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Discours du 21 mai 2026

Lisa Belluco · Session ordinaire 2025-2026 · séance n°241

Parce que la participation des citoyens, c’est un empêchement ?

Le changement climatique, ça se regarde sur des séries longues !

Nous ne parlons pas des agriculteurs mais de politique de l’eau !

L’idée n’est pas bête. On devrait aussi inventer un principe de précaution agricole qui permettrait d’interdire les décisions susceptibles, à terme, de mettre en difficulté une partie de l’activité agricole, comme celle d’autoriser les mégabassines qui pénaliseront les irrigants non connectés aux bassines.On pourrait tout aussi bien imaginer un principe de non-régression de l’accès à l’eau potable en vertu duquel l’irrigation serait interdite si elle venait à mettre en péril l’accès à l’eau potable.On pourrait encore créer un principe de non-régression de l’accès à l’eau pour les non-connectés au stockage de l’eau. Il en existera toujours et ils rencontreront les plus grandes difficultés à accéder à l’eau lorsque des mégabassines seront installées un peu partout – cela pourra même concerner les irrigants historiques s’ils ne sont pas connectés ou s’ils sont loin des mégabassines.Des principes de non-régression, nous pourrions en trouver des dizaines, pour protéger l’agriculture, la santé, l’accès à l’eau potable et l’environnement. (Mme Manon Meunier applaudit.)

Nous proposons de retirer la disposition qui avait été ajoutée dans le code de l’environnement par la loi Duplomb pour promouvoir une politique active du stockage de l’eau. Je commencerai par faire une remarque de pure forme. L’article L. 211-1 du code de l’environnement dispose que les dispositions des chapitres I à VII du présent titre ont pour objet une gestion équilibrée et durable de la ressource en eau, prenant en compte les adaptations nécessaires au changement climatique et visant à assurer la prévention des inondations, la protection des eaux et la lutte contre la pollution, la restauration de la qualité de l’eau… et une politique active de stockage de l’eau.Ainsi, les grands objectifs, notamment celui d’une gestion équilibrée et durable de l’eau, sont mis au même niveau que cette politique de stockage de l’eau qui est loin de revêtir la même portée et arrive comme un cheveu sur la soupe. L’objectif d’une gestion durable et équilibrée de l’eau est-il vraiment de faire du stockage ? Que je sache, on ne stocke pas pour le plaisir de stocker ! Au moins aurait-on pu mentionner un objectif louable, par exemple celui d’assurer une activité agricole, plutôt qu’un simple outil comme le stockage. À force d’écrire n’importe quoi, n’importe où, nos textes deviennent illisibles. D’un point de vue strictement formel, cette disposition n’a pas sa place dans cet article du code de l’environnement. Surtout, elle n’a pas de portée juridique. On peut donc se demander quelle est son utilité, si ce n’est de faire plaisir à ceux qui érigent le stockage en totem et en gage absolu de la survie de l’agriculture – c’est oublier que seulement 6 % de la surface agricole utile est irriguée en France et qu’on sait aussi faire sans.

Je vous l’ai lu, madame la ministre !

Je l’avais cité aussi !

Nous sommes d’accord !

Je comprends que cela vous amuse de nous faire dire ce que nous n’avons pas dit mais, ne vous inquiétez pas, nous expliquerons que nous sommes opposés aux mégabassines un peu plus tard.

Nous avons des amendements à ce sujet : il n’y a pas de problème, nous l’assumons. Cela ne signifie pas que nous sommes contre tout stockage, ce que nous disons depuis le début. Vous passez votre temps à nous démontrer qu’il ne faut pas confondre les mégabassines et les autres modes de stockage : nous sommes peut-être d’accord là-dessus.À propos du 5o bis de l’article L. 211-1 du code de l’environnement, nous disons simplement que stocker de l’eau ne constitue pas en soi un objectif. Un objectif pourrait être de permettre l’irrigation agricole pour les activités qui en ont besoin, mais il n’y a pas de raison de stocker de l’eau pour stocker de l’eau.Ensuite, monsieur le ministre, vous nous accusez de vouloir supprimer le soutien d’étiage aux rivières. Blablabla, blablabla… Il faut lire la phrase en entier : il est écrit que l’objectif est de stocker l’eau en essayant de préserver l’étiage des rivières ; il n’est pas écrit que l’objectif est le maintien de l’étiage des rivières. Si c’était le cas, nous ne pourrions qu’approuver. En réalité, vous dites que l’objectif est de stocker l’eau, en essayant tout de même de préserver les rivières – c’est un minimum.Encore une fois, vous détournez ce que nous disons et vous lisez même les phrases à l’envers pour nous faire dire ce que nous n’avons pas dit. Dans ces conditions, avoir un débat de fond sur le stockage et sur nos objectifs pour l’agriculture serait salutaire.En l’occurrence, notre amendement cherche à promouvoir le stockage naturel de l’eau dans les sols en s’appuyant sur des solutions naturelles, en restaurant les zones humides, en reméandrant les cours d’eau, en replantant des haies et en maintenant le bocage. Il défend une manière de stocker de l’eau dans les sols en redonnant de la vie pour que les sols puissent, enfin, rejouer leur rôle d’éponges. Nous disposerions ainsi de stockage en abondance, ce qui serait un bon premier pas en avant, éventuellement, de faire du stockage artificiel, qui pourrait alors fonctionner.

Il s’agit simplement de préciser que l’on promouvra en priorité le stockage d’eau naturel.Les zones où les nappes sont peu profondes peuvent être pourvues de zones humides, par exemple. Dans le Poitou, nous avions un superbe marais, le Marais poitevin, que l’on s’est amusé à drainer et qui souffre beaucoup à présent. Il jouait le rôle d’une éponge qui restituait de l’eau quand on en avait besoin – c’était tout l’intérêt des marais.Dans ma circonscription se trouve le marais de la Palu. Le cours d’eau du même nom a été rectifié, le marais asséché par l’irrigation, si bien qu’on ne peut plus y pratiquer le maraîchage. Nous disposions de zones humides, c’est-à-dire de ressources en eau qui nous permettaient de pratiquer l’agriculture. C’est ce qui s’appelle le stockage naturel.Ce n’est pas notre vision qui est manichéenne ; ce qui est manichéen, c’est de penser qu’il y a des endroits où il y a des nappes, d’autres où il n’y en a pas, et voilà. Ce n’est pas comme cela que les choses fonctionnent, le grand cycle de l’eau est un peu plus complexe et ce serait bien de s’y intéresser.S’agissant des liens entre économie et écologie, je me contenterai d’une remarque. J’ai cherché des chiffres, il y a eu plusieurs études sur le sujet. Cette année, le Forum économique mondial a estimé que 50 % du PIB mondial dépendait de la bonne santé des écosystèmes. Donc, oui, nous faisons le lien entre économie et écologie ! Et quand on le fait, on se rend compte que dégrader la biodiversité et les écosystèmes et détruire les zones humides mène en fin de compte à l’effondrement économique – c’est ce que nous disons depuis longtemps. Construire des mégabassines, faire du stockage à tout va, n’importe quand, n’importe comment, parce que c’est notre objectif ultime pour l’agriculture – c’est ce qui est inscrit dans le code de l’environnement –, risque de réduire la biodiversité et in fine de faire baisser le PIB et de dégrader l’économie.Nous voyons donc bien le rapport entre économie et écologie. Il convient d’adopter une approche systémique et non au cas par cas, comme vous le faites de manière un peu trop… manichéenne, madame la ministre.

Je ne fais que reprendre le terme employé par la ministre !

Dans cet amendement, nous ne fermons la porte à aucun usage ni à aucune activité. Nous considérons seulement que si les ressources en eau sont limitées, il faut donner la priorité à certaines activités quand les volumes disponibles doivent être partagés. L’exportation n’a pas été placée en premier parce que cela voudrait dire que le peu d’eau qu’on a serait exporté. Nous pensons que l’eau doit d’abord servir à l’abreuvement des animaux d’élevage, ensuite, aux cultures vouées à l’alimentation humaine consommée sur le territoire national, puis aux cultures destinées à l’alimentation animale consommée sur le territoire national, et enfin, s’il nous reste assez d’eau, aux cultures destinées à l’exportation. Si les capacités d’irrigation sont limitées, l’exportation est donc moins prioritaire que l’abreuvement des animaux. Il s’agit de hiérarchiser ainsi les activités agricoles de façon, aussi, à protéger nos éleveurs – priorité, me semble-t-il, que nous partageons tous ici.

Vous caricaturez !

Source : compte rendu intégral officiel de l'Assemblée nationale, capturé le 2026-09-01. Texte reproduit tel que publié par l'Assemblée, hors interventions de présidence de séance (ouverture, clôture, mise aux voix).