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Discours du 11 juin 2026

Louis Boyard · Session ordinaire 2025-2026 · séance n°269

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Il faut taxer votre patrimoine immobilier personnel : là, on trouvera des fonds !

Je vous le dis solennellement : vous ne pouvez pas savoir ce que c’est que d’être un étudiant aujourd’hui, en l’année 2026.

Vous ne pouvez savoir ce que c’est que d’être un étudiant qui s’est tapé 25 % d’inflation…

…sans compensation aucune. Certains objectent que les étudiants n’ont qu’à se débrouiller. Se débrouiller comment ? Trouver un job ? Un job étudiant représente 600 euros par mois ; il faut y ajouter une bourse à l’échelon maximal, celui dont profitent seulement 2 % des étudiants, pour vivre à peine au-dessus du seuil de pauvreté. Trouver un stage ? Un stage rapporte 200 ou 300 euros par mois, encore faut-il payer des entreprises de Dubaï pour obtenir une convention. Compter sur la solidarité familiale, fondement du système actuel ? Les 25 % d’inflation ont aussi tapé les familles, elles ne sont plus en mesure d’aider un enfant ; d’où ces étudiants qui se massent devant les banques alimentaires.Encore une fois, je le dis solennellement : quatre ans se sont écoulés depuis la dernière élection présidentielle et nous nous demandons seulement maintenant s’il ne serait pas pertinent de revaloriser un tout petit peu les bourses ! À chaque rentrée universitaire, tout le monde continuera de s’apitoyer sur le sort des étudiants et de rappeler l’instauration, dans les restaurants des centres régionaux des œuvres universitaires et scolaires (Crous), des repas à 1 euro. Pardon, mais c’est contraints et forcés que vous avez adopté cette mesure, dont le financement a d’ailleurs entraîné une diminution des quantités servies !Si vous voulez sortir de la galère les étudiants et plus généralement les jeunes, comprenez que nous ne sommes plus en 1958, où l’on était autonome, avec un emploi et un logement stables, dès 21 ou 22 ans, contre 27 ans en moyenne aujourd’hui. Comprenez qu’il n’est plus possible de compter sur la famille : tout le monde n’a pas la chance, lorsqu’il s’agit de financer ses études, d’avoir papa ou maman pour député. (M. Damien Maudet applaudit.) Il faut substituer à la solidarité familiale une solidarité sociale, nationale, en donnant un revenu aux étudiants – comme cela a été fait pour les retraités, qui, depuis qu’ils ne dépendent plus de leurs enfants, s’en sortent un peu mieux.

Il faudrait comprendre que tous les étudiants sont pauvres – tous.

Seul un étudiant sur quatre est boursier, et seuls 2 % des boursiers sont à l’échelon 7. Allez dans un amphithéâtre et demandez aux étudiants qui, parmi eux, vit sous le seuil de pauvreté fixé à 1 288 euros, ils vont absolument tous lever la main ! Cela vaut même pour certains enfants de familles riches : ce n’est pas parce que vos parents sont riches que vous avez les moyens. Je connais des étudiants qui ne sont pas aidés par leurs parents parce qu’ils sont homosexuels – c’est une situation très concrète.À une époque, on considérait que si les retraités étaient pauvres, c’était parce qu’ils n’avaient pas assez cotisé tout au long de leur vie, que c’était leur propre responsabilité, et qu’il ne devait donc pas y avoir de système de retraites. Pour les étudiants, c’est pire : pour justifier qu’ils n’aient pas de revenus, on dit que c’est leur propre famille qui est responsable.Je vais vous donner un exemple d’aide qui ne dépend pas de votre niveau de revenu : quand vous allez à l’hôpital ou quand vous avez besoin d’un médicament, on ne regarde pas votre classe sociale, parce qu’on considère qu’il s’agit d’un droit humain. Pour un jeune, le fait de pouvoir étudier et de pouvoir vivre sans dépendre de sa famille, nous considérons que c’est un droit humain. (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP.)Tant que vous ne comprendrez pas que tous les étudiants sont pauvres (Applaudissements sur les bancs du groupe GDR), que les familles n’ont même plus les moyens d’aider leurs enfants avec les 25 % d’inflation, et qu’il y a urgence à indexer les bourses sur l’inflation – pardon de la demande, pardon d’être trop exigeant –, tant que vous ne comprendrez pas cela, il y aura des files d’attente devant la banque alimentaire. Et tant que ce sera le cas, il y aura des étudiants – et nous-mêmes – pour aller vous attraper et vous dire que tant que vous n’augmenterez pas les bourses, on ne vous lâchera pas la veste. C’est une question de liberté, d’égalité et de fraternité. (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP et sur quelques bancs des groupes EcoS et GDR.)

Tiens, vous avez changé de camp ?

Source : compte rendu intégral officiel de l'Assemblée nationale, capturé le 2026-09-01. Texte reproduit tel que publié par l'Assemblée, hors interventions de présidence de séance (ouverture, clôture, mise aux voix).