu’ils ne voulaient pas travailler, mais en raison de ce problème d’organisation.Nous avons dû travailler dans des délais tout à fait anormaux et produire des amendements dans un temps record. Même si les collègues ont fait des efforts, quel que soit leur parti ou leur groupe, ils n’ont probablement pas pu fournir la quantité de travail qui aurait été nécessaire sur une telle question.Alors que nous sommes dix-sept ce soir, je pense à toutes ces femmes et à tous ces hommes qui se battent pour la France et dont la mission est de nous défendre, à tous ces militaires et à tous ces civils qui travaillent pour la défense nationale. Ils se disent que l’examen de ce texte d’actualisation est mal organisé et s’en trouve bâclé. Simplement parce qu’il a fallu respecter le calendrier de communication du président de la République, qui voulait faire des annonces à l’occasion du 14 Juillet, on a procédé cul par-dessus tête, si vous me passez l’expression. Il n’est pas normal que nous travaillions dans de telles conditions.J’ajoute que nombre de collègues passionnés de la chose militaire ne sont pas là ce soir, car demain se tient la célébration du 8 Mai. Ils se trouvent tiraillés entre deux obligations.
Nos militaires et nos armées méritent mieux. Pour notre part, nous poursuivrons nos efforts pour gagner du temps, en nous contentant de dire que l’amendement est « défendu » chaque fois que ce sera possible. Mais à l’impossible, nul n’est tenu. Je le redis, le gouvernement est largement responsable. (Applaudissements sur les bancs du groupe RN.)
Ce n’est pas ce que j’ai fait !
Je me permets de défendre cet excellent amendement de mon collègue Giletti.Nous nous souvenons tous de la réforme de la rémunération des militaires, intervenue en 2023. À cette occasion, l’indemnité de garnison des militaires (Igar) a remplacé un certain nombre de primes. Or, à la différence de ces dernières, l’Igar est fiscalisée, ce qui se traduit dans certains foyers par une perte pouvant atteindre plusieurs centaines d’euros. La crise du pouvoir d’achat affecte tout le monde, y compris les militaires. À l’heure où l’on parle de fidélisation des personnels et d’attractivité des métiers, il est nécessaire de bien comprendre où nous en sommes. C’est pourquoi nous demandons, par cet amendement, une évaluation des effets induits par ce changement dans le calcul de l’impôt, notamment de son impact sur le pouvoir d’achat. Il s’agit d’en avoir le cœur net.
Nous allons parler de Safe – Agir pour la sécurité de l’Europe ou Security Action for Europe – car c’est un sujet que nous aimons bien ! L’annexe contient un glossaire dans lequel on trouve le terme Safe, et il y est expliqué de manière un peu frauduleuse : on dit que l’emprunt pourrait atteindre jusqu’à 150 milliards d’euros et cela donne presque l’impression que c’est pour chaque État, alors que c’est la somme totale. Bref, vous le présentez sous ses meilleurs atours.Je rappelle que l’argent magique et gratuit n’existe pas. Créer une dette européenne en plus de la dette française n’est pas forcément une très bonne idée. L’argent emprunté pour être réalloué aux États par l’Union européenne fera concurrence sur le marché des liquidités aux emprunts de la France, qui est dans une situation économique lamentable et historiquement grave, avec 3 500 milliards d’euros de dette.Nous sommes pris entre le marteau et l’enclume. Nous sommes un pays tellement endetté qu’il n’est plus attractif aujourd’hui pour les investisseurs. Alors, que faisons-nous ? Nous nous retournons vers maman Ursula et nous lui demandons d’emprunter pour nous. Mais cela nous fait entrer dans un cercle vicieux, et c’est cette même maman Ursula qui décidera quels sont les bons investissements, ce qui est une perte de souveraineté… (Le temps de parole étant écoulé, M. le président coupe le micro de l’orateur.)
Vous êtes particulièrement gonflé monsieur Saintoul ! D’où tenez-vous que nous ferions un programme d’austérité ? Au contraire, nous allons défiscaliser, abolir des normes, rendre du pouvoir d’achat aux Français – l’inverse de ce que vous voudriez faire en bons soviétiques.Pour en revenir à Safe, il est tout de même gênant d’avoir une facilité d’emprunt et d’achat de produits qui peuvent être non européens à hauteur de 35 %. Si vous m’aviez dit qu’il y aurait une garantie, que cela servirait à la BITD française et que des pays feraient des emprunts pour acheter français, italien ou allemand, j’aurais trouvé qu’il y avait quelque chose à prendre. Mais vous allez laisser filer 35 % du marché ! Pire encore, de petits malins vont créer des filiales en Europe et, par leur intermédiaire, alimenter notre territoire. D’ailleurs, vous le voyez bien, certains pays européens ne jouent pas le jeu : ils préfèrent acheter des avions américains plutôt que le Rafale. Tout cela est une chimère, la réalité vous reviendra au visage comme un boomerang, et c’est bien triste. (M. Julien Limongi applaudit.)
Et faire des économies, ça ne vous dirait rien ?
On nous en aura parlé de ces 36 milliards ! Parfois, on a du mal à nous expliquer à quoi ils vont servir ; parfois, on a du mal à nous expliquer d’où ils viennent. En tout cas, une chose est certaine : vous n’en serez pas responsables, ou seulement à la marge, puisque 70 % de cette somme seront engagés après la présidentielle de 2027. Vous promettez, nous agirons ! Mais croyez bien que nous agirons différemment.
C’est encore une manière pour Emmanuel Macron – c’est sa façon de gouverner – de forcer la main des Français et de préparer l’avenir à son image : Amélie de Montchalin à la Cour des comptes, Emmanuel Moulin à la Banque de France…
…et une programmation militaire actualisée juste avant son départ.Mais ça ne marche pas comme ça ! Nous vous proposons de changer l’échéancier de sorte qu’une plus grosse partie de cette somme soit engagée pendant vos années de mandat. Assumez : c’est à vous d’aller chercher l’argent ! Ensuite, nous compléterons le financement, avec l’argent économisé sur l’immigration,…
…avec l’argent aujourd’hui versé à l’Union européenne, avec l’arrêt des gabegies de l’État. Faisons les choses dans l’ordre !… (Le temps de parole étant écoulé, M. le président coupe le micro de l’orateur. – Les députés du groupe RN applaudissent ce dernier.)
Rassurez-vous, je ne ferai pas de vidéo avec cette intervention ! Il n’en demeure pas moins qu’on peut s’interroger sur les raisons de cette précipitation à actualiser la programmation militaire, quitte à le faire dans une forme de désorganisation – nous le voyons ce soir. Pourquoi cette actualisation juste un an avant l’élection présidentielle ? Bien sûr, c’est pour rendre un peu plus sincère une LPM qui ne l’était pas, mais, honnêtement, c’est aussi un peu pour forcer la main.
Quel que soit le résultat de l’élection, le futur président ou la future présidente de la République fera une nouvelle LPM correspondant au programme qu’il ou elle aura présenté aux Françaises et aux Français. Donc, tout cela, c’est de la précipitation, dès lors que 70 % de l’effort est reporté après l’élection.Monsieur Cormier-Bouligeon, vous avez parlé de destruction de la France. Je vous rappelle que votre président, c’est Macron, et qu’en la matière, il est champion !
Non !
Vous n’avez que cela à la bouche – impôts, taxes. La taxite, c’est un vice permanent, une maladie chronique chez vous !Il y a plus simple : faire des économies. Nos concitoyens et nos entreprises sont les plus imposés au monde, nous sommes le pays le plus normé d’Europe, et pourtant, notre dette est abyssale.Nous plaidons pour supprimer les 40 milliards que coûte l’immigration de guichet social.
Coupons également les crédits des agences et organismes d’État qui coûtent des milliards et ne servent à rien, comme l’Autorité de régulation de la communication audiovisuelle et numérique (Arcom) ou l’Agence de la transition écologique (Ademe).Coupons le budget européen, qui augmente de 6 milliards pour la France ! Vous voulez de l’argent ? On en a !Lâchez les Français et les entreprises : on n’en peut plus de vos impôts ! (Applaudissements sur les bancs du groupe RN.)
Ah, voilà !
Bof…
C’est sûr qu’on ne parle pas du vôtre !
Ce concours de taxes commence à devenir effrayant. Il y a en France plus de 500 taxes et impôts différents. Si vous nous faites tout l’inventaire de ces impôts et taxes pour nous expliquer comment vous allez les augmenter, c’est terrifiant. Je pense que ceux qui nous regardent ce soir voient de leurs propres yeux deux horreurs.
La première horreur, ce sont les vampires fiscaux qui vont leur faire les poches – la gauche et l’extrême gauche, enfin c’est du pareil au même maintenant, autant dire LFI et ses affidés, y compris socialistes. La seconde horreur, ce sont ces menteurs professionnels qui nous expliquent que le service public va très bien. Mais quand votre classe de CM1 ferme, vous vous rendez compte que cela ne va pas bien.
De même quand des milliers de lits d’hôpitaux sont supprimés. Et quand il n’y a plus aucune administration en centre-ville et que vous êtes obligé de faire 50 kilomètres pour remplir un papier, vous vous rendez compte que oui, il y a une perte de service public.Plutôt que de faire le concours Lépine de la plus mauvaise gestion et du programme le plus détestable, on ferait bien de retourner à ce qui nous intéresse aujourd’hui, c’est-à-dire l’actualisation de la loi de programmation militaire. (M. Julien Limongi applaudit.)
Le législateur a établi que le produit des cessions immobilières liées au patrimoine de nos armées revient à nos armées. La Cour des comptes a cependant identifié un certain nombre de cas où ce principe n’avait pas été respecté – la cession de l’îlot Saint-Germain, par exemple.L’amendement de mon collègue Tonussi prévoit donc de préciser que le respect de ce principe conditionne la sincérité budgétaire de la programmation.
Bah non !
Après avoir écouté M. le rapporteur, je retire l’amendement.
Source : compte rendu intégral officiel de l'Assemblée nationale, capturé le 2026-09-01. Texte reproduit tel que publié par l'Assemblée, hors interventions de présidence de séance (ouverture, clôture, mise aux voix).