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Discours du 25 juin 2026

Louis Boyard · Session ordinaire 2025-2026 · séance n°284

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Je suis de très mauvaise humeur, car je viens de passer quarante minutes bloqué dans le RER D bondé, par une chaleur terrible ; j’arrive à l’Assemblée nationale, et de quoi parle-t-on pendant la canicule ? Encore une fois, d’immigration !

Car bien sûr, la priorité dans le pays serait de contrôler davantage les étrangers qui veulent se marier. Écoutez, si vous voulez vraiment vous interroger sur les étrangers, intéressez-vous aux médecins étrangers qui tiennent l’hôpital public à bout de bras et qui doivent actuellement gérer l’afflux de milliers de personnes à l’hôpital en raison de la canicule. (Applaudissements sur les bancs des groupes LFI-NFP et EcoS ainsi que sur quelques bancs SOC.)Intéressez-vous aux personnes étrangères qui travaillent sur des chantiers par 40 degrés – ce qu’ils ne devraient pas faire, car cela met leur vie en danger (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP) – et aux jeunes qui passent le bac en pleine canicule. En faisant cela, vous parlerez aussi des Français.Le réchauffement climatique a déjà commencé. Si on parlait davantage de réchauffement climatique et moins d’immigration et d’islam, croyez-moi, ça irait un peu mieux dans ce pays ! (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP. – M. Benjamin Lucas-Lundy applaudit également.)Aucun de nos problèmes n’est dû à l’immigration. Nos problèmes sont dus aux milliardaires qui possèdent 90 % des médias et qui invoquent constamment leurs obsessions identitaires pour ne pas avoir à parler de leur responsabilité dans les bas salaires et dans le dérèglement climatique.Je suis de très mauvaise humeur mais en 2027, il y aura une élection présidentielle. Quand Jean-Luc Mélenchon aura remporté la victoire et qu’on parlera enfin des vrais sujets, le peuple français sera de bien meilleure humeur ! (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP.)

Oui.

S’agissant des suspensions de séance fondées sur l’article 58, je m’en remets à votre grande sagesse, monsieur le président, puisque c’est vous qui en fixez la durée. Cependant, je note qu’aux termes de l’alinéa 5 de cet article, l’Assemblée nationale peut se prononcer sur une suspension de séance. Je demande donc que notre assemblée se prononce souverainement sur une suspension de séance de dix minutes. (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP. – M. Benjamin Lucas-Lundy applaudit également.)

Sur le fondement de l’article 58, alinéa 5, du règlement, je demande que soit soumise à l’Assemblée une demande de suspension de séance.

Vous êtes de droite ! (Sourires.)

Excellent !

Eh oui !

Ce n’est pas un rappel au règlement !

C’est qui, lui ? Ce n’est pas une journée de visite de l’hémicycle !

Arrêtez l’obstruction ! Nous voulons débattre !

Non. (Rires sur les bancs du groupe LFI-NFP.)

Immigration, islam, quartiers populaires sont autant de sujets dont le traitement, toujours profondément déconnecté de la réalité, stimule un imaginaire promu historiquement par l’extrême droite. Ainsi, s’agissant de l’immigration, on devrait trouver anormal que des titres de séjour qui devraient être renouvelés ne le soient pas, alors qu’il est question de gens qui perdent leur travail, leur logement, qui perdent tout en dépit des droits qui sont les leurs ! Quand on parle d’immigration, on doit parler de discrimination à l’embauche ou encore des situations néocoloniales qui suscitent les migrations.Mais on ne le fait jamais à la télévision car, pour maintenir la division dans le peuple, neuf milliardaires, qui possèdent 90 % des médias, stimulent cet imaginaire d’extrême droite, dont vous, macronistes, vous faites le relais. C’est le cas quand le ministre Darmanin parle d’ensauvagement et que toute l’extrême droite l’applaudit. (M. Thomas Portes applaudit.) C’est aussi le cas quand vous faites voter la loi « immigration » et que Marine Le Pen parle de victoire culturelle, idéologique pour l’extrême droite.Oui, de fait, vous portez une responsabilité dans tout cela : non seulement vous ne proposez pas les textes qui régleraient concrètement les problèmes de ces personnes qui ont des droits, qui sont des êtres humains – je tiens à le rappeler car cela ne semble pas être une évidence dans cette assemblée –, mais vous donnez en plus des points à des gens qui voudraient mener une politique consistant à trier les êtres humains en fonction des frontières derrière lesquelles ils sont nés, voire de leur couleur de peau ou de leur religion.Voilà pourquoi nous disons que vous, macronistes, êtes le principal relais de l’extrême droite dans la période que nous vivons. Sur ces bancs, qui résiste à cette proposition de loi raciste ? Et qui les a désertés ? Les députés d’extrême droite les ont désertés tandis que nous combattons et que vous intervenez, d’une certaine manière, pour les défendre ! (Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe LFI-NFP.) Voilà pourquoi nous affirmons que cette période s’achèvera par un « eux contre nous ». Et heureusement que ce « nous » existe ! (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP.)

Source : compte rendu intégral officiel de l'Assemblée nationale, capturé le 2026-09-01. Texte reproduit tel que publié par l'Assemblée, hors interventions de présidence de séance (ouverture, clôture, mise aux voix).