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Discours du 4 mai 2026

Lise Magnier · Session ordinaire 2025 -2026 · séance n°218

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Permettez-moi d’avoir un doute. Le groupe La France insoumise voulait-il seulement s’offrir une tribune de quinze minutes…

…ou souhaitait-il sincèrement rejeter un texte élaboré au profit de nos armées et nous priver d’un nécessaire débat parlementaire sur un sujet aussi sérieux que la défense nationale ? Chers collègues de La France insoumise, le message de votre motion de rejet est clair : si la France et ses alliés sont attaqués, l’extrême gauche ne soutiendra pas nos soldats. Une fois encore, La France insoumise décide d’affaiblir notre nation face aux menaces, au profit de la Chine et de la Russie.

Une fois encore, les députés LFI soutiennent la fin des alliances avec nos partenaires européens et atlantiques, sans proposer d’alternative crédible puisqu’ils veulent mettre fin au débat sur la feuille de route stratégique de la France pour les années à venir, avant même qu’il ait commencé.

Mes chers collègues de La France insoumise, vous ne faites rien d’autre que montrer que vous n’êtes pas prêts. Vous n’êtes pas prêts à débattre, encore moins à assumer quelque responsabilité que ce soit dans un an. (Applaudissements sur les bancs du groupe HOR et sur ceux des commissions ainsi que sur quelques bancs des groupes EPR et Dem.) Comme nous souhaitons que le débat ait lieu, nous voterons contre la motion de rejet préalable. (Applaudissements sur les bancs du groupe HOR et sur ceux des commissions ainsi que sur quelques bancs du groupe EPR. – M. Michel Barnier applaudit également.)

La semaine dernière, sur mes terres chargées d’histoire, dans la Marne, j’ai partagé avec nos soldats et nos régiments deux moments illustrant la nécessité du présent texte. Mardi, à Suippes, la nation a, par votre intermédiaire, madame la ministre, rendu hommage au sergent Anicet Girardin, du 132e régiment d’infanterie cynotechnique, mort pour la France dans le cadre des missions de nos armées. Puis, toujours en votre présence, j’ai assisté jeudi au dernier jour du plus grand exercice européen interarmées multidomaines et de haute intensité, Orion 2026, qui doit susciter notre fierté à l’égard de nos armées. Si nous devons soutenir cette actualisation de la loi de programmation militaire, c’est pour chacun de nos soldats, de l’armée de terre, de l’armée de l’air et de l’espace, de la marine – et, à travers eux, pour notre nation.En quelques années seulement, le monde dans lequel notre pays évolue a durablement changé. La Russie poursuit sa guerre et se réarme massivement ; la Chine durcit sa posture en Asie-Pacifique ; les conflits se multiplient, du Moyen-Orient à l’Afrique subsaharienne. En outre, les cyberattaques, la désinformation et le sabotage frappent nos démocraties avec une intensité inédite. Pour la première fois depuis la fin de la guerre froide, la revue nationale stratégique envisage explicitement une guerre majeure de haute intensité impliquant la France à l’horizon 2030. S’ajoute à ce tableau la rupture transatlantique : les États-Unis se recentrent sur leur territoire et sur la compétition avec la Chine. Le retrait significatif des capacités américaines présentes sur notre continent n’est plus théorique. Les Européens doivent prendre leurs responsabilités ; et la France, nation cadre, puissance nucléaire et membre permanent du Conseil de sécurité, a un rôle singulier à jouer dans ce réveil stratégique.Le déni et l’immobilisme constitueraient la pire des imprudences. Le présent texte renforce notre capacité à affronter les menaces. L’actualisation de la LPM prévoit de mobiliser 36 milliards d’euros supplémentaires durant la période 2026-2030, pour porter notre effort de défense à 2,5 % du PIB en 2030. Cet effort majeur consenti par la nation au profit de ses forces armées n’est pas dispersé : il cible les investissements répondant aux besoins exprimés par l’état-major – munitions, drones, défense surface-air et frappes dans la profondeur. Ces crédits permettront également le rehaussement de notre arsenal nucléaire, clé de voûte indiscutable de notre politique de défense. Le groupe Horizons & indépendants se réjouit des amendements adoptés en commission sur le volet capacitaire, car ils renforcent la visibilité nécessaire aux investissements et à la planification industrielle des armées.Ce texte n’est toutefois pas qu’une copie budgétaire puisqu’il adapte judicieusement notre cadre juridique aux nouvelles menaces et aux nouveaux enjeux de sécurité nationale. L’état d’alerte de sécurité nationale est une innovation majeure et nécessaire, qui offrira des leviers proportionnés sans basculer dans les régimes d’exception les plus lourds que nous connaissons.Je salue également les dispositions relatives à la mobilisation des forces vives de la nation et à la reconstruction d’un esprit de défense au sein de la nation tout entière. Car une armée ne suffira jamais en l’absence du soutien de la nation. Le nouveau service national militaire, fondé sur le volontariat, mais aussi la refonte de la journée défense et citoyenneté en journée de mobilisation, et enfin le renforcement de la réserve de sécurité nationale, permettront à nos concitoyens de prendre toute leur part à la défense nationale. La commission a d’ailleurs adopté notre amendement visant à inscrire, dans cette nouvelle journée de mobilisation, un temps dédié à la sensibilisation aux menaces hybrides, aux ingérences étrangères et à la manipulation de l’information – bref à ces armes dont usent et useront nos adversaires, et que nos jeunes concitoyens doivent apprendre à identifier afin de s’en protéger.Nous pouvons cependant aller plus loin. Le groupe Horizons & indépendants souhaite ainsi inscrire dans la loi l’ambition nationale de porter l’effort de défense à 3,5 % du PIB à l’horizon 2035. Cet objectif n’est pas excessif : il correspond à peine au niveau consenti par la France durant la guerre froide. Il doit permettre d’encaisser un choc majeur direct sur le sol européen et de répondre aux objectifs capacitaires inscrits dans le présent texte.Dans un environnement sécuritaire aussi dégradé, la défense ne peut plus être l’affaire des seules forces armées ; elle doit redevenir celle de la nation tout entière. Telle est l’ambition de ce texte, que nous partageons et soutenons. (Applaudissements sur les bancs des groupes HOR et EPR ainsi que sur les bancs des commissions.)

Le rapport annexé fixe un horizon capacitaire à 2035, avec des objectifs concrets pour l’ensemble des armées qu’il s’agisse des Rafale, du missile de croisière supersonique, du porte-avions de nouvelle génération, du missile balistique conventionnel sol-sol à très longue portée, de la montée en puissance du programme de robotique militaire, de la généralisation des capteurs quantiques, du renouvellement du supercalculateur, ou des drones.Ces échéances capacitaires ne sont pas des options, mais des ruptures technologiques et industrielles dont les cycles de développement, d’acquisition et de livraison exigent une visibilité budgétaire au-delà de 2030.Pour donner leur plein effet à ces orientations, il est cohérent d’y associer un objectif d’effort budgétaire correspondant, afin d’offrir aux armées et aux industriels de la défense la visibilité nécessaire à la planification de leurs investissements et à leur montée en charge productive.L’amendement du groupe Horizons & indépendants complète les objectifs fixés à l’article 1er en inscrivant un objectif d’effort de défense de 3,5 % du PIB en 2035, en adéquation avec l’ambition capacitaire que nous soutenons.

Source : compte rendu intégral officiel de l'Assemblée nationale, capturé le 2026-09-01. Texte reproduit tel que publié par l'Assemblée, hors interventions de présidence de séance (ouverture, clôture, mise aux voix).