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Discours du 24 mars 2026

Lisa Belluco · Session ordinaire 2025 -2026 · séance n°177

Je voulais commencer par souligner la pertinence de ce débat, remercier les rapporteurs pour leur travail et mon collègue Fournier pour le choix du sujet.Chacun l’a à l’esprit, j’en suis sûre, ce débat s’inscrit dans un contexte international de guerre, où les ruptures d’approvisionnement en matières premières sont utilisées comme moyen de pression et levier d’action militaire.La situation internationale révèle les fragilités chroniques de la France et de ses secteurs stratégiques. Les chaînes de valeur mondialisées reposent sur des flux tendus de matières premières et de biens manufacturés, dont la moindre perturbation expose notre pays à des ruptures d’approvisionnement.Avec le blocage du détroit d’Ormuz, ce sont aujourd’hui les produits fossiles qui se retrouvent au centre de ces tensions. Par le passé, d’autres pressions ont existé – sur les puces électroniques, le gaz ou les vaccins –, et les risques à venir sont nombreux ; ils concernent l’acier, l’uranium ou encore les terres rares. Il est nécessaire de réfléchir à ce sujet, afin d’agir plutôt que de subir.Face à la pression croissante qui pèse sur certains matériaux comme les métaux critiques, il nous faut repenser nos besoins en prenant en compte les tensions géopolitiques potentielles. Il faut aussi noter que la complexification des modes de production accroît les vulnérabilités : alors qu’au début du XIXe siècle l’industrie n’utilisait que neuf métaux dans ses processus de production, ce sont les quatre-vingt-douze éléments du tableau périodique qui sont utilisés aujourd’hui pour la fabrication d’objets, au mépris de toute sobriété et de la réparabilité des objets.Dans un monde où les ressources sont de plus en plus rares, la question est de savoir si l’exploitation des minerais critiques est pertinente, voire si elle est réaliste. C’est une remise en question de notre modèle économique qui s’impose : il va falloir penser, et même planifier, une forme de décroissance.La raréfaction des ressources s’impose à nous d’une manière ou d’une autre : prenons le sujet à bras-le-corps et organisons la décroissance de notre dépendance ou, dit autrement, la croissance de notre autonomie stratégique.Dans cette perspective, la lutte contre l’obsolescence programmée est essentielle. Nous ne pouvons plus accepter un modèle économique fondé sur le renouvellement incessant des biens de consommation, qui alimente un extractivisme sans fin. Allonger la durée de vie des équipements, favoriser la réparabilité, développer les filières de recyclage, encourager le réemploi : autant de leviers concrets pour réduire la pression sur les matériaux critiques mais aussi pour redonner du sens à notre consommation, en la détachant de la logique du jetable.Au-delà de ces transformations, c’est notre rapport même à la croissance qu’il nous faut interroger. La transition écologique n’est pas possible à ressources constantes si nous continuons à suivre indéfiniment une trajectoire d’augmentation des volumes produits et consommés.Une forme de frugalité – on parle souvent de sobriété – doit s’imposer, non pas comme une contrainte subie mais comme un choix collectif éclairé et démocratique. Cela implique de repenser nos besoins, de hiérarchiser les usages et d’accepter que certaines activités diminuent, voire disparaissent. C’est la réalité physique qui s’impose à nous.Dès lors, la question d’une décroissance sélective ou d’une transformation profonde de notre modèle économique ne peut plus être éludée. Il ne s’agit pas de prôner un recul généralisé mais de reconnaître que la soutenabilité écologique exige une réduction de certaines productions et consommations, en particulier les plus intensives en ressources et les moins essentielles socialement.La réflexion doit être menée de manière démocratique, en veillant à la justice sociale, afin que les efforts soient équitablement répartis et pèsent prioritairement sur les personnes et les territoires qui peuvent les supporter.Pour assumer le coût de nos consommations et garantir le respect de normes socio-environnementales exigeantes, il est possible d’envisager la réouverture de mines en France mais, comme mon collègue Charles Fournier l’a rappelé, la mine propre n’existe pas. La note publiée par les rapporteurs le souligne clairement.La réalité d’une mine, c’est la dégradation irréversible des territoires et les risques accrus de pollution des écosystèmes locaux. Pour ne pas perpétuer les trajectoires actuelles, les réouvertures doivent s’accompagner d’une sobriété globale des besoins en métaux : il faut une décroissance de l’économie planifiée, organisée et démocratique, afin d’allouer au mieux les ressources disponibles.C’est un sujet épineux, qui a le mérite d’être mis sur la table aujourd’hui mais qui ne peut être résolu avec les solutions passéistes qui prônent le « Drill, baby, drill ! »Ce travail invite à engager le débat démocratique sur nos besoins et à repenser l’avenir de nos consommations.

Source : compte rendu intégral officiel de l'Assemblée nationale, capturé le 2026-09-01. Texte reproduit tel que publié par l'Assemblée, hors interventions de présidence de séance (ouverture, clôture, mise aux voix).