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Discours du 27 avril 2026

Laurent Mazaury · Session ordinaire 2025 -2026 · séance n°210

Je me tiens devant vous aujourd’hui pour porter un regard lucide et, j’oserais dire, vigilant, sur les perspectives économiques qui nous sont présentées dans ce rapport d’avancement pour l’année 2026. La France a engagé ses finances publiques dans un redressement réel, mais encore fragile. Le déficit a bien reculé de 5,8 % en 2024 à 5,1 % en 2025, et serait ramené à 5 % en 2026. Nous sommes cependant toujours très loin de l’objectif de 3 % qui résulte de nos engagements européens.Le cap sera d’autant plus difficile à tenir que la charge de la dette publique ne cesse de s’alourdir, amplifiée par l’envol des taux consécutif à la guerre en Iran : les intérêts dépasseront 64 milliards d’euros en 2026, ce qui limite fortement les marges de manœuvre à venir. Si les chiffres alignés par le gouvernement tentent de dessiner une trajectoire de résilience face aux perturbations géopolitiques et commerciales, l’analyse approfondie des données nous impose une tout autre lecture, malheureusement : celle d’une France à la croisée des chemins, entravée par des fragilités structurelles que nous ne pouvons plus nous permettre d’ignorer.Le premier point de vigilance concerne notre place dans le monde. Selon les prévisions, la croissance mondiale devrait s’établir à 3,3 % en 2025. Cependant, ne nous y trompons pas : cette croissance est largement portée par les économies émergentes, tandis que nos partenaires historiques, des économies avancées, stagnent. La question que nous devons nous poser est assez simple en apparence : notre industrie est-elle encore assez compétitive pour capter cette dynamique mondiale, ou allons-nous rester les spectateurs d’une croissance qui se fait sans nous ? Toutes nos actions politiques, au niveau national comme local, doivent tendre vers le soutien à notre industrie : il ne faut plus de lois lui mettant des bâtons dans les roues, plus d’idéologie anti-industrielle – de grâce !Ensuite, tournons-nous vers le cœur de notre économie : nos entreprises au sens le plus large. Le rapport met en avant un taux de marge des sociétés non financières projeté à 30,9 % pour 2026. Si ce chiffre semble supérieur à la moyenne sur la période 2014-2019, qui était de 30,7 %, il cache une réalité plus sombre : une érosion constante depuis le pic inespéré de 2021. Plus inquiétant encore, l’investissement total des entreprises marque à nouveau le pas face au regain d’incertitude engendré par le conflit au Moyen-Orient. L’investissement des entreprises devrait connaître une hausse de 1,3 % en 2026 selon les prévisions du projet de loi de finances (PLF) pour l’année 2026. L’investissement dans la construction est reparti à la hausse au deuxième trimestre de l’année 2025, et cette dynamique devrait encore s’accélérer en 2026, sous l’effet notamment du plan Relance logement annoncé par le gouvernement.Comment espérer une croissance durable si nos créateurs de richesses n’ont plus la visibilité ni les moyens nécessaires pour investir massivement dans l’avenir et, pire, quand certains les désignent ici même en permanence comme les ennemis des Français ? Bien au contraire, ce sont nos entrepreneurs qui portent le futur de notre pays, ce sont eux qui portent à bout de bras le financement de notre système social.Mon troisième point de vigilance, sans doute le plus crucial pour nos concitoyens, concerne le pouvoir d’achat. Le rapport présente une modeste hausse de celui-ci, de 0,6 % en 2025. Il s’agit là d’une toute petite bouffée d’oxygène, bien dérisoire face aux efforts demandés, dont les Français ressentent les effets. En 2026, l’inflation progressera à nouveau plus vite que le revenu disponible brut – + 1,9 % contre + 1,7 % –, entamant le pouvoir d’achat de nos concitoyens. En parallèle, nous observons un phénomène alarmant : la consommation stagne alors que le taux d’épargne continue d’augmenter, à des niveaux anormalement élevés. C’est le signe d’une crise de confiance majeure. Les Français épargnent par précaution parce qu’ils ont peur de demain : peur des taxes supplémentaires, dont nous avons le secret dans cet hémicycle, et de l’inflation, qui, bien que ralentie, continue de peser en tant que déflateur de la consommation.Enfin, parlons de la pression fiscale. Les tableaux du rapport montrent clairement le poids des prélèvements obligatoires et des mesures nouvelles, qui viennent amputer l’évolution du revenu disponible brut. On nous parle de relance, mais on continue de ponctionner les revenus d’activité et les prestations. En tant que député, je pose la question : où est la vision ?Ce rapport nous montre une France qui survit sur ses acquis mais ne construit rien de neuf. Nous surveillerons donc avec la plus grande attention la défaillance de l’investissement, la fragilité des marges de nos PME, qui sont les premières victimes de l’instabilité économique, et l’incapacité des gouvernements successifs à transformer l’épargne des Français en consommation réelle, faute de confiance dans sa politique économique.La France ne peut se contenter de prévisions tièdes. Elle a besoin d’un cap, de liberté pour ses entreprises et d’une véritable protection du fruit du travail de ses citoyens. Pour cela, nous devons défendre, avec nos partenaires européens, la réindustrialisation de notre continent, comme le souligne le rapport Draghi. Notre pays mérite mieux que des promesses creuses et des projets irréalistes. Dans cet hémicycle, notre devoir est clair : construire un vrai projet de redressement national – un projet qui ne se contente pas de dénoncer, mais qui agit. Ne soyons ni les Cassandre de Troie ni les Turgot de Louis XVI !

Source : compte rendu intégral officiel de l'Assemblée nationale, capturé le 2026-09-01. Texte reproduit tel que publié par l'Assemblée, hors interventions de présidence de séance (ouverture, clôture, mise aux voix).