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Discours du 3 février 2026

Liliana Tanguy · Session ordinaire 2025 -2026 · séance n°139

La proposition de résolution que nous examinons ce soir n’est pas une simple résolution diplomatique, c’est un acte politique fort. Elle réaffirme que l’Europe ne cède ni à l’intimidation ni à la logique expansionniste d’une grande puissance qui bafoue le droit international. Elle incarne la vision d’une Europe solidaire et indépendante ayant la capacité d’agir fermement pour notre sécurité collective.Je veux saluer ici le travail remarquable de nos deux rapporteurs, Vincent Caure et Damien Girard, qui ont su faire entendre une voix claire, ferme, européenne. Je souhaite également souligner l’initiative de Vincent Caure et du président de la commission des affaires européennes, Pieyre-Alexandre Anglade, qui se sont rendus récemment au Groenland, dans le cadre d’une mission à Nuuk, pour porter un message de solidarité française et européenne.Les déclarations du président des États-Unis suggérant ouvertement l’annexion du Groenland ne relèvent pas de la provocation passagère. Elles traduisent une vision du monde dans laquelle la force primerait sur le droit et où les territoires arctiques deviendraient des pions sur un échiquier stratégique. Le président de la République a rappelé lors de la visite récente des premiers ministres du Groenland et du Danemark : « Le Groenland n’est ni à vendre ni à prendre. » Il n’est pas un espace vacant à conquérir, mais un territoire autonome européen par son histoire et son statut de pays et territoire d’outre-mer associé à l’Union européenne. Ce qui se joue au Groenland annonce le retour brutal des tensions entre puissances dans une région clé de l’Arctique ; nous devons nous tenir prêts.Cette résolution est claire : nous exprimons notre solidarité totale envers les autorités danoises et groenlandaises et appelons à l’action par la mise à jour de la feuille de route pour l’Arctique et une coopération de défense concertée. La France renforcera bientôt sa présence au Groenland avec l’implantation d’un consulat le 6 février. Le ministre des affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, a rappelé récemment à Bruxelles que si les intérêts essentiels de l’Union et de ses membres faisaient l’objet de menaces, l’Europe aurait la capacité de mobiliser tous les instruments à sa disposition, y compris les plus puissants, pour y répondre.Cette tentation du rapport de force dépasse aujourd’hui le seul champ géopolitique en alimentant une montée des tensions dont personne ne sortira gagnant. Face aux menaces douanières visant la France et plusieurs États européens, nous avons su répondre d’une seule voix. En assumant la possibilité d’activer son instrument anticoercition, l’Europe a montré qu’elle savait se faire respecter. Cette unité, ferme mais mesurée, a permis d’enrayer l’escalade et de rouvrir le chemin du dialogue.Si la situation s’apaise, la vigilance reste de mise. Les Européens doivent continuer à faire front commun aux côtés de nos amis danois et groenlandais et à montrer, comme l’assure le président Gabriel Attal, que la France et l’Europe affirment clairement leur autorité dans les relations internationales.Car au-delà du cas spécifique du Groenland, c’est notre conception de l’Europe que nous défendons. Une Europe qui ne recule pas. Une Europe forte qui protège ses partenaires. Une Europe capable de répondre aux ambitions des puissances autoritaires par la solidarité, par l’unité et par la puissance du droit. Soutenir cette résolution, c’est défendre ces valeurs. L’adopter, c’est refuser de rester spectateurs face à un monde qui se durcit.Aujourd’hui, c’est la souveraineté d’un territoire arctique qui est en jeu. Demain, ce pourrait être celle de n’importe lequel de nos partenaires. Ce texte rappelle à notre allié américain que, même dans une relation d’amitié ancienne et forte, le respect mutuel reste la base. En réponse à la pression américaine, les dirigeants européens ont répondu dans une déclaration conjointe en réaffirmant que le Groenland appartenait à son peuple et que seuls le Danemark et le Groenland pouvaient décider de leur avenir. Cette résolution signifie à nos partenaires que lorsque l’Europe réagit de manière unie, elle se fait respecter avec fermeté et loyauté. Et elle leur rappelle que les principes de souveraineté et d’intégrité territoriale ne sont pas négociables. Le groupe EPR soutient pleinement cette proposition de résolution européenne et je vous invite donc, avec détermination, à voter en faveur de ce texte. (Applaudissements sur les bancs du groupe EPR.)

Ce n’est que votre avis !

D’intox !

Source : compte rendu intégral officiel de l'Assemblée nationale, capturé le 2026-09-01. Texte reproduit tel que publié par l'Assemblée, hors interventions de présidence de séance (ouverture, clôture, mise aux voix).